Ubu au pays des gymnastes

THÉÂTRE – Merdre alors : qu’elle est décapante cette ouverture de saison à La Coursive ! En programmant Ubu d’Olivier Martin-Salvan, Franck Becker opte pour la carte du potache, du foutraque et du jubilatoire. Une pièce drolatique qui n’oublie pas de moquer les roitelets d’opéra sûrs de leurs pouvoirs éphémères …

Caricature potache, délirante et sans tabous de tous les pouvoirs et autres dictatures bourgeoises, le cycle Ubu d’Alfred Jarry (1873-1907) n’a eu de cesse d’inspirer les metteurs en scène et il est peu d’écrire qu’Olivier Martin-Salvan en réactive toute la sève avec son adaptation musclée, créée en 2015 au Festival d’Avignon.

Ce soir-là, tapis au sol bleu et dispositif quadri frontal, la salle Verdière, tous feux allumés, a des atours d’aire de jeu à la manière d’un ring. Y déboulent avec fracas, tous moulés dans des tenues de lutte chatoyantes et aux couleurs patriotiques, Ubu et sa petite bande de bracass’ (Thomas Blanchard, Robin Causse, Mathilde Hennegrave, Gilles Ostrowsky, excellents). C’est parti pour une heure de grand n’importe quoi … enfin à première vue.

En transposant ingénieusement la farce de Jarry dans l’univers du sport, le metteur en scène offre une efficace plongée dans les arcanes du pouvoir. Intelligente et terriblement drôle. Inspirée par Ubu sur la butte, version minimaliste d’Ubu Roi pour marionnettes, Olivier Martin-Salvan utilise à merveille la technique de la pantomime, misant sur la compétition GRS, le catch et la bande-son techno pour gym-queen afin de dénoncer le grotesque de la guerre et l’élévation du peuple par la discipline sportive. Forcément le spectacle se révèle rythmé, façon 120 BPM. Mais aussi percutant comme les coups d’accessoires en mousse que s’envoient en pleine face les comédiens. Grivois aussi … Mère Ubu est incontestablement aussi cochonne que vénale.  Quant à son raté de mari, il n’est pas contre s’enfiler l’intégralité de son armée (qui apprécie d’ailleurs). Ce qui ne l’empêche nullement d’être homophobe mais aussi raciste … Manquerait plus qu’il tweete frénétiquement !

©DR

Avec son grotesque assumé et ses acteurs cabotins à la limite du cartoonesque, l’Ubu de Martin-Salvan révèle toute la puissance anarchiste et pataphysique imaginé par un Jarry adolescent. Un Ubu se permettant même d’inattendues échappées comme cette Danse des canards chantée en polonais. À ce sujet, Olivier Martin-Salvan se révèle être un excellent chanteur. Pour le plus grand plaisir du public (particulièrement jeune et enjoué ce soir-là, la pièce devant être programmée à l’origine à la Maison de l’Étudiant). Un public qui rit sous cape ou à gorge déployée, et bien souvent jaune. Un public qui en a vu de toutes les couleurs : sacré Ubu !

Cédric Chaory.

Vu à La Coursive le 30 septembre 2019.

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