Romain Blais, guide accompagnateur rochelais au temps de la Covid-19

TOURISME – Comme bon nombre d’activités, le tourisme souffre particulièrement de la pandémie de la Covid-19 qui suspend le temps. Indéfiniment. Romain Blais, guide accompagnateur à La Rochelle nous partage son expérience.

Pouvez-vous présenter votre parcours ?

Je suis guide indépendant sur le département depuis 2017. J’ai toujours été passionné par l’histoire (ndlr : Romain est titulaire d’un DU histoire de l’art et archéologie) et plus particulièrement celle de La Rochelle. Je me suis lancé par hasard, au détour d’une conversation avec des amis sur l’île de Ré où j’ai appris l’existence du site internet toursbylocals, plateforme de guidage. De là a germé l’idée de proposer au site mes propres visites de la Charente-Maritime. 

Dans un second temps j’ai crée mon propre site internet pour toucher un public francophone, toursbylocals s’adressant essentiellement à un public de croisiéristes nord-américains.

Par ailleurs je suis membre d’une association de guides touristiques – le Cicérone Club – qui regroupe les indépendants de Poitou Charentes. Cela nous permet de travailler avec des prestataires un peu plus importants, de s’entraider, d’échanger sur nos domaines de prédilection.

Vous dîtes vous être lancé par hasard dans ce métier. Ne nécessite-t-il pas cependant une formation particulière ?

Pas du tout. Le métier de guide accompagnateur est une profession non réglementée. Elle est à différencier du métier de guide conférencier qui nécessite une licence pro ou une validation d’acquis pour les Bac+5. Le guide conférencier a l’autorisation de faire visiter l’intérieur des monuments, moi je ne suis pas autorisé à entrer avec mes groupes au sein de la cathédrale par exemple.

Cela ne me pénalise pas pour autant car mes services sont essentiellement tournés vers la visite de villes, de balades en vélos sur l’île de Ré. Et si toutefois lors de mes visites mes touristes souhaitent entrer dans la cathédrale, ils le peuvent mais je ne les accompagnerais pas.  Je ne manquerai pas pour autant de leur signaler les incontournables du monument.

À mon goût, une ville comme La Rochelle – hormis ses tours – ne propose pas  foison de monuments à visiter. L’essentiel est à découvrir dans ses rues, bien plus riches. Idem pour l’île de Ré avec l’abbaye des Châteliers : la ruine, ouverte sur l’extérieur, me permet sa découverte aux touristes.

©Romain Blais

À quel type de public s’adressent vos visites ?

Mon public est double. Je propose aux particuliers des visites du centre historique de La Rochelle – ce que je préfère -, des balades de son littoral et une boucle rétaise en vélo. Il m’arrive de faire du sur-mesure selon les demandes comme une balade de Ré à bord d’une Citroën Méhari.

Ma clientèle de particuliers est essentiellement composée de retraités, de familles et de réunions de promotion d’anciens étudiants. 

Je travaille aussi en partenariat avec des agences de voyages qu’on appelle réceptives. Elles organisent des voyages sur un territoire donné. Elles vendent un séjour et j’en suis l’accompagnateur. En 1 heure, je dois m’adapter au programme de l’organisateur. On me recrute alors pour mon savoir-faire et savoir-être mais je n’ai pas la mainmise sur le programme. 

Un programme qui peut d’ailleurs être bouleversé en fonction des envies des touristes. J’ai le souvenir d’ un groupe d’américains qui avait réservé une visite de la ville mais qui au final a préféré déguster dans le centre-ville des huîtres arrosées de vin blanc, le tout accompagné par un local. Je m’adapte quoi.

L’actuelle pandémie impacte t-elle votre activité, non ?

En ce moment c’est très compliqué effectivement car je ne travaille plus avec les agences touristiques, les croisiéristes ne sont plus présents. Sans compter que les groupes sont limités à 5 personnes… Le temps où les bus remplis de touristes envahissaient la ville n’est pas prêt de revenir. 

Durant l’été, les Français n’ayant pas pu se rendre en vacances à l’étranger, j’ai beaucoup travaillé avec les familles et les retraités mais toute cette activité n’a pas compensé les pertes dues à l’absence des agences touristiques. Actuellement je travaille dans un magasin de producteurs coopérative agricole, en attendant la reprise du tourisme.

Quels sont les retours des touristes après une visite de la ville ?

L’histoire de La Rochelle les passionne, bien plus que la beauté de ses monuments. Ceci dit ils apprécient ses atouts majeurs que sont les rues à Arcades, les jolies façades renaissance et les hôtels particuliers rue de l’Escale. Ils sont toujours surpris qu’une ville créée autour de l’an 1120 possède une histoire aussi mouvementée : les privilèges fiscaux de la Cité, les guerres de religions, le Siège, la Nouvelle-France, la traite négrière … jusqu’à la récente rénovation de son Hôtel de Ville suite à l’incendie. Ils sont d’ailleurs fascinés par la beauté de notre mairie.

Lorsque je la présente, j’en profite toujours pour faire un lien avec Notre-Dame de Paris … et son incendie. D’une manière générale, j’aime créer des ponts avec la propre histoire des touristes, surtout quand il s’agit de groupes originaires d’une même région. Avec des Bordelais, je peux les interpeller en parlant de l’histoire du port négrier ; avec des habitants de Troyes je peux expliquer comment les foires de Champagne ont été remplacées par le commerce nautique ; avec les gens de l’Est, j’explique pourquoi La Rochelle est si pauvre en terme d’art nouveau, notamment car quand l’Est était florissante économiquement, La Rochelle sombrait. 

Avec des groupes de croisiéristes aux horizons multiples, c’est plus délicat de faire ces rapprochements. La visite est un peu plus lambda.

Quel est le parcours-type de votre visite du centre rochelais ?

La visite dure 2h30 – mais je peux déborder si je sens que l’auditoire est curieux et enthousiaste. Elle débute toujours sur la Place Verdun. J’y expose pendant 15 minutes l’histoire de la ville pour poser le cadre. Mon fil rouge est vraiment l’histoire de La Rochelle dans un parcours assez chronologique. On sillonne beaucoup les rues, je m’attache à détailler les particularités architecturales et ornementales des bâtiments.

La visite se termine sur le port avec le panorama des tours. C’est toujours difficile de finir une visite, notamment avec un groupe d’amis. Je n’aime pas laisser cette impression de m’évaporer comme ça au terme d’une visite du type «ça y est c’est fini,  merci et au revoir». D’être sur le port me permet de conclure dans un cadre idéal avec les gens qui peuvent, au terme d’une longue marche, se poser en terrasse. Il m’est même arrivé de boire un verre avec certains.

Et vous est-il arrivé d’avoir des touristes déçus non pas par la visite mais par la ville en elle-même ?

Cela peut arriver mais les gens sont plutôt enthousiastes face à la beauté de la ville. Je fais aussi tout mon possible, en bon médiateur, pour qu’elle soit mise en valeur. Après certains peuvent regretter le côté très minéral de la ville, son calcaire blanc qui l’uniformise … 

Les Américains et les Anglais, eux, sont toujours ravis de découvrir la ville. Et puis il faut reconnaître que flâner dans les rues du centre est plutôt agréable. Pour nous rochelais, comme pour les touristes. La ville n’est pas agressive, nous sommes privilégiés.

Comment entrevoyez-vous l’après-Covid ?

En 2020, j’avais planifié avec un collaborateur des séjours clés en main pour les touristes chinois. C’est tombé forcément à l’eau. J’étais sur le point de vivre totalement de ce métier donc j’espère que, la pandémie passée, ce projet se concrétisera. 

Propos recueillis par Cédric Chaory

https://www.visite-guide-la-rochelle.com

https://www.toursbylocals.com/

https://www.leciceroneclub.com/