Peter Nkoghé, le nouveau visage de la danse rochelaise

DANSE – A5184KM est la toute nouvelle compagnie implantée à La Rochelle. À sa tête : le chorégraphe gabonais Peter Nkoghé, ex-directeur artistique de la compagnie de musique et de danse traditionnelle Adiaïsse, aujourd’hui acquis à la cause de la danse contemporaine (mais pas seulement). Aliénor l’a rencontré à l’occasion du filage de sa nouvelle création C’est en marche.

Peter Nkoghé et ses trois jeunes interprètes.

Nous sommes en 2008. Le chorégraphe gabonais Peter Nkoghé découvre la ville de La Rochelle pour la première fois à l’occasion d’une résidence au Centre Intermondes. Titulaire d’une bourse de création du service de coopérations et d’actions culturelles de l’Ambassade de France au Gabon qui le mènera à Toulouse, Montpellier puis dans notre cité maritime, Peter pose à nouveau ses bagages, pour trois mois, à La Rochelle en mars 2009 dans le cadre de la convention Ville de la Rochelle et le programme Visa pour la création  de Cultures France. Il y créera Viz’ions XP au Centre chorégraphique national de La Rochelle nouvellement dirigé par Kader Attou.

11 ans plus tard, Peter est un néo-rochelais : « Au printemps 2020 je suis venu installer ma compagnie à La Rochelle. Ce qui m’intéresse c’est de créer des ponts d’échange et cette installation est un nouveau point d’ancrage que je cherche à inscrire entre ma ville natale Libreville et La Rochelle. C’est d’ailleurs pourquoi l’association que nous avons créée se nomme A5184KM ( association 5184 km ) car il s’agit de l’exacte distance qui sépare ces deux villes. »

Active depuis 2003, historiquement basée à Libreville, la compagnie Mboloh, (sous la direction artistique de Peter Nkoghé) écrit donc aujourd’hui une nouvelle page de son histoire. Sans ruptures, juste via un déplacement géographique. L’artiste précise : « Mon choix de m’installer à La Rochelle est forcément en lien avec mes résidences successives au Centre Intermondes et puis la ville a une histoire très ancienne avec le continent africain. Une histoire pas nécessairement glorieuse mais qui m’interpelle. »

Un diptyque politiquement engagé

Ce vendredi 19 mars, à l’Espace Bernard Giraudeau, Peter s’active à la création de son nouveau trio C’est en marche qui répond au solo Ce que tu vois n’est pas ce que tu crois  pour former un diptyque dévoilé le 10 mai à La Rochelle à l’occasion de la Journée Commémorative de l’Abolition de l’esclavage.

« Ce diptyque est acte symbolique par rapport à mon arrivée en Charente-Maritime. Pour me faire connaître sur le territoire auprès du public mais aussi des institutions. « Ce que tu vois n’est pas ce que tu crois » est inspiré d’une nouvelle de Sylvie Germain « Le chineur de merveilles » et aborde le jugement, la discrimination et le regard de l’autre. Avec énergie, ce solo raconte la fuite, la panique, mais aussi l’entraide. » explique le chorégraphe alors que sa compagnie s’apprête à filer la pièce d’une durée de 30 mn.

Dans la continuité du solo, C’est en marche est fils de cette crise sanitaire qui nous accable mais aussi de nombreux maux qui nous rongent : l’individualisme éhonté de nos sociétés, le patriarcat, les discriminations en tout genre, le terrorisme … Peter détaille : « Je présente très clairement un pièce politiquement engagée qui travaille sur la notion du vivre ensemble aujourd’hui. Je voulais partager cela avec des artistes qui viennent d’horizons différents pour qu’ensemble nous trouvions un chemin. Les gens sont en colère dans nos sociétés. Moi je suis en dehors de cette révolte car je ne me sens pas victime, j’essaye de trouver ma place dans ce chaos, de faire mon chemin malgré les obstacles. Je résiste toujours et la pièce parle exactement de cela : de notre résistance à vivre, notre résilience. Et puis elle parle aussi de l’espoir. »

Au plateau, Julie Gérardi, Rolland Alima et Jean-Luc Okou illustrent, sous le regard de leur chorégraphe et de leur scénographe Régine Eyeang, ce qui se passe après la tempête et le vide. Avec force diagonales de marche, de course et chutes, les interprètes nous donnent à voir le chaos du monde et sa suite, le tout dans un style qui embrasse les influences contemporaines, hip-hop ou encore afros sur une création musicale d’Yvan Talbot aka DoogooD & MLM. La pièce est physique, technique et il est peu de dire que les interprètes l’ont déjà bien dans les jambes, travaillant désormais les regards et autres expressions. La surprise est bonne : cette nouvelle compagnie rochelaise a des choses à dire et à danser … et on ne peut que s’en réjouir !

Rendez-vous est donc pris à la mi-mai pour découvrir le diptyque dans son intégralité. Les journées commémoratives de l’abolition de l’esclavage emmèneront la compagnie à jouer une avant-première dont les lieux restent à définir entre le 10 et le 14 mai puis le samedi 15 mai à la Médiathèque de Villeneuve-les-Salines.

Cédric Chaory

INFORMATIONS PRATIQUES : @cie_mboloh (Instagram), @ciemboloh (Facebook)

Visuels: ©Elodie BOIZARD – Association 5184KM / Cie Mboloh