« Somb » : Ré la noire

LITTÉRATURE – Aliénor recommande vivement la lecture de Somb de Max Monnehay. Ce thriller qui se déroule entre La Rochelle et l’île de Ré est en lice pour le Grand Prix des Littératures policières 2020 et sa suite est déjà en cours d’écriture. Interview de l’auteure.

Vous publiez votre 4ème roman – Somb – aux Éditions du Seuil. Un thriller qui prend place entre La Rochelle et l’île de Ré. Pourquoi avoir choisi un tel cadre ?

J’ai connu La Rochelle par le biais de mes beaux-parents. Ils y passent une partie de leur retraite. J’ai été immédiatement captée par la beauté de la ville et de ses environs, notamment l’île de Ré. C’est incontestablement une belle région avec sa douceur de vivre, sa lumière. Je la découvre toujours un peu plus au fur et à mesure de mes venues. Dans Somb, je m’appuie d’ailleurs beaucoup sur cette géographie de la Charente-Maritime ou encore de La Rochelle que je maîtrise de mieux en mieux. Je souhaitais vraiment être fidèle à cette réalité. Je songe même à m’y installer avec mon époux.

Vous parlez de la lumière si vive de la région. Or là, c’est une Rochelle en pleine grisaille que le lecteur découvre. Vous aviez envie de tordre le cou aux clichés ?

Pas forcément. Vous savez aucune ville n’est idyllique. La Rochelle, elle-même, a ses côtés sombres, ses quartiers défavorisés dont je parle dans Somb. Pour ce thriller, particulièrement sombre, je trouve que la grisaille de l’hiver correspond totalement aux images qui hantent l’esprit de Victor Caranne, le personnage principal du roman. Et puis, je connais La Rochelle en hiver : ce n’est pas toujours plein soleil …mais cela reste magnifique tout de même.

Quand on pense roman noir à La Rochelle, on pense au Maître Simenon. Vous, vous déboulez dans cet univers. Comment se prépare t-on à embrasser un tel genre ?

J’ai travaillé d’une manière totalement différente de mes précédents romans. Il y a eu un énorme travail de construction narratif en amont. Pour un thriller, rien ne peut être laissé en suspens, toutes les réponses doivent être déjà écrites sinon vous vous heurtez à des impasses narratives, vous tombez dans des pièges. En fait je dirais que j’ai pré-écrit le roman, chapitre après chapitre, avant de m’atteler réellement à l’écriture. Cela a demandé beaucoup de travail : près d’un an en tout. Mais m’investir dans ce genre littéraire m’a particulièrement plus. Je suis d’ailleurs sur la rédaction de la suite des aventures de Caranne. Je souhaite en faire un personnage récurrent. Le roman devrait paraître à l’automne 2021. Il va me falloir travailler plus vite que pour Somb mais l’allant est là.

Vous faîtes une description précise de la prison de l’île de Ré. Vous y-êtes vous rendue pour les besoins du livre ?

Non, je n’ai pu visiter la prison. Elle est d’ailleurs relativement secrète. Beaucoup de locaux ignorent son existence, aucun panneau ne l’a signale. Je me suis basé sur de nombreux que j’ai pu lire. Pour le deuxième tome, l’histoire se déroulera en grande partie dans cette prison donc prochainement je vais solliciter l’administration pénitentiaire pour visiter les lieux. On verra si on m’y autorise.

Jamais vous ne stigmatisez la population carcérale. Marcus,  ex-détenu et un des personnages principaux du roman, me semble d’ailleurs être le plus équilibré des personnages du livre. Quel regard portez vous sur les prisons françaises ?

C’est vrai pour Marcus, je n’y avais pas pensé. On va dire qu’il frôle à chaque fois la ligne rouge mais arrive à se retenir … ce qui n’est pas forcément le cas des autres personnages. Pour revenir aux prisons françaises, elles sont pour moi un gros scandale. Nous connaissons tous les principaux maux de ces lieux de détention: l’insalubrité, la promiscuité … qui occasionnent une violence endémique. Pour moi, un prisonnier reste avant tout un être humain. Qui a fait des erreurs certes, mais cela n’en fait pas pour autant un animal. La prison ne doit pas lui ôter sa dignité mais je crains que ce soit rarement le cas.

Sans rien spoiler du livre, Somb décrit, entre autre chose, une histoire d’amitié particulièrement toxique. C’est du vécu ?

Non ce n’est pas du tout du vécu mais comme vous avez pu le lire, la psychologie m’intéresse énormément. Pour bien comprendre quelqu’un, il faut connaître son passé. Nous sommes tous la somme de nos expériences, mais aussi des petits et grands drames de nos existences. Cette amitié très particulière qui unit Victor à Jonas m’a permis de construire des personnages très opposés et malgré tout liés par une histoire dramatique. Sur ce socle, j’ai pu tisser tout un canevas d’intrigues.

On imaginerait bien une adaptation de Somb au cinéma. Riche de vos cours d’écriture scénaristique, serait-ce envisageable ?

J’ai reçu quelques propositions  de la part de boîtes de productions mais je ne peux vous en dire plus. J’espère vraiment que cela va se concrétiser. Après je ne suis pas vraiment persuadée que travailler sur la rédaction du scénario m’intéresse vraiment. Aujourd’hui ma priorité est que Somb se décline en une série de romans où l’on retrouverait Caranne, La Rochelle et ses alentours.

Votre livre est paru le 5 mars. Sa promotion fut stoppée net par le confinement. Comment relance t-on la machine ?

Le confinement a été un très gros choc. Je ne savais pas, comme tout le monde, ce qui allait se passer … puis deux mois se sont écoulés sans la possibilité de faire la promotion du roman. Au dé-confinement, j’étais persuadée que Somb allait passer à la trappe, qu’on n’en parlerait plus. Un roman mort-né en quelque sorte. Heureusement pour moi j’ai eu dès la mi-mai des articles élogieux qui ont relancé le livre.

Vous êtes en lice pour le Grand Prix des Littératures policières 2020. Êtes-vous sensible à ce genre de distinction ?

Nous sommes nombreux en lice pour ce prix : une dizaine d’auteur-e-s. Je suis ravi d’être nommée car je ne suis pas du tout du sérail. C’est mon premier roman noir donc c’est plutôt flatteur et il semblerait que ce soit un prix relativement prestigieux. Le simple fait d’être sélectionnée me ravit : cela récompense un travail. Et si par bonheur je devais remporter le prix, je me dis que Somb serait à nouveau sous les feux des projecteurs.

Avec Corpus Christine, votre premier roman (primé à l’époque), on a parlé d’un roman nothombien. Comment reçoit-on ce genre de comparaison ?

Mon premier roman a été publié chez Albin Michel, éditeur historique d’Amélie Nothomb. Je me prénomme moi-même Amélie. On m’a fait comprendre que c’était un peu compliqué d’avoir deux Amélie dans la maison d’édition surtout que Corpus Christine, par son titre et son thème, se rapprochait de l’univers de cette auteure. J’ai dû d’ailleurs prendre un surnom !

Le thème, le titre …c’est sans doute pour cela qu’on lui trouve des accents nothombiens. Je ne sais si c’est vérifié. Ce que je peux dire c’est que j’ai lu quelques livres d’Amélie Nothomb et qu’elle est une très bonne écrivaine.

Quel été se profile pour vous ?

Je devais me rendre au L’île aux livres, le salon du Livre de Bois-Plage à Ré mais malheureusement il a été annulé en raison du Covid-19. Ce sera donc un été studieux consacré à l’écriture du tome 2 de Somb. Je vous le pitche : le psychologue Victor Caranne viendra en aide aux deux flics Babiak et Baccaro qui peinent à cerner la psychologie retorse d’un tueur. La Rochelle et Ré seront encore au cœur du roman.

Propos recueillis par Cédric Chaory

Somb – Max Monnehay (Cadre Noir – Éditions du Seuil)