Suite et fin de l’entretien exclusif avec Arnaud Jaulin (2/2)

BILAN – À quelques mois de la fin de son mandat à la Mairie de La Rochelle où Arnaud Jaulin a traité de nombreux dossiers, l’adjoint à la Culture revient sur les quelques axes forts qui ont rythmé ses six dernières années. Cet entretien aborde les questions des Arts vivants et de l’audiovisuel.

LES ARTS VIVANTS

  • Le Renouveau du Carré Amelot

Le Carré Amelot va quitter l’Arsenal pour s’installer au Gabut dans un bâtiment qui a été spécifiquement conçu pour l’accueillir lui et le CNAR. Cette relocalisation est un des enjeux cruciaux du mandat : Amelot sera dans cet écrin splendide de la ville, entre ville neuve et ville ancienne. Au Gabut, ancrage de la structure, seront données les activités habituelles (la photographie pourrait cependant être ramenée à la Maison des Ecritures car cette discipline est aussi une écriture.) mais il y a aussi un redéploiement du Carré sur l’ensemble de la ville. En fait, il s’agit d’une re-territorialisation notamment dans les salles municipales des quartiers. Cette politique a été enclenchée par Marion Pichot et moi-même. Dans le cadre du Plan de Rénovation Urbaine (PRU) de Villeneuve-les-Salines, l’idée est de coupler à la médiathèque une vraie salle de spectacle avec une régie professionnelle et sans doute quelques studios à destination des artistes. Il ne faut pas oublier les quartiers qui eux aussi ont le droit d’avoir des lieux de diffusions. L’Espace Bernard Giraudeau, à Mireuil, a été équipé récemment en ce sens. Aujourd’hui, une salle dans Villeneuve serait plutôt bienvenue. J’entends les mécontentements sur la disparition d’une salle de diffusion en plein centre ville mais celui-ci en possède déjà de nombreuses, non ? Dois-je les énumérer ? Je dois rappeler, là aussi, que le Carré Amelot a vocation à irriguer toute la ville.

Et puis vous savez dans l’actuelle salle du Carré Amelot, nous n’y sommes pas très bien assis, certaines poutres ont été supprimées ce qui fragilise la structure du bâtiment, la pente est à 3 degrés, l’accessibilité pour les handicapés est inexistante… Certes j’aurai souhaité que nous gardions une salle en cœur de ville et il n’est pas impossible que j’arrive à convaincre Monsieur le Maire.

J’en profite pour rendre hommage à Magali Lugan qui a participé à la municipalisation du Carré Amelot et la directrice qui lui succède, Pamela De Boni, qui poursuit son travail d’une belle manière. Elle œuvre aujourd’hui pour l’émergence de nouveaux publics et de nouveaux artistes avec un axe fort sur le très jeune public (spectacles de 0 à 3 ans).

  • Le nouveau Conservatoire 

Le projet est lancé. Nous sommes en train de dialoguer avec les architectes car ils nous demandent un peu plus d’argent que prévu. J’espère que les fondations seront posées dans les prochains mois. Le Conservatoire sera situé vers le boulevard Joffre, près du pont Jean Moulin, tout au bout de la gare. En fait, Il faut l’appréhender de manière globale en terme d’urbanisme : il s’inscrit dans la reconfiguration de toute cette partie de la ville que nous appelons l’îlot Joffre entre la gare et l’hôpital. Ce conservatoire va être un formidable outil pour les élèves qui le fréquenteront. Les salles seront bien orientées, aussi bien isolées qu’ensoleillées. Nous sommes là près d’un cours d’eau et les aménagements urbains vont embellir tout cet espace. Il y aura aussi un auditorium au sein de cette école de musique et de danse qui pourra être ouvert et indépendant du reste du Conservatoire.

Vu que je parle de musique, je tiens le dynamisme de l’orchestre d’harmonie de la ville de la rochelle constitué de près de 70 musiciens tant professionnels qu’amateurs.

Versus – Sine Qua Non Art ©Joao Garcia
  • La danse et le théâtre

Le renforcement de l’axe danse était vraiment souhaité par l’équipe. La Rochelle est une ville qui aime la danse. La danse est un art, mais aussi un peu un sport, une maîtrise de soi, une esthétique de vie. N’a t-elle pas accueilli Brigitte Lefèvre, pionnière dans la danse contemporaine en France puis Régine Chopinot, enfant terrible de la nouvelle danse française …  Il y a désormais une dizaine de compagnies professionnelles implantées dans la ville.

Le CCN de Kader, lui, a un rayonnement international. Nous accueillons depuis peu, La Manufacture, antenne du Centre de développement chorégraphique de Bordeaux à La Rochelle. Pour une ville de la taille de La Rochelle, c’est assez exceptionnel d’avoir ces deux labels nationaux consacrés à l’émergence de la danse. La Mairie aide aussi les chorégraphes pour les résidences, des questions matérielles. Sine Qua Non Art, Amine Boussa, Alice Kinh, De Type Trio, Jennifer Macavinta, Perrine Gabrielsen, Renaud Dallet, Maud Vallée, Jon Bateman et tant d’autres … J’ai le souci que nous ayons dans l’espace public des lieux qui puissent les accueillir. Je pense à l’implantation de  dispositifs qui permettraient l’accueil de barres dans le sol. Souvenez-vous du Tous à la Barre proposé par la compagnie Sine Qua Non Art. Plus de 250 personnes y ont participé. On pourrait sur le port prévoir quelques revêtements souples, à l’image de ceux des jardins d’enfants, pour que des danseurs hip hop y performent. Tout comme à la Maison des Ecritures, le parc qui l’entoure peut proposer de beaux espaces de répétitions et performances en plein air.

En ce qui concerne le théâtre, je pense que La Rochelle aurait pu être une grande ville de théâtre comme Avignon. La proximité de la culture et des Rochelais, la disposition physique de la ville, les implantations des Tréteaux des deux Tours et du Théâtre de la lanterne … La Rochelle aide naturellement des compagnies de théâtre mais je ne vous cache pas un certain nombre d’inquiétudes quant au financement public de certaines compagnies professionnelles. J’ai proposé qu’on mette tous les acteurs institutionnels du théâtre privé autour de la table pour réfléchir ensemble à un plus grand soutien à la création, à renforcer la diffusion et au montage de co-productions.

La Cie Ilotopie présentée récemment à la Fête sur le Port du CNAR
  • La Friche du Gabut

Nous avons sélectionné l’architecte qui va bâtir la Friche du Gabut où seront réunis trois opérateurs : le CNAREP, le Carré Amelot et un tiers-lieu. Le projet coûte aux alentours de 10 millions d’euros. On va garder l’esprit de la Friche pour que les graffeurs conservent leur espace de création. Ce sera un espace ouvert, un lieu animé, ouvert à tous et gratuit accueillant tous types d’art. Ce bâtiment est très bien pensé, très novateur avec l’idée d’une terrasse, d’ateliers ouverts. Il n’y a pas, contrairement à ce qu’on dit, le projet d’y mettre que des bureaux (moins de 10% d’espace de bureaux). Il faut laisser la place à la création, aux artistes et surtout au lien entre les publics et les artistes. Il y a bien sûr des ajustements à penser dans cette proposition. J’aimerais, par exemple, que la partie dédiée à la salle du travail du CNAR puisse voir son architecture quelque peu assouplie.

Le Gabut revit incontestablement depuis La Belle du Gabut. J’ai bien entendu tous les reproches qui ont fusé sur la Belle du Gabut. Sur le fait que ce soit un projet parisien, que la programmation ne soit pas à la hauteur des espérances de certains … J’aimerais juste clarifier les choses en disant que premièrement la Belle du Gabut correspond à une attente eu égard à la fréquentation journalière qui peut dépasser plusieurs milliers de personnes. C’est un lieu de rencontre populaire avec la culture et de culture.

J’ajoute aussi que ce sont 40 emplois à temps plein sur 6 mois ce qui est plutôt bienvenu pour l’économie locale. Je suis fier que la culture permette ces emplois. Un budget de plus de 90 000 euros est aussi consacré à la rémunération des artistes professionnels qui s’y produisent.

L’AUDIOVISUEL À LA ROCHELLE

Gérard Depardieu sur le Vieux Port de La Rochellelors du tournage de Tour de France en 2015. ©L.B.
  • Bureau d’accueil des tournages

La structuration de la filière audiovisuelle a été un des axes fort du mandat. Nous sommes en train de travailler à l’accueil d’un bureau d’accueil des tournages (BAT) avec la ville de Rochefort et d’autres communautés de communes. À l’origine, je pilotais ce dossier qui se révèle être tout aussi économique que culturel et qui est désormais porté par la CDA.

Avec Denis Gougeon, ancien responsable de la filière audiovisuelle à la ville, constat a été fait de la présence de plus d’une centaine de professionnels du monde de l’audiovisuel (monteur, réalisateur, producteur, décorateur, scénariste …), d’associations comme Coolisses  (vivier de figurants), du studio de post-production (L’Alhambra à Rochefort), d’une formations universitaire, de la présence de studios, en plus de la douceur de la lumière et la beauté des décors naturels, sans oublier la très grande variété des festivals consacré au septième art et au documentaire, font que notre territoire est naturellement porté à soutenir toute la filière audiovisuelle. Celle-ci représente aujourd’hui plus de 13 millions d’euros de retombées économiques par an sur le territoire.

Propos recueillis par Cédric Chaory

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