Owlle, le virage pop.

MUSIQUE – Quatre longues années après la sortie de son excellent premier album France à la dark-pop, Owlle revient avec Heavy Weather, bien plus solaire, qui restitue sa voix envoûtante alliée à des sonorités electro planantes. Interview-café à l’hôtel parisien Grand Amour.

Votre second album Heavy Weather est salué pour son côté solaire et sa pop affirmée. Quand vous êtes vous enfin sentie « ready for the sun » comme vous le chantez dans In the dark ?

Comme tout le monde, j’ai vécu une de ces périodes de vie où l’on décide de changements radicaux. Lors de mon premier album tout était nouveau pour moi : premier disque, premières scènes, premier entourage professionnel et puis quand cette page s’est tournée, par la force des choses, j’ai eu beaucoup de nostalgie de ce début. Je me suis rendue compte que je n’allais plus être une artiste nouvelle. Je l’ai pris de manière violente en me disant que maintenant mon métier c’est la chanson, que je n’ai plus cette chance du débutant. À la même période, je me suis séparée d’un amour de longue date, j’ai alors ressenti le besoin d’un changement radical. J’ai eu cette chance qu’on me propose d’aller aux États-Unis afin d’écrire pour d’autres artistes, car on pressentait que cela faisait partie de mes cordes. J’ai alors eu un coup de cœur pour ces nouvelles collaborations. J’étais en même temps sur la réflexion du deuxième album, mais j’ai pris le temps – 4 ans à peu près. Je ne souhaitais pas faire les mêmes erreurs que sur France, à savoir être dirigée durant tout le processus de création. Des chansons sont nées aux Etats-Unis, bien plus assumées que sur France, album sombre au final. J’ai pris conscience que la pop n’est pas que légère. Dans Heavy Weather, les textes sont plus élaborés, plus précis. J’ai expérimenté une autre façon de produire avec Dan Levy (du groupe The Do). Ma ligne directrice aujourd’hui serait ce que fait une Billie Eilish, des comptines aux prod’ lourdes. Des OVNI musicaux en somme.

Votre image aussi à évoluer ?

Il y avait un vrai manque de confiance à mes débuts. J’ai commencé tard dans le métier, je ne me sentais pas légitime. J’avais une sensation d’être là sur un coup de chance et qu’on allait se rendre compte que je ne tenais pas la route. J’ai donc pris le temps pour me prouver que c’était mon métier, toute ma vie. Le premier album a eu un succès d’estime, ce qui est énorme. Puis on est venue me chercher pour collaborer pour d’autres, entre autres aux États-Unis, ce qui n’est pas rien non plus. Je me suis rendue compte qu’on attendait la suite. Je sais que certains fans ont été bousculés par ce changement physique, ce que je peux comprendre, mais j’ai vraiment le sentiment que quelque chose s’est renforcé en moi et me rassure dans mes choix artistiques.

Un nouveau son, une nouvelle image … j’ai le sentiment que votre voix aussi est beaucoup plus affirmée, non ?

Elle a été mise à rude épreuve je dois dire. Dan, dans son processus de création, m’a bien souvent fait monter d’un demi-octave toutes mes productions. Il voyait que je maîtrisais ma voix et il me poussait toujours plus loin. Sur des titres c’était totalement justifié, sur d’autres je ne transigeais pas. Au final, on sent que la voix est un peu tendue, plus nerveuse que sur France. Le contexte de l’enregistrement y a fortement participé.

Vous êtes à la fois dans la lumière en tant qu’artiste solo et dans l’ombre d’artistes comme HollySiz et prochainement Cassius pour qui vous avez écrit. Comment écrit-on pour les autres ?

Oui j’ai eu cette chance de travailler avec ces artistes. J’ai signé 3 chansons pour le prochain Cassius. Je ne suis pas à l’abri d’écrire à nouveau avec Philippe Zdar pour mon prochain album et si il le souhaite aussi. Je tâtonne encore. Comment j’écris pour les autres ? Cécile Cassel aimait beaucoup ce que j’écrivais. Je me suis rendue compte assez tardivement de ce que nous avions en commun artistiquement. Nous étions dans le même timing dans nos productions. Lorsqu’elle a m’a contactée je sortais de ma parenthèse américaine, je lui ai proposée une mélodie qui lui a tout de suite plu. Elle y a apposé son texte. C’est une jolie histoire.

Vous avez employé le terme aseptisé en parlant des productions américaines.Que voulez-vous dire ?

Aseptisé n’est sans doute pas le terme. Aux USA, le son « POP » n’est jamais vraiment rugueux, organique. J’aime les bruits de fond, les voix off accidentées, les accidents de voix, un peu fausses. Là-bas, ils mélodinent. Moi j’aime les chanteuses dans années 70 qui envoient, où ça craque. C’est d’ailleurs cette approche qui leur a plu à Los Angeles. Ils ont l’efficacité, nous avons les mélodies, un je ne sais quoi difficilement définissable.

Vous appréciez beaucoup Sia et louez son parcours de star de la pop qui perce sur le tard. Vous le ressentez comme un doigt d’honneur à un univers de la pop qui ne mise que sur les lolitas ?

Oui indéniablement. Dans la pop, il y a une culture de la lolita. J’ai 32 ans – mais dans ma tête 22 – et je vois bien que les gens me ramènent déjà à mon âge. Lady Gaga, que j’adore, en est déjà à se faire des piqures pour lisser son visage. C’est terrible à l’heure-même où elle est à l’apogée de sa carrière avec A star is born. Dans Five Foot Two, son documentaire tourné il y a 3 ans et qui a tant crispé car elle s’y dévoile très tourmentée en abordant déjà ses inquiétudes autour de son âge, du rise and fall, elle disait être à son apogée. Mais pour moi c’est maintenant qu’elle est au top. Elle me donne de l’espoir car elle prouve qu’avec ténacité et sincérité, on arrive toujours à atteindre un autre niveau d’excellence. Et à combattre ses peurs.

©Max Passadore

Vous avez déclaré vous sentir une âme de productrice, être tentée par l’auto-production. Qu’est-ce qui vous amène à cette réflexion ?

Je souhaite redevenir un peu geek en fait. Pour mon premier album, j’étais relativement indépendante, je savais faire les choses toute seule mais au fil du temps j’ai été prise en main. On m’a sans doute persuadée qu’il était préférable que je m’entoure pour aller au bout des mes compositions. Du coup, quand on vous dit ça, vous faîtes un peu moins les choses, vous perdez la main sur les logiciels qui évoluent sans cesse. J’ai perdu cette habitude de tester, de faire des erreurs aussi, de bidouiller. Beaucoup de mes démos ont été entièrement repensées et assez souvent pas comme je l’aurais souhaité. Il reste les structures, les chansons mais pas les sons que je souhaitais. Ça piège un peu la direction … En m’auto-produisant, je pense que mon univers m’échappera bien moins. Un exemple tout bête : Ticky Ticky est un de mes titres les plus connus et entièrement composé par mes soins. Donc je reviens à la prod’, non sans mal !

Olivier Nuc a dit de vous : « elle est entre la géniale Kate Bush et la plus anodine Katy Perry ». Ravie ?

Je trouve ça génial, oui. Kate Bush est juste ma révélation dans le genre voix phénoménale et qui ne fait que ce qu’elle a envie. Une sorte d’esprit libre et son côté indé’ me plaît tant. D’ailleurs les maisons de disques ont du mal avec ça car j’aime les structures pop mais aussi cassées. Et quant à Katy Perry elle me donne la pêche. Elle me fait marrer, elle est pleine d’autodérision. C’est une vraie artiste : récemment elle a risqué de nouvelles directions artistiques. Je rêverai de pouvoir tourner un clip à la Last Friday Night où elle se grime en ado boutonneuse. Je me dis : quelle liberté ! Donc merci Monsieur Olivier Nuc, vous me faîtes un grand compliment.

L’album est sorti en novembre dernier. Et la suite alors ?

En fait j’ai beaucoup tourné récemment avec Hyphen Hyphen et HER. Quelques dates sont prévues jusqu’à cet été mais je suis déjà sur l’après Heavy Weather, album écrit il y a deux ans maintenant. Je souhaite donc redémarrer une nouvelle histoire, totalement collée au second album qui me permettra d’enrichir mes live à venir. Je vais essayer d’activer les choses pour qu’à la rentrée il y ait de la nouveauté.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

Heavy Weather – Owlle (Jive Epic)

Visuel de Une: ©Camille Vivier

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