Zarafa, la girafe-porte bonheur d’Olivier Lebleu

LITTÉRATURE – L’écrivain rochelais Olivier Lebleu s’apprête à publier aux États-Unis son ouvrage Les avatars de Zarafa soit l’épopée d’une girafe offerte par l’Égypte à Charles X, début 19ème. Le livre connaît une vraie success story racontée ici par son auteur.

Écrire sur la première girafe importée en France n’est pas anodin. Quelle est l’origine de ce projet littéraire ?

En 1998, j’avais lu avec intérêt un article du Monde consacré aux grands mammifères terrestres. J’y ai découvert le fabuleux destin de Zarafa, première girafe à fouler le sol français en 1826. Offerte à Charles X par Méhémet Ali, vice-roi d’Egypte, elle aura vécu 18 ans en France avant d’être naturalisée (mais non empaillée).

Dans cet article, j’avais découvert aussi que l’animal serait mort une seconde fois lors de la disparition de sa dépouille dans les décombres du Muséum d’histoire naturelle de Caen, bombardé à la libération de la ville en 1944…

En 2002, je m’installe à La Rochelle et en tant qu’auteur je cherche des sujets qui vont pouvoir m’inscrire dans le paysage de la région, mais rayonner aussi au-delà. Je visite alors le Muséum et découvre une girafe, comme le stipule son cartel, « donnée par S.[on] A.[ltesse] le Pacha d’Egypte, [et qui] a vécu 17 ans et demi à la Ménagerie [de Paris] ». Interloqué, j’en discute avec la directrice de la bibliothèque du Muséum rochelais, qui me certifie qu’il s’agit bien là de Zarafa.

Séduit par ce sujet, je reprends alors l’investigation depuis le début et les preuves s’accumulent. Parmi elles : le cartel du musée rochelais qui serait bien celui d’origine, la correspondance des conservateurs relative au transfert de la dépouille vers la Charente-Maritime, la conformité avec la taille de Zarafa adulte (4m30) mesurée par le Pr Cuvier de Paris en 1827. Enfin, la preuve ultime : les tâches de la robe de la girafe – soit sa carte d’identité – sont identiques à celles reproduites sur le portrait officiel de Zarafa par Nicolas Huet au XIXe siècle.

Je découvre également qu’il existe deux écrits essentiels – quoiqu’inégaux – sur cette histoire : Une girafe pour le roi de Gabriel Dardaud paru en 1985 et La girafe de Charles X de l’américain Michael Allin en 1999. Je n’envisage donc pas alors d’en écrire un troisième.

Que faire alors de toutes ces informations recueillies ?

Mon idée première était de monter une exposition autour de Zarafa. Ce qui me fascine le plus dans son histoire, c’est de voir comment en France on s’est emparé de cet animal exotique, jusqu’à inventer du merchandising animalier. De son vivant, Zarafa est devenue une marque qu’on dupliquait sur de la vaisselle, des plaques de cheminées, des rasoirs et toutes sortes d’objets. Exposer cette girafomania était donc mon objectif. Je me suis adressé alors au Muséum national de Paris. C’était une gageure, car ils emploient rarement des collaborateurs extérieurs, mais séduits par l’idée de cette exposition, ils m’ont pris sous contrat en 2005. Malheureusement, pour des problèmes de budget, tout a été annulé trois mois avant l’ouverture de l’expo. La frustration était énorme, forcément. Vu que j’avais la matière, j’ai souhaité alors écrire une sorte de long catalogue raisonné. Et les éditions Arléa l’ont publié en novembre 2006.

À travers une présentation chronologique exposant les premiers mois de la girafe jusqu’à sa dépouille présentée à La Rochelle, j’aborde dans Les Avatars de Zarafa des thématiques fortes qui rythment l’ouvrage : les premières représentations de l’animal, la dimension diplomatique et politique de l’affaire, la naissance de la Ménagerie royale et du marketing animalier, le débat sur l’évolution des espèces … Je ne pensais mettre au jour toute cette matière autour d’une simple girafe ! J’ai tiré une ficelle et découvert tout un écheveau qu’il m’a fallu démêler. À partir de là, j’ai pu concevoir de nombreux projets: une exposition, un livre donc, mais aussi une pièce de théâtre… Pourquoi pas ensuite une comédie musicale, un film ?

Et même un dessin animé : Zarafa, sorti en 2012 !

Effectivement. Dès 2006, sur les conseils d’un ami, j’avais proposé au producteur Prima Linea un traitement de dessin animé sur l’histoire de Zarafa, mais ils n’avaient pas donné suite… Pourtant, trois ans plus tard, ils me proposent de participer à la promotion d’un film sur le même sujet, avec un scénario certes différent du mien et prenant certaines libertés avec la vérité historique ! Décontenancé et assez choqué, j’ai fini par accepter la proposition, en insistant pour ramener la réalité historique derrière la fiction, à travers un plan de promotion calqué sur l’itinéraire originel de Zarafa (de Marseille à Paris, via Lyon) et l’animation d’une petite conférence documentée de photos d’époque après chaque projection du dessin animé.

Bien m’en a pris. Car la sortie du dessin animé a relancé les ventes de mon livre. Et plus que tout, cela m’a permis de rencontrer Jean-Yves Empereur, le plus grand archéologue vivant qui travaille en Alexandrie – mon héros personnel ! Quelques mois après la sortie du film, il m’a commandé plusieurs Avatars, m’expliquant l’offrir souvent à son entourage. Il m’a aussi appris qu’à Alexandrie, l’histoire de Zarafa est désormais étudiée au Lycée français. J’ai alors sauté sur l’occasion en proposant des conférences – et M. Empereur s’est chargé de tout organiser. En mai 2012, je suis donc parti pour dix jours en Égypte ! À cette occasion, le maire Bono m’a fait remettre la Médaille de la Ville de La Rochelle au gouverneur d’Alexandrie.

Après l’Égypte, l’aventure Zarafa va se poursuivre sur le continent américain, non ?

Exactement. In the Footsteps of Zarafa, First Giraffe in France: A Chronicle of Giraffomania, 1826–1845 sera publié aux États-Unis, sans doute cet automne (la pandémie a retardé la date). Au fil des ateliers d’écriture et autres cours que j’ai pu donner outre-atlantique, je me suis lié d’amitié avec Cynthia Hahn, une professeure-traductrice du Lake Forest College, au nord de Chicago. Il y a un an, elle m’a dit vouloir traduire Zarafa. Est-ce que ce travail très référencé et documenté pourrait intéresser le public américain ? Elle m’en a persuadé et s’est lancée dans la traduction. Elle a eu raison, car après lecture de son manuscrit, Rowman & Littlefield a donné son accord. La version américaine sera dans un format plus petit et sur les 110 photos publiées, seules 50 y figureront, en noir et blanc – mais le texte reste identique. Je vais donc bientôt m’atteler à la promotion américaine. Le Field Museum de Chicago est déjà intéressé par une conférence. Quelques universités de l’Illinois devraient également nous soutenir.

Zarafa est aussi présente sur Internet via LesAmisdeZarafa.com. Parlez-nous de ce site ?

Cela faisait longtemps que j’y pensais, car depuis la sortie du dessin animé, je reçois de nombreux documents sur les girafes. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on m’envoie de nouvelles infos ou photos ! J’ai commencé à amasser de quoi alimenter un deuxième volume. Ce site est le reflet de tout ce matériel et, bilingue, je l’ai conçu comme un médium pour la promotion du livre américain.

Ce site vous a permis aussi de mettre en avant Zarafa for Africa. Quel est ce projet ?

J’ai découvert fin 2016 que la girafe est désormais une espèce en voie d’extinction et j’ai enragé ! Cette girafe m’a tellement apporté que je veux lui donner à mon tour… Mon projet est d’aller en Afrique, où existent encore des girafes en liberté, et de contribuer à sensibiliser les populations locales à leur protection.

Pour cela, je me suis rapproché de l’ONG américaine Wild Nature Institute en Tanzanie, dirigée par les scientifiques Derek E. Lee et Monica Bond, qui mènent depuis des années des études minutieuses sur les girafes du pays et un vaste travail pédagogique. J’ai aussi récemment découvert l’engagement de la marque Girafon Bleu, cette fois au Nigéria, en lien avec le bioparc de Doué-la-Fontaine.

Distraire, éduquer, sensibiliser – tel est mon projet sur place. J’y présenterai mon livre, montrerai le dessin animé et les images historiques pour raconter la véritable histoire. Adultes et enfants seront encouragés à réagir aux images, à participer à des jeux de rôles, des ateliers d’écritures et de dessins. Aux écoles et maisons communes seront distribuées des affiches illustrant et énumérant les choses à faire et ne pas faire pour assurer la conservation et la préservation des girafes. Une contribution financière sera apportée à des projets de microcrédit dans les villages. J’espère pouvoir réaliser mon premier voyage, au plus tard, en décembre 2021.

Propos recueillis par Cédric Chaory

https://www.lesamisdezarafa.com

https://www.wildnatureinstitute.org

https://girafonbleu.com

Le livre Les Avatars de Zarafa est épuisé, mais des exemplaires sont encore disponibles chez l’auteur : o.lebleu@wanadoo.fr

À noter également la parution de La Digue, dernier tome de la trilogie La Tête sous l'eau (Amok) :  https://editionsamok.wixsite.com/amok/la-tete-sous-l-eau-tome-3

Visuel de Une: photo Olivier Lebleu ©Alexandre Dupeyron