« Tommy » en version restaurée à la Belle du Gabut

CINÉMA – Après la 3e Scène de l’Opéra de Paris, le ciné-club Jules+Jim propose le lundi 26 août à la Belle du Gabut, la projection de « Tommy », adaptation baroque de l’opéra-rock du groupe THE WHO. Avec, à l’écran, Elton John , Tina Turner, Eric Clapton …

En 1969, sort Tommy, le 4ème album studio du groupe rock britannique The Who. Si les experts et les puristes se sont longtemps divisés sur son appellation, il s’agit de l’un des tout premiers opéras-rock, voire même du premier. Il s’écarte du format habituel de chansons de trois minutes et raconte, du premier au dernier titre, l’histoire (imaginée et écrite par Pete Townshend guitariste, fondateur, leader et principal compositeur des Who) d’un enfant victime d’un traumatisme qui l’a rendu sourd, muet et aveugle. L’avis de la presse spécialisée est partagé mais Tommy ne tarde pas faire l’unanimité et à rencontrer le succès, tant critique que commercial. Quelques millions d’albums vendus plus tard, en 1975, sort l’adaptation cinématographique signée Ken Russel avec la collaboration du groupe. Rien de très étonnant à ce que le cinéaste s’y soit intéressé puisque ses documentaires d’art, notamment Song of Summer (1968), consacré au compositeur britannique Frederick Delius,et Dance of the Seven Veils (1970), sur Richard Strauss, et deux de ses précédents longs métrages, La Symphonie pathétique (The Music Lovers – 1969), sur Piotr Tchaïkovski, et Malher (1974), deux biographies fantasmées, ont déjà pour thème la musique ; cette musique qui lui aura permis de guérir d’une dépression nerveuse pendant sa jeunesse et qui inspirera son cinéma. 

Malgré la participation des Who, le réalisateur prendra quelques libertés par rapport à l’œuvre originale, notamment au niveau du scénario. Ainsi, Tommy (Barry Winch/Roger Daltrey) est toujours victime d’un traumatisme et renonce à voir, à entendre et à parler avant de devenir une vedette du billard électrique, mais le contexte est différent.

Tommy

Le film démarre avec la Seconde Guerre mondiale, tandis que l’album évoque l’après 14-18. Dans celui-ci, le Capitaine Walker, officier de l’armée britannique et porté disparu, de retour chez lui, assassine Frank, l’amant de son épouse Nora. Dans l’adaptation cinématographique, l’amant (Oliver Reed) tue le père de Tommy (Robert Powell) sous les yeux de sa mère (Ann-Margret). Si Ken Russell est passionné par la musique classique, sa mise en scène est plutôt rock-pop… Le film est en grande partie basé sur les chansons de l’album, interprétées par les comédiens eux-mêmes. Le cinéaste et Pete Townshend en ont réécrits certaines et ajoutés d’autres. Il se présente comme une succession de clips musicaux quelques années avant leur avènement en 1981 avec le lancement de la chaîne de télévision MTV. Au même titre que le double album d’origine, Tommy est une œuvre à part, premier opéra-rock de l’histoire du cinéma, mais avant tout réalisée par un artiste atypique, « enfant terrible du cinéma britannique », alors dans sa période faste et qui s’autorise bien des audaces.

Tommy

Le résultat est un délire visuel et sonore, aux couleurs flamboyantes, un long métrage baroque, kitsch, dont les excès le font flirter à l’occasion avec le cinéma expérimental, et parfois teinté d’un mauvais goût revendiqué par le cinéaste. Volontiers provocateur par sa forme, Tommy l’est autant sur le fond. Tant mieux pour le scandale. « Je frappe les gens au-dessous de la ceinture, déclarait Ken Russell, « J’éprouve un vif plaisir à bousculer les tabous et estourbir les vaches sacrées ». Comme dans d’autres de ses films, il fait s’entrechoquer sexualité et religion pour dénoncer ici les dérives de la société capitaliste et s’en prendre au star-system, aux « guides spirituels », gourous et messies, ainsi qu’à la société de consommation, notamment dans cette scène d’anthologie où la sensuelle Nora (Ann-Margret), ivre, zappe à n’en plus finir sur les images de publicités, puis brise l’écran de son poste de télévision et se voit submergée par un torrent de mousse de détergent, de haricots à la sauce tomate et un liquide visqueux de couleur chocolat dans lequel elle va se vautrer ! 

Elton John - Tommy

Aux côtés de la prestation des trois comédiens principaux, Ann-Margret, sublime dans son rôle de mère possessive et de veuve (pas trop) éplorée (nommée à l’Oscar), et les charismatiques Roger Daltrey, alors acteur débutant, et Oliver Reed, parfait comme souvent dans la peau d’un salaud, on retiendra également le numéro mémorable que nous offrent quelques guest-stars, comme le pianiste et chanteur Paul Nicholas (le sadique cousin Kevin), le batteur déjanté et de génie du groupe, Keith Moon (le pervers oncle Ernie), Eric Clapton (le prêcheur), Tina Turner (l’envoûtante Acid Queen), Elton John (Pinball Wizard, le champion de flipper), sans oublier Jack Nicholson (le thérapeute) qui va même jusqu’à pousser la chansonnette !

Reflet d’une époque, les seventiesTommy demeure pourtant d’une certaine actualité par son côté visionnaire et une curiosité à redécouvrir.

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(source : http://www.cinechronicle.com)

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