Municipales 2020 : entretien avec Jean-Marc Soubeste

Suite des entretiens menés par Aliénor auprès des principaux candidats aux Municipales 2020. Aujourd’hui Jean-Marc Soubeste, candidat d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) d’exposer les grandes lignes de son projet culturel pour La Rochelle.

Quel avenir pour l’Hôtel de Cruzol ?

L’Hôtel de Cruzol, comme l’ex-musée d’Orbigny Bernon ou le musée du Nouveau Monde, doit poser les questions importantes de l’offre muséale à La Rochelle et de la capacité d’une ville de 75000 habitants à financer les réhabilitations et le fonctionnement de ces espaces. Cette réflexion qui doit associer tous les acteurs de la culture s’inscrit, pour nous, dans les trois grands principes de notre politique culturelle :

  • Sortir de l’instrumentalisation de la culture au service de l’attractivité du territoire avec une programmation centrée sur l’événementiel et les contenus standardisés et convenus. Notre ville ne doit pas devenir un parc d’attraction au service du développement économique.
  • Une politique culturelle municipale au service de ses habitants et de ses artistes, qui reconquiert l’espace public participe à recréer du lien et du sens et veille à la gratuité d’une partie de l’offre.
  • Sortir de la course aux grands équipements culturels déjà nombreux et qu’il faut surtout veiller à faire fonctionner toute l’année (Musée maritime) et à ouvrir à tous les publics.

La réhabilitation du musée des Beaux-Arts doit être une opportunité pour moderniser la présentation des oeuvres. Profiter de ce temps de réhabilitation pour montrer les oeuvres hors les murs avec le déploiement d’un travail de médiation au coeur des quartiers. Dans ce sens nous mettrons en place un musée des Beaux-Arts itinérant avec une ouverture du projet sur des arts nouveaux : le graff, le son, les arts plastiques ou encore les arts contemporains.

Cette réflexion doit aussi porter sur le Musée du Nouveau monde où l’approche muséale doit permettre plusieurs niveaux de lecture pour faciliter l’appropriation. Ce musée sera le point de départ des parcours mémoriels que nous souhaitons multiplier dans la cité. La priorité doit être mise sur l’appropriation des expositions permanentes plutôt que d’être dans la course aux expositions temporaires.

Quelle place pour l’art contemporain à La Rochelle ?

Aujourd’hui il existe plusieurs initiatives : Bletterie, les salons, la galerie du Carré Amelot, la Chapelle…les galeries privées

Il est indispensable de mettre les acteurs autour de la table, recenser les besoins pour créer des espaces de création et d’exposition adaptés et penser la gouvernance.

Nous souhaitons profiter du 1 % artistique, souvent négligé dans la programmation des opérations de travaux publics, pour redonner une place aux artistes sur l’espace public et aux citoyens dans le choix démocratique des œuvres. Nous sommes aussi convaincus que la prise de conscience des bouleversements climatiques doit être portée par les artistes. Ils sont de formidables vecteurs de vulgarisation, d’acceptation et de mise en mouvement sur ce sujet. C’est pourquoi nous porterons la création d’une bourse pour les coopérations entre artistes et scientifiques, artistes et urbanistes sur l’urgence climatique. L’art contemporain aura toute sa place dans le tiers-lieux arts visuels que nous souhaitons créer.

Quelle réhabilitation pour le Gabut ?

Le projet culturel doit être un lieu de création, de pratique, de rencontres et d’échanges. L’implantation du CNAREP, du Carré Amelot et d’un Café culturel répond à ces enjeux. Voir des artistes en train de créer et présenter le fruit de leur travail, cela nourrit la pratique théâtrale et des arts visuels. La future coopérative culturelle entre les trois acteurs du Gabut sera un exemple de gouvernance partagée avec les usagers.

Comment protéger et de mettre en valeur le patrimoine urbain ?

Nous souhaitons connecter tous les rochelais à leur ville en intervenant sur et dans l’espace public. L’objectif est d’amener les rochelais à voir la ville autrement à travers des œuvres et des parcours et d’être acteur à part entière.

Dans notre programme nous proposons de créer un pôle ressources patrimoniales. Cela passe par un patrimoine et une architecture vivante, ce pôle permettra de s’approprier les outils de la lecture de la ville (moments de commémoration festifs et participatifs, parcours mémoriels, possibilité de rebaptiser les rues, applications numériques, spécialistes, déambulation artistique notamment dans la cadre des journées du patrimoine…). Ces dispositifs permettront aux habitants à redécouvrir la ville au-delà du vieux port.

Quel soutien pour les metteurs en scène et chorégraphes locaux ?

Le secteur chorégraphique est aujourd’hui bien couvert avec toutes les secteurs de la filière présents sur notre territoire : pratique amateur, conservatoire, l’Atlantique Ballet Contemporain (classe préparatoire à orientation professionnelle pour les danseurs qui souhaitent poursuivre leur formation dans le but d’embrasser une carrière dans la danse) le Centre de Développement Chorégraphique National, le Centre Chorégraphique nationale, la Manufacture, la Coursive et les nombreuses compagnies de qualité implantées.

Le secteur des arts vivants qui nous préoccupe davantage est celui du théâtre. La fermeture du T2T et la fragilité de certaines compagnies est inquiétante : il faut redonner un souffle au théâtre avec un lieu dédié.

La filière doit être revivifiée. Pour cela, la Fabrique du Vélodrome doit redevenir un lieu de création et de rencontre, le théâtre de proximité reliant la zone résidentielle Mangin au quartier de Lafond et Saint-Eloi.

Pour cela, en concertation avec les riverains, des travaux d’isolation phonique et thermique seront réalisés, les espaces intérieurs réhabilités pour répondre au besoin de la création. Nous y accompagnerons l’implantation d’un collectif d’artistes souhaitant l’animer.

Quel levier pour le développement de l’industrie de l’audiovisuel ?

Nous devons faire de La Rochelle une terre d’accueil des éco-tournages !
Les producteurs sont de plus en plus conscients de cet enjeu environnemental et les aides commencent à y être conditionnées. Nous avons une carte à jouer qui correspond à nos convictions profondes.

Nous devons aussi retrouver des espaces pour la diffusion des films en centre-ville, pour maintenir ce terreau culturel très riche pour inspirer notre jeunesse., tout comme créer un lieu dédié aux projections des festivals de cinéma rochelais. Nous participerons à la structuration de l’offre de formation dans la filière audio-visuelle sur notre territoire.

La Rochelle, ville de festivals de musique et de cinéma mais quid de la littérature ?

Il existe des initiatives dispersées sur notre territoire et nous avons des outils de proximité à grand potentiel avec les médiathèques. La Maison des Écritures, le centre Intermondes, le réseau des librairies indépendantes, les maisons d’édition et les associations, grâce à leurs collaborations, devront enrichir l’écosystème permettant davantage de rencontres et de médiations. Les salons et autres manifestations pourront s’inscrire dans la charte des éco-manifestations et l’ensemble des acteurs pourra participer à la réflexion collective sur l’empreinte environnementale de la filière.

Comment élargir les publics des sites patrimoniaux ?

Nos musées jouent un rôle primordial dans la mémoire multiculturelle de la Ville et de son évolution. Nous aurons à cœur que les Rochelais les redécouvrent notamment avec un programme d’animation fort, déployé le premier dimanche du mois en corrélation avec la gratuité.

Aussi, et cela concerne les sites patrimoniaux et le secteur culturel rochelais dans sa globalité, l’inclusion de toutes les personnes est au cœur de nos préoccupations. Nous travaillerons avec les acteurs du médico-social pour mettre en place les conditions d’accueil des personnes en situation de handicap et de leurs familles. Il est indispensable qu’elles aient accès à des propositions culturelles plus régulièrement. Nous accompagnerons les acteurs culturels dans la meilleure prise en compte des besoins spécifiques.

Quel soutien à la pratique artistique amateur ?

En développant des circuits courts et durables de la culture. La pratique amateur et la pratique artistique doivent être encouragées. Nous poursuivrons le déploiement des Par[t]cours d’éducation artistique et culturelle en développant la participation des familles, en s’assurant que chaque enfant ait accès à au moins à un parcours avant son entrée au collège et en renforçant la solidarité avec les territoires ruraux de l’agglomération. C’est aussi dans ce cadre que nous souhaitons soutenir l’accompagnement des bars vers la mise en œuvre de programmation culturelle à travers un fond d’aide à l’emploi artistique pour les cafés culture.

Concernant les arts visuels, nous souhaitons la création d’un tiers-lieu des arts visuel. Aujourd’hui les artistes plasticiens sont nombreux à faire remonter leur besoin de lieux de création et de démonstration. Pour y répondre nous créerons un tiers- lieux des arts visuels permettant la rencontre des disciplines de ce champ et l’ouverture des pratiques aux amateurs.

Comment résoudre enfin le déficit de communication sur l’actualité culturelle et artistique de la Ville ?

Le site de la ville et le journal municipal, davantage ouvert à l’expression des associations et acteurs culturels, doit continuer à coordonner ce référencement des évènements.

Tant que les habitants n’auront pas d’ouverture sur des propositions, nous aurons beau communiquer, nous ne toucherons pas plus de personnes. Il s’agit avant tout que tout à chacun se sente concerné par les propositions. Par exemple, les festivités de l’Hôtel de Ville malgré une forte communication n’ont pas réuni tous les rochelais. Les habitants des quartiers périphériques n’y étaient pas beaucoup représentés.

L’implication des habitants passe notamment par la mobilisation du secteur social et socio-culturel qui doit pouvoir retrouver sa place de passerelle entre les acteurs culturels et les habitants.

Propos recueillis par Cédric Chaory

PROJET DÉTAILLÉ DE MONSIEUR JEAN-MARC SOUBESTE: https://www.jmsoubeste2020.fr/

Prochain entretien : Martine Wittevert (La Rochelle En Commun) le mercredi 4 mars


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