Mylène Farmer sur écran XXL à Rochefort

CINÉMA – Ce jeudi 7 novembre au soir, le parvis de l’Appolo Pathé de Rochefort est désert. Il est 19h et quelques 400 personnes sont attendues dans la plus grande salle du complexe pour une grand messe: la diffusion du concert de Mylène Farmer, capté le 18 juin dernier à la Défense Arena dans l’Ouest parisien.

Pour l’heure, pas l’ombre d’un chat à Rochefort mais dans le hall d’accueil du cinéma une éclaircie : on nous prévient qu’une partie du public est déjà dans la salle. Prévoyante, sage et … plurielle. Alors qu’on s’attendait – les clichés sont tenaces – à un public arc-en-ciel, chauffé à blanc à l’idée de communier deux heures durant avec leur rousse idole, on découvre médusé bon nombre de têtes grises, quelques collègues de travail en goguette, papas accompagnant leur adolescente de fille, et puis quand même des couples de filles et de garçons.

Au même moment, sur 22 fuseaux horaires, dans toute la France – métropolitaine et d’outre-mer – mais également dans 18 pays (dont l’Australie, le Mexique, le Canada, la Turquie …) 613 autres cinémas s’apprêtent à diffuser ce Live 2019. 255 000 spectateurs sont au rendez-vous : un nouveau record vient de tomber dans l’escarcelle de Mylène, chanteuse de tous les records depuis … 1984.

20h07 : lancement du décompte de 10mn entrecoupé de publicités pour les prochaines diffusions de spectacles estampillés Pathé Live. Quelques spectateurs lancent à la volée des Mylèèèèèèèèèèène. Ça floppe, le public reste sage. Désenchantement. On se dit qu’au Grand Rex, à Paris, la même retransmission doit être bien plus ambiancée. Pas découragée, une spectatrice lance une série de clap de mains, une hola. Re-flop. La salle est venue ici pour écouter Mylène et religieusement si possible. Ainsi soit-il … tant pis … Les dix interminables minutes du décompte arrivées à terme, débute le show. Et là : révélation !

Grandiose, bourré d’effets spéciaux et de technologie dernier cri, ce show n’avait pas pu partir en tournée. On comprend aujourd’hui pourquoi : le projeter au cinéma en format cinémascope avec un son Dolby Atmos enveloppant permet de remplacer une tournée et de donner envie d’offrir le DVD qui sort pour les fêtes de fin d’année.

Dans les premiers instants, les plongées des caméras du réalisateur François Hanss, les gros plans sur le public transi d’amour pour le retour de leur Messie, font monter la pression. Puis Mylène Farmer fait son entrée en descendant du ciel dans une demi-lune. Une fois au sol, une caméra suit presque au ralenti ses bottes qui descendent de la nacelle pour rejoindre la scène. Là, d’autres assistants-réalisation cachés sur les côtés filment les musiciens, se concentrent sur les doigts du guitariste ou le batteur chauve.

En juin dernier lors de la résidence à la Défense Arena, certains fans avaient regretté l’immensité de la salle, aussi celle de la scène où la chanteuse peinait, minuscule, à remplir l’espace. Sans parler de la distance des gradins avec la fosse entraînant forcément de la déperdition d’énergie et de proximité avec l’artiste. Dans la version filmée, les plans rapprochés permettent de sentir pleinement la beauté et l’énergie du show. En mettant les petits tubes dans les grands, la chanteuse propose en 22 chansons toutes impeccablement interprétées un récital littéralement exceptionnel qui sera difficile d’égaler. Surtout depuis que Madonna a décidé d’abandonner les stadium pour se retrancher dans des petites salles plus promptes à accueillir son énergie toute sexagénaire (mais encore largement enviable !)

Conçu comme un show démesuré sur la fin du monde, bourré de références artistiques qui vont de l’univers du cinéaste Lars von Trier, à la série Game of Thrones en passant par Metropolis de Fritz Lang et Blade Runner de Ridley Scott, l’apocalyptique Live 2019 est un light show ahurissant. En-a-t-on vu de pareil en Europe ? Les décors, eux, sont inexistants si ce n’est un trône tout droit sorti de chez les Stark. On préfère là déplacer des scènes, faire coulisser des podiums … les caméras se régalent d’ailleurs à en filmer les déplacements épiques.

Si tout est KO dans ce spectacle, on n’en oublie pas moins les moments festifs de karaoké géant, sans contrefaçon, et les séquences émotions (plus téléphonées) où l’on pleure, bredouille des mercis après avoir rêvé qu’on pouvait s’aimer. Puis vient le moment où il faut se dire au revoir, les oreilles passablement en sang après ce long déferlement de décibels parfois difficilement supportables dans l’enceinte du ciné.

En 1999 en résidence à Bercy, Mylène quittait la scène en gravissant un escalier derrière un mur d’eau. En 2013 sur Timeless, elle partait en fumée. Cette année encore, elle choisit le bûcher. Lentement, elle se dirige vers le brasier, altière dans une immense cape rouge. À ce moment, le réalisateur Hanss, par le truchement de la technique, fait sortir du corps de la chanteuse des doubles-spectres de l’artiste. Mon Dieu, Mylène va mourir. Un nuage noir l’enveloppe. C’en est fini, adieu Tristana …  De nombreux fans ont vu là l’annonce de la fin d’une carrière mais la mystérieuse Mylène n’a pas confirmé. Le secret reste entier … To be continued ?

Cédric Chaory.

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