Stranger Things, l’Art en dehors du temps

EXPOSITION – Dans le cadre de leur programmation culturelle 2019, le Centre des monuments nationaux et la Ville de La Rochelle invitent le Fonds Régional d’Art Contemporain Poitou-Charentes à investir latour de la Lanterne et la chapelle des Dames Blanches jusqu’au 5 janvier 2020 avec l’exposition Stranger Things.

La Tour de la Lanterne et la Chapelle des Dames Blanches accueillent une trentaine d’œuvres issues de la collection du Fonds Régional d’Art Contemporain Poitou Charentes des artistes suivants : Delphine CoindetEdi DubienGrégory DurviauxThéodore FivelSara HoltMartin HonertSarah JonesJacob KassayMyriam MihindouTania MouraudHermann PitzDaniel SchlierNathalie TalecPatrick Tosani et Erwan Venn

Stranger Things est une exposition qui se déroule dans ces deux lieux patrimoniaux qui se veulent en dehors du temps et de la réalité. 

Stranger Things – Chapelle des Dame Blanches

Pour en savoir plus sur cette nouvelle exposition rochelaise, Aliénor a rencontré Doria Ardiet, chargée de projets au service Action Culturelle de la Ville de La Rochelle, et Sébastien Arnault, chargé de communication des Tours de La Rochelle, très investis dans ce projet. Interview croisé autour de l’étrange et du merveilleux…

Racontez nous la genèse de l’exposition Stranger Things ?

Doria Ardiet :  Alexandre Bohn, directeur du FRAC Poitou Charentes, est venu il y a trois ans à La Rochelle rencontrer Arnaud Jaulin, élu à la culture. Il a souhaité dans le même temps  rencontrer la direction des Tours de La Rochelle. Pour rappel, les missions premières du FRAC sont l’acquisition d’œuvres, la diffusion et la médiation. 

L’idée était donc de présenter des œuvres de la collection du FRAC Poitou Charentes dans différents lieux culturels et patrimoniaux de La Rochelle.  La Ville de La Rochelle avait déjà collaboré  avec le FRAC, notamment pour la célébration des 30 ans du  FRAC en 2013 à l’Espace Art Contemporain.

Sébastien Arnault : C’est la première fois que le FRAC collabore avec les Tours de La Rochelle. Il existait déjà des expositions dans les tours, mais plutôt en collaboration directe avec des artistes contemporains. Depuis l’arrivée de la nouvelle équipe, il y a un véritable souhait de s’ouvrir pleinement  à l’art contemporain. Ainsi une étroite collaboration s’est engagée avec la galerie Art espace 83  de Brigitte Ruffin avec la présentation d’expositions d’artistes nationaux et internationaux. Cette collaboration a duré 3 ans jusqu’à la fermeture de la galerie fin 2018.

Doria Ardiet :   Depuis la fermeture de l’Espace Art Contemporain en 2013, les élus à la Culture ont souhaité soutenir à nouveau la création contemporaine et lui redonner sa place à la Chapelle des Dames Blanches. Aussi, lorsque Alexandre Bohn est venu à La Rochelle il y a trois ans pour un partenariat dans le cadre des P[art]cours  avec le Collège Pierre Mendès-France et lors de l’exposition de Régis Fabre à la Chapelle des Dames Blanches, l’idée est venue de faire une exposition multisites.

Sébastien Arnault :  Cette exposition est une belle mutualisation des moyens entre le Centre des monuments nationaux, le FRAC et la ville de La Rochelle.

Erwan Venn

Comment s’est construit l’exposition?

Doria Ardiet :  Hélène Dantic, chargée de projets artistiques et culturels et de communication du FRAC Poitou Charentes, est venue à La Rochelle. Un véritable partenariat s’est alors engagé entre les Tours, la chapelle des Dames Blanches et le FRAC. Chacun d’entre nous a mis une pierre à l’édifice. Hélène Dantic a posé un regard neuf sur la tour de La Lanterne et la chapelle des Dames Blanches et engagé une réflexion sur un thème pouvant regrouper les deux lieux.

Sébastien Arnault :  Nous avons travaillé avec Hélène sur l’histoire des Tours.  Nous ne voulions pas seulement considérer le côté prison de la tour de La Lanterne. Il était important de noter et mettre en avant que la tour de La Lanterne avait eu plusieurs vies : tour de défense primitive, puis phare avant de devenir une prison. De plus, depuis 1985 la tour de la lanterne accueille en son sein des œuvres d’artistes contemporains créées in situ : le sol d’une des salles réalisé par Jean Pierre Pincemin, le miroir de la flèche et les vitraux de la petite flèche réalisés par Gottfried Honneger. Nous avons ainsi réfléchi à comment articuler tout cela autour d’une exposition.

Doria Ardiet :  La chapelle des Dames blanches n’est pas véritablement un emblème de la ville. C’est l’architecture et le passé de l’édifice qui ont intéressé Hélène Dantic.  Avec la sensation de repli sur soi, de renfermement sur elle même qui en même temps inspire l’élévation spirituelle. L’élévation a d’ailleurs été un des points de réflexion à la construction de l’exposition : une élévation spirituelle évoquée à la chapelle des Dames Blanches et une élévation nécessaire pour découvrir la Tour de la Lanterne.P

Daniel Schlier

Pourquoi Stranger Things ?

Doria Ardiet :  L’idée était de toucher un public différent,  pas forcément habitué à fréquenter les musées et lieux d’exposition. Comme ces deux lieux sont frappés d’une certaine étrangeté,  Hélène Dantic  a pensé à la série Netflix Stranger Things où il est notamment question de passages dans différentes dimensions. De basculer dans un autre monde, celui de l’étrangeté, que chaque œuvre artistique peut porter en elle. S’appuyer sur la série permet d’avoir un écho populaire par rapport à l’art contemporain et également de toucher un public plus jeune.

Sébastien Arnault : La série a été le véritable point de départ avec l’idée d’étrangeté, d’autres dimensions, d’autres mondes.

Comment s’est déroulé le choix des œuvres ?

Sébastien Arnault : Hélène Dantic nous a présenté une sélection d’œuvres auxquelles  elle avait pensé.  Nous avons réalisé une première sélection avec Doria.  Nous n’avons pas sélectionné de vidéos pour des contraintes techniques et l’aspect trop conceptuel de ces créations.

Doria Ardiet :  Pour la Chapelle, le choix s’est opéré sur des photographies et peintures mais aussi sur des pièces en volume car le lieu se prête à la sculpture.

Sébastien Arnault :  Oui il a fallu tenir compte des contraintes de chaque lieu. Il y avait des œuvres impossibles à installer dans la tour de La Lanterne notamment à cause de l’étroitesse de l’escalier. J’aurais adoré présenter “la cage” de Claude Lévêque au dernier niveau de la tour. Malheureusement l’œuvre n’étant pas démontable, cela n’a pas pu se faire.

Doria Ardiet :  Nous nous sommes rendus au FRAC afin de rencontrer l’ensemble de l’équipe et Régis Fabre, chargé de collection, afin de parler justement des contraintes de chaque lieu. Pour certaines œuvres il y avait des problèmes de maintenance ou de surveillance.  Sur place, nous avons  étudié tous ensemble cette première sélection et affiné nos choix. Puis une année s’est passée. Une fois les dates d’exposition définies, il s’est avéré que plusieurs pièces choisies n’étaient plus disponibles : soit en cours de restauration, soit déjà prêtées et exposées dans d’autres lieux. Le choix s’en trouvait ainsi très limité !

Sébastien Arnault :  Nous avons donc repris le catalogue avec Doria. Et réétudié de A à Z les œuvres et les artistes en lien avec le thème et les lieux.

Doria Ardiet :  J’ai pris beaucoup de plaisir lors de ce travail de sélection. Il s’agit là d’une véritable co-construction, un travail de commissariat partagé entre tous : entre les équipes du FRAC, du Centre des Monuments Nationaux et du Service Action culturelle de la Ville de La Rochelle. Malgré nos sensibilités différentes, le choix s’est opéré de manière très fluide, avec des doutes et des évidences.  Un échange riche et complémentaire où chacun suggérait à l’autre ses avis et ses choix. 

Sébastien Arnault : C’est vrai que l’échange était important en fonction de chaque lieu. L’approche et la présentation d’une exposition d’art contemporain dans la tour de La Lanterne demande réflexion. En effet les visiteurs ne viennent pas en premier lieu visiter une exposition mais un lieu patrimonial. Il est donc important de tenir compte de la présentation au public

Doria Ardiet : Effectivement. Pour la chapelle, lieu d’exposition temporaire, il était important de présenter un accrochage généreux et dense pour les publics. A ce propos, des visites spécifiques sont proposées aux établissement scolaires, en partenariat avec l’Éducation Nationale.

Sébastien Arnault :  Nous avons surtout souhaité que l’ensemble des œuvres présentées soit accessible au plus grand nombre, populaire. Ni trop conceptuel, ni trop minimaliste.

Edi Dubien

Heureux du résultat ?

Doria Ardiet : Je suis ravie de la finalité de l’exposition. Il me semble que dans chaque lieu, les œuvres se répondent et dialoguent bien ensemble. Ce qui m’a émerveillée à la chapelle c’est que finalement il y a des œuvres pour lesquelles je n’avais pas fait de lien immédiat. Nous avons fait des choix parfois de manière très instinctive entre des œuvres vues au FRAC, ou encore des installations dont nous n’avions vu que des reproductions. L’exercice est difficile, le doute est toujours là mais ce qui me ravit et m’émerveille au quotidien, c’est la capacité des œuvres à nous offrir une autre vision du monde. Notamment entre l’installation de Hermann Pitz et les œuvres de Théodore Fivel et Jakob Kassay, il me semble qu’une véritable magie s’opère sous nos yeux.

Sébastien Arnault : Je suis aussi ravi et émerveillé du dialogue entre les œuvres et l’architecture de la tour. Il y a une belle élévation au sens propre comme au sens figuré. C’est également une belle expérience de collaboration commune que j’espère nous pérenniserons.

Doria Ardiet : C’est une chance considérable de pouvoir accueillir cette riche collection à La Rochelle, des œuvres d’artistes de renom avec des démarches artistiques très différentes. Un réel émerveillement pour ma part, qui je l’espère sera partagé par le public. Une belle et heureuse expérience que je souhaiterais également renouveler à l’avenir.

Propos recueillis par Dominick Pagès, Marguerite La Rochelaise

INFORMATIONS PRATIQUES :

Exposition du 9 novembre 2019 au 5 janvier 2020 à la Tour de la Lanterne - Ouvert du 1er octobre au 31 mars, tous les jours de 10h à 13h et de 14h15 à 17h30 – Fermé le 1er janvier et tous les premiers lundis de chaque mois – Plein tarif : 6 € – Gratuit pour les moins de 18 ans, les moins de 26 ans ressortissants de l’Union Européenne, personne handicapée et son accompagnateur, demandeur d’emploi sur présentation d’une attestation de moins de 6 mois

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Exposition du 9 novembre 2019 au 5 janvier 2020 à la Chapelle des Dames Blanches - Ouvert du mercredi au dimanche de 15h à 19h et mercredi et samedi matin de 10h30 à 12h30 – Fermeture exceptionnelle les mercredis 25 décembre et 1er janvier – Tarif : Entrée libre

Chapelle des Dames Blanches 23 quai Maubec – La Rochelle 05 46 51 53 78

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Théodore Fivel

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