Portrait(s) de femme rohmérienne

THÉÂTRE – A quoi rêvent les jeunes filles ? Dans Là où les cœurs s’éprennent, Thomas Guillardet évoque quelques éléments de réponses via l’adaptation théâtrale de deux films-cultes d’Éric Rohmer. Avec son théâtre du peu qui laisse toute la place aux dialogues exquis du maître de la Nouvelle Vague, il signe une réussite d’une extrême finesse.

D’abord il y a la solitaire Louise dont le seul désir est de regagner chaque week-end son studio parisien pour profiter du monde sans la présence de son banlieusard de compagnon. Puis il y a Delphine, à la recherche de belles vacances et d’un flirt, errant à gauche à droite, traînant sa solitude. Deux personnages bien différents, mais chacun à leur manière libre et entêté. Tous deux sont tirés des films d’Éric Rohmer : Les Nuits de pleine lune (1984) et Le Rayon vert (1986) que Thomas Guillardet fait revivre dans sa pièce Là où les cœurs s’éprennent.

En reliant, pour mieux les faire résonner, ces deux parcours amoureux, ces deux solitudes, le metteur en scène met au jour avec une extrême finesse les troubles et l’indécision de la jeunesse que dessine le cinéma rohmérien. S’y dévoile également sa fausse légèreté qui pose les questions de toutes nos expériences amoureuses : qu’est ce qui nous attire vers l’autre ? De quoi avons nous besoin ? La solitude est-elle vivable ?

©Pierre Grobois

Pour laisser toute la place aux mot et jeu, Thomas Guillardet mise sur une scénographie habile, légère et cheap : une scène blanche recouverte d’une immense feuille de papier comme une page à écrire. Quelques accessoires (jouets ?) viennent l’égayer : il y à un train électrique pour figurer les trajets ; un phare miniature et une maison Playmobile pour planter le décor ; une cafetière car les Jeunes Gens Modernes en boivent des litres et un téléphone à cadran pour le clin d’œil très années 80.

Emmené par une troupe qui prend cœur à interpréter des dialogues qu’on jurerait écrit hier pour le théâtre, Là où les cœurs s’éprennent gomme cependant ce qui fait le charme déroutant des films originels : ce « jouer faux » si caractéristique du cinéma de Rohmer. C’est bien là le minime bémol de cette délicieuse adaptation où l’entière distribution fait mouche. Mentions spéciales à la si gracieuse Anne-Laure Tondu et l’hilarant Guillaume Laloux.

Cédric Chaory.

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