Municipales 2020 : entretien avec Martine Wittevert

Martine Wittevert, candidate à la mairie de La Rochelle pour le collectif La Rochelle En Commun* et ses co-listiers Emmanuel Pietri et David Vabre présentent les grandes lignes de leur projet culturel. Troisième entretien d’une série de cinq réalisée à l’approche des élections municipales qui auront lieu les 15 et 22 mars.

Quel avenir pour l’Hôtel de Cruzol ?

Le musée des Beaux-Arts est incontestablement un fleuron de notre patrimoine architectural mais nous le trouvons pas assez ambitieux pour notre ville. Bien trop petit, il ne peut organiser des expositions à rayonnement national et international. Nous avons repéré de nombreux lieux pour déployer notre projet culturel dont l’Hôtel de Cruzol  mais nous discuterons, en amont lors d’un audit avec tous les citoyens et acteurs culturels de la ville, du déploiement de ce projet.

Concrètement nous savons que la ville manque de lieux de culture et ceux existants, comme l’hôtel de Cruzol, sont parfois mal ou sous-exploités. Nombreux sont ceux qui doivent être remis aux normes actuelles. Aussi les personnes en fauteuil roulant sont trop souvent dans l’impossibilité de se rendre dans ces lieux de culture, pas adaptés à leur handicap.

Un de nos grands projets est la création du Musée d’Histoire des Rochelais, qui pourrait trouver place rue Gargoulleau même si son implantation sera décidée avec tous les acteurs concernés par le projet. Son développement se fera en partenariat avec les musées existants, avec les Archives départementales et municipales, la Médiathèque, l’Université, les diverses sociétés savantes et associations patrimoniales de la ville et de l’agglomération. Il est pensé comme un musée citoyen pour tous les Rochelais, l’histoire d’une ville n’étant pas uniquement celle de ses « élites », mais celle de l’ensemble de sa population.

Pour l’heure, la vision classique de l’histoire de La Rochelle peut se résumer en trois points qui posent problème : elle se déploie autour de « grandes figures », se réduit à quelques phases ou événements bien connus (le siège de La Rochelle, l’expansion du négoce colonial, la Révolution, l’Occupation allemande et la Résistance) et surtout elle se concentre presque exclusivement sur le centre-ville. À contrario, le Musée que nous proposons sera celui des Rochelais dans leur diversité d’appartenance sociale, d’activité économique, d’identité religieuse, d’origine géographique et de genre. Un Musée au service du vivre ensemble donc, où il s’agira de mettre en valeur tous les hommes et les femmes, tous les milieux sociaux, tous les secteurs économiques, tous les quartiers qui ont fait, jusqu’à nos jours, la richesse historique et patrimoniale de la ville et de son agglomération.

Quelle place pour l’art contemporain à La Rochelle ?

Nous ambitionnons la création d’un lieu d’art contemporain. Vous dire où et comment serait prématuré car encore une fois nous souhaitons réunir tous les citoyens autour de cette question. Ce qui est sûr c’est que l’édification d’un tel lieu ne doit pas être en centre-ville. La culture doit rayonner sur tout le territoire de La Rochelle. La population des quartiers doit avoir accès à une offre culturelle exigeante, en bas de chez à eux, sans avoir à se rendre obligatoire en centre ville.

La médiation, l’éducation populaire ont aussi un très grand rôle à jouer pour que l’accès à la culture soit effectif. Les à priori, les méconnaissances, les craintes à propos de la culture doivent disparaître auprès du public non initié. Le public de La Coursive, mais de bien autres lieux de culture, démontre à quel point la mixité n’existe pas dans la ville, tout au moins en son centre. L’image de « ville carte postale » offerte aux touristes par la Municipalité actuelle et les précédentes ne peut plus perdurer car derrière la carte postale il y a une population laissée pour compte et totalement invisible.

Quelle réhabilitation pour le Gabut ?

Nous avons au final très peu d’informations sur ce projet architectural au Gabut. La rétention est de mise ! Pour nous tout y est à revoir en ce sens que tout a décidé sans concertation. Ni avec les populations locales, ni avec les acteurs culturels concernés. Dans le cadre de notre audit, ce sera repensé.  Nous avons cependant des idées sur ce que pourrait être cet endroit. Le Gabut est convoité par beaucoup de monde issu d’univers très différents : les artistes et acteurs culturels, les commerçants, les associations, etc.  Certains ont lancé l’idée d’un marché pour les pêcheurs donc de valoriser la culture maritime de la ville ; d’autres imaginent tout autre chose. Ce qui est sûr, c’est que la Friche du Gabut est un projet important pour La Rochelle. Il ne faut donc rien négliger et viser l’ambition, l’excellence car elle se devra de donner un second souffle dans la ville et lui redonner une image neuve et jeune, donc pas de précipitations !

Le projet actuel tel que nous l’avons découvert, seulement et uniquement dans son aspect extérieur, est moderne sans être moderne. Cela sent la retenue d’un point architectural, sans vision futuriste sur l’urbanisme de la ville. Regardez les villes du Havre, Dunkerque, Nantes, Bordeaux … toutes possèdent leur bâtiment culturel à la signature architecturale forte. Un référendum local s’impose alors sur la question du Gabut et notre travail de médiation populaire fera que TOUS les habitants auront voix au chapitre sur cette question comme sur de nombreuses autres d’ailleurs. Les citoyens, tous les citoyens, doivent revenir à la politique de leur cité.

Comment protéger et mettre en valeur le patrimoine urbain ?

Ce patrimoine n’est clairement pas assez valorisé ! La ville a été bétonnée partout, d’une manière assez uniforme d’ailleurs, et en faisant fi de la forte identité architecturale de la ville. Or, nous souhaitons une vraie identité dans cette ville. En revalorisant dans un premier temps les bâtiments anciens existants, bien souvent vacants en plus, puis dans les constructions modernes en imposant une vraie signature. Pour cela, il faut que les appels d’offres de marché public cessent d’être vampirisés par les Bouygues-Lafarge-Vinci. Nous voulons favoriser l’accès aux appels d’offres aux entreprises locales qui n’ont pas les moyens de celles citées précédemment. Nous ferons en sorte qu’elles ne soient pas soumises aux pressions du promoteur. Mettre en avant nos entreprises locales, nos architectes locaux, nos artisans locaux est une démarche sociale et environnementale totalement responsable.

Et puis dans un autre registre, les circuits-découvertes de notre patrimoine doivent également repensés, tout comme de nombreux édifices méritent d’être réhabilités. Je pense là à cette superbe ruine de l’église de Saint-Pierre de Laleu. Nous pouvons y imaginer d’ailleurs une formidable scène.

Quel soutien pour les metteurs en scène et chorégraphes locaux ?

En développant des lieux pour leur permettre de s’exprimer, de travailler ! Notamment dans les quartiers. Aujourd’hui il n’y a plus rien, les artistes ne savent pas où répéter, enregistrer, etc. Un état des lieux doit être entrepris avec les associations et les artistes. La Coursive, La Sirène, le CCN sont des établissements qui s’adressent à des artistes professionnels de renom mais il y a peu de lieu OFF pour les émergents. Je pense à la musique où il y a encore quelques années des musiciens pouvaient être diffusés dans les bars. À une époque il y avait près de 200 concerts par an dans ces lieux OFF ! Il nous faut retrouver cette politique culturelle festive soutenue par des tiers-lieux gérés par des locaux, hors franchises, par des bars culturels, par la multiplication d’événements qui s’ancreraient sur des places emblématiques de la ville comme celle de la Solette.

Quel levier pour le développement de l’industrie de l’audiovisuel ?

La ville de La Rochelle a une histoire au long cours avec le cinéma cependant nous devons renforcer sa politique locale avec la création d’un bureau des tournages. Tous les corps de métiers de l’audiovisuel sont existants dans la ville mais nous ne leur avons jamais alloués les budgets nécessaires pour que viennent, plus souvent, les tournages et les productions. C’est là typiquement une volonté municipale, départementale et régionale. Mais attention, avoir son Plus belle la vie rochelais n’est clairement pas notre ambition si sa production est totalement extérieure et  déconnectée du local. Elle doit s’engager à faire travailler nos talents. On a toutes les forces vives sur place et c’est bien pour cela que des œuvres audiovisuelles sont tournées à La Rochelle (et y reviennent) : Crimes parfaits, Meurtres à … Cette filière doit donc être encore plus structurée et soutenue.

Et puis il y a un sujet qui me tient à cœur : que des séances itinérantes de cinéma de plein air à la Friche du Gabut ou dans les quartiers animent nos soirées estivales.

La Rochelle est une ville de festivals de musique et de cinéma mais quid de la littérature ?

Je viens de la ville du Mans dont la marque de fabrique est ses 24h dédiées à la course automobile, mais cette ville a aussi développé les 24h du livre sous forme de salon et je pense que La Rochelle manque d’un événement aussi porteur. Il nous faut valoriser toujours plus le livre, la lecture, l’écriture à travers notre réseau de médiathèques. Ouvrir aussi des antennes de ces médiathèques dans les quartiers et soutenir les associations oeuvrant en direction de la promotion du livre et de l’écrit.

La récente Maison des écritures est une belle initiative mais elle ne doit pas être qu’un lieu de résidence pour auteurs: elle doit accueillir le peuple. On en revient toujours à la culture pour tous ET par tous.

Quel soutien à la pratique artistique amateur ?

Comme nous l’avons précédemment exprimé la jeunesse des quartiers doit pouvoir avoir accès à la culture, créer et montrer ses œuvres mais il faut également développer les liens intergénérationnels qui se tissent à travers la culture et l’art. Que les « anciens » transmettent aux jeunes leur pratique artistique est primordial.

Autre priorité : faire que les différents cours et ateliers artistiques, proposés par le Carré Amelot et menés par d’excellents professeurs, perdurent car lorsque celui-ci trouvera place à La Friche du Gabut, nous doutons de leurs survivances. La ludothèque, excellente et très populaire initiative, a déjà disparu, nous ne pouvons accepter de voir disparaître ces cours.

Il faut aussi que nos artistes collaborent à nouveau avec nos établissements scolaires. Les Temps d’Activité Partagé ont été supprimés et c’est désolant. Nos enfants n’ont plus accès, sur les temps hors-scolaires, à des activités artistiques. Il faut impérativement rétablir ces échanges avec nos artistes locaux, surtout quand vous savez que les échecs scolaires baissent fortement lorsque que l’art et la culture sont présents dans les écoles.

Comment résoudre enfin le déficit de communication sur l’actualité culturelle et artistique de la Ville ?

En 2015, les Assises de la Culture de La Rochelle pointaient déjà ce manque de lisibilité de l’offre culturelle de la ville. Nous avons alors imaginé un Office de la Culture qui centraliserait toute cette offre dans un lieu physique. Nous ne pouvons nous contenter d’un seul agenda culturel sur Internet car ce serait oublier les nombreuses personnes qui font partie de la fameuse « exclusion numérique ». Cela a un coût forcément de bâtir un lieu physique mais c’est notre volonté et elle est totalement inclusive !

Propos recueillis par Cédric Chaory.

* La Rochelle en Commun, liste citoyenne et soutenue par LFI, Ensemble et Parti de gauche

PROJET DÉTAILLÉ DE MADAME MARTINE WITTEVERT : https://www.larochelleencommun.com/

Prochain entretien : Jouad El Marbouh (Mouvement citoyen rochelais) le vendredi 6 mars

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