Municipales 2020: entretien avec Jean-François Fountaine

Dernier entretien de la série consacrée aux candidats aux Municipales 2020 de La Rochelle, Monsieur Jean-François Fountaine, maire sortant, expose son projet culturel pour la ville.

Quel avenir pour le Musée de la rue Gargoulleau ?

Avec la DRAC, nous avons déjà lancé les travaux de mise en sécurité. Comme vous le savez suite aux travaux d’accessibilité consistant en l’installation d’ascenseurs, nous avions découvert combien l’édifice était endommagé. Ensuite viendra un grand programme complet de rénovations. Il consistera à vider entièrement l’hôtel particulier et le rénover en profondeur avec notamment la mise en valeur du jardin qui donne derrière le Café de la Paix. Il faudra compter 2 à 3 ans de travaux.

En terme de contenu, une fois l’édifice rénové, nous allons retirer tout ce qui était stocké dans une des ailes. Ce fond de réserves trouvera place à Mireuil dans l’enceinte des  nouvelles archives municipales. De la place sera  ainsi dégagée à l’hôtel de Crussol pour exposer bien plus d’œuvres. Le cycle des expositions thématiques reprendra également son cours. Une direction des Musées vient d’être nommée, sous l’autorité d Élise Patole-Edoumba. L’idée est  que nos différents musées dialoguent mieux ensemble, que leurs programmations résonnent entre elles.

Comment accorder plus de place à l’art contemporain dans l’espace public rochelais ?

Nous avons réfléchi à certains endroits capables d’accueillir du land art dans notre ville. Le parc à l’extrémité du Bout Blanc s’y prêterait parfaitement bien. La sculpture doit aussi trouver sa place, à condition que celle-ci ne soit pas monumentale et qu’elle s’insère parfaitement dans l’espace public. L’oeuvre dédiée à la mémoire de Michel Crépeau est un exemple de réussite, tout comme le Toussaint Louverture d’Ousmane Sow dans l’écrin du Musée du Nouveau-Monde. Par contre il faut être vigilant sur les projets qui se dégradent ou s’abiment bien trop vite au fil du temps.

Il apparaît aussi évident qu’un espace d’exposition dédié à la peinture contemporaine et à l’installation soit présent, et de façon permanente,  en centre ville. En plus de la Chapelle des Dames Blanches, Nous disposons un petit espace à l’hôtel de Ville mais il m’apparaît assez exigu. Dans le cadre du projet de la Cité Municipale, à l’Arsenal, nous réfléchissons à la création, dans ses sous-sols, d’espaces d’expositions.

Le Gabut va accueillir un bâtiment culturel ô combien polémique dans la ville. Comment le défendez-vous ?

Si vous voulez il n’y a pas tellement de discussions sur l’installation du Carré Amelot au Gabut mais il y en a autour du CNAREP. Les arts de la rue, comme ce nom l’indique, doivent se faire aux yeux du monde. Regardez ceux installés sur les quais à Brest (NDLR : le Fourneau), regardez les machines de l’île à Nantes, l’art y est visible en plein cœur de l’agglomération et non relégué dans des entrepôts loin de la vie de la cité. Nous avons la chance d’avoir de la place à La Rochelle pour installer le Carré Amelot, le CNAREP et un tiers-lieu à l’image de La Belle du Gabut mais en plus structurée et pérenne donc saisissons là !

Après je souhaite que l’intégration de ce projet architectural soit modeste face à la présence majestueuse de nos tours. Il n’est pas question d’implanter un Guggenheim ou un Mucem au Gabut. Nous devons être là dans le respect de l’histoire.

Ce bâtiment ne porterait-il pas préjudice à l’éventuel classement du port au Patrimoine mondial de l’Unesco ?

Non car nous l’intégrons totalement dans le paysage. Nous gardons les anciens bâtiments des Autorités Maritimes en briques et nous gardons aussi la partie métallique des anciens chantiers navals de La Rochelle. L’Unesco aime l’idée que nous prenions soin l’histoire architecturale de la ville dans ce projet de réhabilitation du quartier. Nous n’effaçons en rien l’histoire d’un lieu.

Mais vous savez, concernant l’obtention de ce label, je suis pour que nous progressions dans la mise en scène de la ville. Dans 3-4 ans nous pourrons présenter un dossier solide mais là je pense que c’est vraiment prématuré !

Tout comme le Gabut, le Conservatoire va être un des gros projets architectural de ces prochaines années. Lui aussi essuie quelques critiques …

Le terrain est en train d’être préparé … je sais que de très rares personnes estiment regrettable que ce Conservatoire ne soit pas en cœur de ville. Il est, dirons-nous à la lisière du centre-ville. Sachez cependant que ce Conservatoire est communautaire, destiné à rayonner dans toute la CDA. Nous ne pouvons pas demander à nos collègues-maires du territoire une installation d’une telle école en hyper-centre. Il se doit d’être accessible facilement et avec l’Avenue des Cottes-Mailles et le Boulevard Jean Moulin en quelques minutes à pied du centre ville – et je parle bien de minutes et non pas de demi-heure – vous y accéderez !

Les habitants de la CDA n’accepteraient pas que ce Conservatoire trouvent place à Aufrédi. Ce serait bien trop compliqué pour s’y rendre en voiture.

Quid de la mise en valeur du patrimoine urbain ?

Vous allez voir ces prochains jours un exemple concret de ce qui peut être dupliquer dans la ville : la façade du Museum d’Histoire Naturelle va être mise en scène pour augmenter son attractivité. Ce musée a un fond extraordinaire mais nous trouvons que sa visibilité est insuffisante. Pour rendre plus repérable le musée, une fresque métallique a été posée sur  le tour de l’édifice. Cet embellissement, impressionnant et magnifiquement réalisé, attire l’œil des passants et des touristes.

Cette réussite pourrait servir d’exemple pour de nombreux autres monuments de la ville. Il nous faut aussi vraiment repenser les chemins du patrimoine, notamment ceux du Québec, du protestantisme. Ce qui a été réalisé est beaucoup trop sobre, et finalement peu visible.

Quelle place dans la ville pour les metteurs en scène et les chorégraphes ?

Notre attention est pour l’instant focalisé sur l’écriture. Toutes les formes d’écritures : littérature, BD, scénario, etc… J’imagine que vous avez vu ce lieu magnifique qu’est notre Maison des écritures.

Sur l’aspect de l’éducation des jeunes, le Carré Amelot va poursuivre ses efforts en diffusant des pièces de théâtres et créations chorégraphiques.

Concernant les espaces de diffusion, je conçois qu’il y ait un déficit de salles notamment pour la pratique théâtrale. Le nouveau Centre social et culturel Christiane Faure sera doté d’une scène et palliera ainsi à un manque.

Et pour que cesse aussi les mécontentements autour de la disparition de la salle de spectacle du Carré Amelot, je tiens à préciser que le Carré continuera sa programmation dans les nombreuses autres salles de la ville, situées dans nos différents quartiers. Je pense au futur auditorium du Conservatoire, à la Maison de l’étudiant, à la future salle érigée près de la médiathèque de Villeneuve-les-Salines. La programmation du Carré Amelot va prochainement irriguer toute la ville.

Concernant la littérature, Il y a la Maison des Écritures certes, mais pas de temps fort. Comment y remédier ?

Je suis tout à fait d’accord pour qu’il existe un festival de littérature aussi prestigieux que celui des Francofolies l’est à la musique ou La Rochelle cinéma  au 7ème art mais encore faut-il qu’il soit porté par des passionné-e-s, des expert-e-s ! Faire un festival pour un festival ne m’intéresse pas. Regardez l’équipe du Festival du film et du livre d’aventures. Elle a réussi, dans un univers ultra-concurrentiel, à concevoir un projet qui commence à prendre une place considérable au niveau national. Quand on a affaire à une équipe aussi professionnelle : oui la Municipalité accompagne car la ville sera toujours dans l’accompagnement de projets sérieux mais elle ne sera jamais porteur d’un festival municipal.

La communication concernant le foisonnement de propositions artistiques et culturelles dans la ville est relativement faible. Comment mieux informer le public ?

Je reconnais ce déficit de communication et notre projet propose la présence d’un kiosque sur le futur parvis de la gare. Un kiosque qui concentrerait toute la programmation artistique et culturelle de la ville. La diffusion de ces informations serait profitable aussi bien aux rochelais qu’aux touristes qui arrivent par le train.

Je sais aussi que nos nombreux établissements culturels communiquent beaucoup sur les programmations de leurs collègues. La Coursive, La Sirène, le CCN, L’Azile, etc … tous diffusent les diverses programmations. Je les félicite de ce fair-play car ces connexions participent à la bonne circulation de l’information.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

TOUT LE PROGRAMME DE MONSIEUR JEAN-FRANÇOIS FOUNTAINE:

https://fountaine-2020.fr