Tourisme : Le Museum d’Histoire naturelle de La Rochelle

MUSÉE – Plus ancien musée de la ville, jouissant d’une collection de 350 000 pièces, le Museum d’Histoire naturelle de La Rochelle a ravi plus de 70 000 visiteurs l’année dernière. Visite guidée avec Elise Patole-Edoumba, directrice des musées et du museum de La Rochelle.

C’est à un cabinet d’Histoire naturelle du 18ème siècle que La Rochelle doit la naissance de son Museum : le cabinet Lafaille. Collection de spécimens et d’objets patiemment constituée dès 1740 par Clément Lafaille, contrôleur des guerres,  ce cabinet fut légué par son propriétaire à l’Académie des Belles Lettres, Sciences et Art de la ville. « La Rochelle a toujours été liée aux sciences. René-Antoine Ferchault de Réaumur ou encore Louis Benjamin Fleuriau, enfants du pays, sans oublier Charles-Marie d’Orbigny et Alcide D’orbigny firent sa renommée. Dès 1800, La Rochelle a souhaité posséder son propre museum. Il verra le jour en 1832 avec l’installation et l’ouverture au public du cabinet Lafaille dans l’ancien hôtel du gouvernement et l’ancien jardin des jésuites. » explique Elise Patole .

Quelques années plus tard, un second museum ouvre ses portes, face au cabinet Lafaille : le Musée Fleuriau. Œuvre de plusieurs académiciens regroupés au sein de la Société des sciences naturelles de Charente-Inférieure, il se concentre exclusivement sur les sciences naturalistes régionales. Les deux museum fusionneront en 1895.

Aujourd’hui premier musée de Poitou-Charente par sa fréquentation – et sixième de Nouvelle-Aquitaine, derrière les « musées-poids lourd » de Bordeaux, le Museum d’Histoire naturelle s’étend sur 2 300 m2. Avec une superficie qui a été multipliée par trois suite à les réorganisation et rénovation du lieu mises en œuvre à partir de 1996 et achevées en octobre 2007, le museum est alors labellisé Musée de France par le Ministère de la Culture.

L’exploration du territoire local …

La visite du museum narre l’histoire de l’exploration du territoire local de ses origines à aujourd’hui. Au sous-sol, dans la première salle, la conservatrice précise : « Cette salle est consacrée à la paléontologie, la minerologie. Nous nous appuyons là sur des fonds historiques, notamment ceux de Charles-Marie d’Orbigny ou encore ceux, exceptionnels, du grand naturaliste et humaniste Fleuriau de Bellevue. ». Sont évoqués aussi les marais, façonnés patiemment par l’homme et si précieux pour la biodiversité du territoire.

Au gré d’un parcours (sur 5 niveaux et 32 salles qui exposent 10 000 pièces), le visiteur remonte le temps. Au rez-de-chaussée, se trouve le fameux cabinet Lafaille (actuellement fermé pour travaux). Elise Patole signale que « son mobilier, daté de 1776, est une pièce unique en Europe constituée de quinze armoires murales vitrées, complétées par douze tables-vitrines et des chaises Louis XV. » Majestueux.

Au premier étage, après avoir salué Zarafa, la premier girafe importée d’Afrique en 1826 et « véritable Joconde » du museum, le flâneur entre dans la  Galerie de zoologie qui présente une foultitude d’animaux selon la classification de Georges Cuvier. Au cours du 19ème, les savants de la région ont participé aux grandes expéditions scientifiques dont les découvertes vont bouleverser les connaissances et donner naissance à de nouvelles disciplines scientifiques. Cette galerie en témoigne. « Nous continuons d’acquérir de nouvelles pièces notamment ce que nous appelons des spécimens patrimoniaux, placés en réserve pour nos études. Notre programme d’acquisition est essentiellement régional – sur la zone Loire/Gironde – et se concentre sur les thématiques des marais-littoral et océan » précise la conservatrice.

L’océanographie et la biogéographie sont également mises en scène dans trois espaces du vaste premier étage qui alternent mobilier contemporain et vitrines du 19ème. Y sont exposés, entre autres, une belle collection de coquillages tropicaux, un squelette d’orque et cet étonnant poisson lune, le plus gros naturalisé au monde. On nous apprend qu’il a été péché dans la rade de La Rochelle dans les années 90. Une vraie pièce historique !

©Julien Chauvet

La découverte des ailleurs

Les deuxième et troisième étages exposent des objets venant de tour du monde et collectés dès le 19ème siècle par des aventuriers poussés par l’appétit de conquête puis par des scientifiques animés du désir de comprendre les autres cultures humaines. Ces objets de rituels ou du quotidien révèlent le génie propre aux peuples qui les ont produits, de leurs pratiques sociales et culturelles, et de leur histoire longtemps méconnue. À ne pas rater : la collection océanienne, africaine et américaine, constituée par Etienne Loppé.

Au détour d’une pièce, le visiteur est saisi par la vision d’un bond de gazelle(s) : « C’est un peu notre logo. Ce montage date de 2013. C’est une prouesse technique et artistique qui reproduit un saut décomposé d’une gazelle, à partir de plusieurs espèces. » glisse Elise Patole sur le chemin qui mène à l’exposition temporaire en cours.

©Julien Chauvet

Tout sur l’île de Pâques

Car aux collections permanentes s’ajoute la visite d’une exposition temporaire d’envergure : île de Pâques, le nombril du monde ? qui invite à la  découverte de la culture, des habitants et de la biodiversité de cette mystérieuse île perdue du Pacifique.

« Nos expositions sont de plus en plus grand public. Celle consacrée à l’île de Pâques a obtenu le label d’intérêt national … Cela veut dire qu’elle est digne d’un musée national. Elle rencontre un vif succès. Le Museum de La Rochelle organise deux expositions par an. Une dans ce vaste espace au sous-sol et une, plus intimiste, dans le cabinet des dessins*. Notre prochaine grande exposition, en partenariat avec la Corée du Sud, sera consacrée à la baleine. » explique la conservatrice au terme de sa visite guidée.

Le jardin botanique

Il serait dommage de quitter le museum sans une visite de son jardin des plantes. Créé au 18ème siècle par le Collège des Jésuites, devenu Jardin Botanique en 1800 pour offrir des cours au public, le jardin des plantes présente aujourd’hui des collections végétales originales provenant des quatre coins du monde.

Certains espaces sont dédiés aux grandes explorations avec des plantes rapportées par des voyageurs aussi illustres qu’Alcide d’Orbigny, faisant ainsi écho au 1er étage du Muséum. Entre ses platanes d’Orient, son hêtre pourpre ou son ginkgo biloba, le jardin abrite parfois des expositions temporaires, avec une mise en lumière de certains artistes, de photographes, mais aussi des événements musicaux ou des visites guidées spéciales.

Cédric Chaory

*Docteur Azé & la photographie ethnographique – exposition temporaire 

INFORMATIONS PRATIQUES : https://museum.larochelle.fr/

Visuel de Une : ©Julien Chauvet