ZIZE Dupanier … avé l’accent

HUMOUR – Actuellement en tournée dans toute la France avec La famille mamma mia, ZIZE Dupanier a marqué les esprits des rochelais qui l’ont vus à l’Entrepôt de Périgny. Retour sur l’impressionnant parcours d’un artiste bien décidé à faire résonner son accent haut et fort en 2020

ZIZE Dupanier, ça c’est du nom de scène ! On croirait un surnom d’une danseuse du Crazy Horse ?

J’ai toujours aimé les surnoms attribués aux danseuses du Crazy. Je leur trouve un côté enjoué, parfois mystique mais … ZIZE Dupanier est par contre bien plus rationnel. Je suis natif de la région marseillaise. Le Panier est un quartier dans le Vieux-Marseille. On pourrait le comparer à Montmartre … Quant à ZIZE, elle fait référence à une vieille chanson marseillaise La Belle Zize qui narre la vie d’une femme sexy, au verbe haut, qui n’a de cesse de jacasser et de se mêler de tout.

Vous remportez aujourd’hui un vif succès avec votre seul en scène La famille mamma mia mais vous brulez les planches depuis de nombreuses années. Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Mon parcours est vraiment atypique. Adolescent, je trainais tous les mercredis et samedis au Théâtre Toursky, dirigé par l’incontournable Richard Martin. J’étais fasciné par l’univers qui y régnait et il était fréquent qu’on me retrouve derrière un pendrillon ou assis dans les rangs du parterre. Richard Martin disait souvent « Mais qu’est-ce qu’il fout là encore ! ». En 1983, le Toursky à monter L’Opéra des rats écrit par Léo Ferré. Un comédien devait alors jouer le rôle d’une femme et je me souviens que Monsieur Martin lui a dit que pour un homme ce genre de rôle est le plus dur à incarner. Cette phrase m’avait marquée à l’époque. J’ai suivi les cours d’Irène Lamberton au Conservatoire de Marseille avant de monter à Paris, comme tout provincial ambitieux. Au Cours Florent, mon professeur – Raymond Acquaviva de la Comédie Française – a attisé mon amour du théâtre mais à l’époque, au mitan des années 80, le théâtre et le cinéma cherchaient des beautés plus que des talents. Je ne correspondais pas aux standards. Aujourd’hui encore chez les humoristes, nombreux sont les petits jeunes mignons qui ont vu leur carrière décoller après avoir couchés. Moi j’ai toujours voulu jouer et pas nécessairement coucher pour jouer.

À quel moment avez-vous bifurqué vers le transformisme ?

À cette période où je courais les castings sans succès pour ces critères physiques dont je vous ai parlé. Un soir, je me suis rendu au Cabaret Madame Arthur. Là j’ai découvert un univers qui m’a instantanément fasciné. Voir ces hommes interpréter Sylvie Vartan, Mireille Mathieu ou Dalida avec une gestuelle si réaliste m’a bluffé. Résonnaient alors les propos de Richard Martin : rien n’est plus dur pour un comédien qu’incarner une femme. Vous savez la féminité d’une Sylvie Vartan n’est pas acquise. Les transformistes travaillent dur pour coller aux personnages, imiter avec précision un geste, un regard : c’est un vrai défi. À mes débuts, je ne savais pas me maquiller, n’avais jamais porté une perruque et me sentais terriblement mal à l’aise, comme grotesque sur scène.  À force de travail, j’ai su me perfectionner.

Vous avez également eu une bonne fée à vos côtés : Coccinelle …

Tout à fait. Ce soir où je me suis rendu chez Madame Arthur, le spectacle se clôturait avec Coccinelle, de retour en France, et qui assurait quelques galas pour la promotion de son autobiographie. Par hasard, je me suis retrouvé à discuter avec elle, cette égérie transgenre. Illico, elle m’a pris sous son aile. Peu de temps après, j’intégrais son show, notamment celui produit par Pascal Sevran au Casino de Paris. Elle m’a tout appris. J’ai intégré ensuite le cabaret de Michou, Graal pour tous les transformistes. J’y suis resté 5 ans mais comme je ne me suis jamais senti sédentaire, on va dire que j’ai presque souffert d’être rattaché à ce lieu. Chez Michou, j’ai fait mes premières imitations. J’étais assez rond à l’époque donc je me grimais en Ginette Reno période Je ne suis qu’une chanson. Dans mon désir de plaire, j’ai suivi un régime draconien. À partir de là, j’ai imité certaines de mes idoles de comédie musicale comme Shirley McLaine, Liza Minelli.

Des idoles qui vous arrive de côtoyer … vos réseaux sociaux arborent de nombreuses photos en compagnie d’Hélène Ségara ou encore Liane Foly ?

Effectivement. Entre 1996 et 2003, j’ai été le premier artiste à imiter Lara Fabian. Elle triomphait à l’époque avec Je t’aime. Elle a tellement aimé qu’elle m’a invité à me produire en première partie de son spectacle à la Place des Arts, l’Olympia québécois. Lââm fut une grande amie aussi. Son imitation m’a permis de tourner 11 émissions TV en une année. J’ai fait la première partie de son Olympia. Pareil pour Régine, je me suis produit à ses côtés. Ma formation de maquilleur professionnel m’a permis de reproduire de nombreux visages de femmes, quelque soit leur âge.

Puis vînt le moment d’inventer votre personnage …

Oui. Il y avait une lassitude qui s’installait. Avec Coccinelle, j’ai eu la chance de faire les plus belles scène du monde entier. Jusqu’à celles de Las Vegas avec Frank Marino. Au Carrousel de Paris, je me souviens avoir été la fierté du lieu lorsque j’avais inventé un personnage mi-homme mi-femme à la Dietrich. À cette période, je me souvenais de mes rêves de gosse : des seuls en scène, du théâtre, du texte… Un soir chez Michou, je me suis lancé dans une imitation du sketch La réunion de chantier de Muriel Robin. Le spectacle fini déboule dans les loges Patrick Sébastien qui me félicite : « tu as porté littéralement le texte, tu es un comédien génial ». Ce soir-là, j’ai su que je devais passer une autre étape.

ZIZE est donc née dans la foulée ?

Pas vraiment. Les débuts sur scène de ZIZE remontent à 2014. Entre temps, j’étais retourné vivre à Marseille auprès de mon père souffrant. Mon ami, gérant d’un restaurant dans le Sud, m’a demandé de faire quelques shows pour animer le lieu. J’ai hésité puis ai finalement accepté. Ragaillardis, nous avons alors ouvert un cabaret : le Cabaret Loulou, surnom de mon enfance.  Jean-Jacques Debout m’a écrit une chanson à cette occasion. C’était un lieu qui permettait de lancer des jeunes de la région. Certains ont depuis une belle carrière. Je pense notamment à Patrice qui est une magnifique Nolwenn Leroy chez Michou. Je me suis cependant vite retrouvé face à un problème : dans le Sud, les gens ne sont pas fiables et il m’est souvent arrivé de me retrouver planté par des artistes. J’ai dû les remplacer au pied levé. ZIZE est alors apparue.

Sous quelle forme ?

Il m’a fallu improviser ce soir-là. J’ai écrit un sketch sur Jean-Claude Gaudin (NDLR : actuel maire de Marseille). C’était un mix de stand up et de brèves de comptoir. Le public a adoré et en a redemandé. Je pense qu’à l’époque les Marseillais souffraient encore de la perte d’Elie Kakou. Ils voulaient un nouvel artiste aussi truculent.

Depuis ZIZE a fait un beau parcours. La famille mamma mia ne cesse de tourner. À quand la suite ?

Depuis 2016, j’ai joué près de 450 fois ce spectacle. Sa suite est écrite depuis longtemps. Comme vous le savez dans l’actuel spectacle ZIZE marie son premier fils – un kakou inculte – mais dans le prochain elle divorce et s’installe à Paris avec son deuxième fils. Il est gay pour son plus grand bonheur ! Ils vont aller vivre dans le Marais … en espérant que cela ne soit pas trop humide. À Paris, ZIZE devient une cougar et se lâche. S’essayant à tous les hommes ! Dans ce spectacle, non seulement je fais passer un message qu’un parent peut se réjouir que son enfant soit homosexuel(le) mais également qu’une femme de 60 ans peut être sexy et libérée. C’est une réponse à Yann Moix qui a dit « Je suis incapable d’aimer une femme de 50 ans … je trouve ça trop vieux ». Le spectacle sera ponctué de chansons et devrait être joué à la fin de l’année 2020 … mais j’ai tellement de contrats à honorer que je ne peux être plus précis sur la date de première.

Ça c’est l’effet La France a un incroyable talent, non ?

Oui. Mon passage dans cette émission regardée par 3,5 millions de personnes bouleverse une carrière et je m’en félicite. Vous savez le chemin a été long pour avoir cette reconnaissance. La France est tellement fermée à des personnages comme ZIZE : blonde, grosse, marseillaise, jouée par un homme … il y a un vrai blocus. Même mon attaché de presse était sceptique sur la pièce. D’ailleurs j’ai joué 160 fois à la Comédie Caumartin à Paris et n’ai eu aucun article, hormis dans la presse spécialisée. À quand une émission à la Ru Paul, à quand une drag queen, un transformiste dans une série TV ? Plus belle la vie a intégré une drag queen me dit-on … mais c’est faux c’est un comédien qu’on maquille comme un transformiste. Je le sais : j’ai été conseiller pour la série. Cela fait des années que je demande à intégrer la série, sans en faire un combat, mais car le public le demande mais rien … La France n’est pas l’Allemagne : elle n’est pas prête à célébrer ses transformistes mais j’ai bon espoir que ZIZE bouge la donne.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

Site ZIZE: http://www.zizeofficiel.fr

Publication en partenariat avec WAG http://wag-mag.fr/

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