Municipales 2020 : entretien avec Bruno Léal

Aliénor s’est entretenue avec 5 des principaux candidats aux Municipales 2020. Bruno Léal, actuel leader du groupe d’opposition de droite à la mairie, ouvre le bal de cette série d’entretiens en exposant son projet culturel pour La Rochelle.

Quel avenir pour le Musée de la rue Gargoulleau ?

Je suis pour la création d’un Musée d’Art et d’Histoire. Trois sites sont envisageables : à l’hôtel de Crussol d’Uzès (ce qui suppose de le réaménager), à la caserne Aufredi ou encore au Gabut. Au Gabut, ce musée serait le coeur d’un grand pôle culturel, connecté à l’espace qui l’environne. Mais ma position n’est pas arrêtée sur ce sujet car il nécessite de consulter toutes les parties, les trois sites présentant des avantages et des inconvénients. Mais ce dont je suis sûr est qu’il faut une conception spatiale de la ville et il m’apparaît intéressant de concevoir un parcours urbain composé des Musée Maritime, Musée d’Art & d’Histoire au Gabut, du Musée du Nouveau-Monde et enfin du Museum.

Quid alors de l’actuel projet du Gabut ?

Le projet actuel qui doit réunir les CNAREP et Carré Amelot est certes lancé mais mal ficelé et ni validé, ni signé. Pour moi, dès le départ, ce projet ne va pas dans la bonne direction car les architectes l’ont conçu en direction des structures à accueillir. Et seulement pour elles deux. Il y a donc des bureaux, des salles de répétitions, des entrepôts ce qui donne un bâtiment massif. Moi, je souhaite un lieu bien plus convivial, ouvert à tous les rochelais-e-s et à tous les artistes avec une programmation annuelle et pluridisciplinaire. Conséquence il faudrait en faire un aménagement beaucoup plus léger, où l’on consigne les bâtiments existants avec des couloirs en verre pour laisser passer la lumière, les perspectives entre la Maison Ronde et la Maison du Notaire. Le Gabut est un lieu extraordinaire  car il est un passage entre la Vieille Ville et la Ville en Bois. Le projet de Monsieur Fountaine prévoit de boucher cette perspective.

Mon projet pour le Gabut, au-delà d’y installer un Musée, est qu’il soit un pôle culturel ambitieux, écrin pour des concerts, des spectacles, des conférences, des expositions temporaires.

Comment accorder plus de place à l’art contemporain dans l’espace public rochelais ?

L’art vit, l’art n’est pas figé et si je suis soucieux de l’art du passé, je suis tout autant attentif aux artistes contemporains. La ville doit se connecter à eux qu’ils soient sculpteurs, peintres, danseurs, metteurs en scène ou musiciens. L’idée est d’avoir des lieux qui leur soient dédiés. Le Gabut en sera un, mais j’y ajouterai aussi le futur Espace Culturel de Villeneuve-les-Salines mais aussi les ruines de l’Église Saint-Pierre de Laleu. Ce lieu est magique et je souhaite qu’on le réhabilite en conciliant ses vieilles pierres et un aménagement contemporain.

Il m’apparaît important de relancer les commandes municipales : une sculpture, une œuvre musicale qui serait jouée en première à La Rochelle… Un prix d’art contemporain annuel pourrait être imaginé. Il faut avoir une politique volontariste. Notre ville se prête, à l’image des villes baroques qui possèdent de nombreux monuments–écrins, à l’accueil des manifestations artistiques. Utilisons nos espaces comme la cour de l’Hôtel de Ville, la place de la Solette, le Vieux-Port tout comme nos espaces plus contemporains dans les quartiers. Insufflons-y des rendez-vous culturels !

Comment développer la pratique artistique amateur ?

La Rochelle est une ville jeune : 11 000 étudiants y évoluent. Nous devons être à leur écoute en matière de goût. J’ai ainsi l’idée d’un festival de street art qui pourrait animer les quartiers de Villeneuve-les-Salines et de Mireuil mais aussi les rues du centre art car je refuse la hiérarchie dans l’art, tout comme son cantonnement. Pour ceux qui se destinent à des carrières artistiques, nous avons la chance d’avoir un conservatoire de qualité. Il serait cependant bon d’y ajouter les disciplines des Beaux-Arts : dessin, sculpture, art appliqué …

Quant au projet d’implantation du nouveau conservatoire près du canal Rompsay, j’y suis totalement opposé. Un conservatoire doit être en centre-ville.  Si tout quitte le centre-ville, il mourra. Je voudrais le conservatoire à Aufredi ou dans l’ancien espace de la préfecture Chasseloup Laubat. Les élèves des lycées Dautet, Fénelon, Fromentin doivent y accéder facilement. Les stationnements de Verdun, de l’esplanade des Parcs, de Notre-Dame sont, eux, déjà existants facilitant l’accessibilité à cette école. Elle irriguerait le centre-ville de vie, de dynamisme. Ses élèves doivent se produire le plus souvent possible via l’auditorium à l’occasion de rendez-vous réguliers. J’imagine des dimanches où musique et danse animeraient le centre-ville.

Quid de la mise en valeur du patrimoine urbain ?

Il est important que notre patrimoine public et privé soit mieux mis en avant. En ce qui concerne le privé nous dépendons bien évidemment de l’accord des propriétaires. Il faudrait alors les inciter à ouvrir leur hôtel particulier, les maisons modernes type Art Déco par l’organisation d’évènements culturels et artistiques.

Les parcours à thèmes en rapport avec l’histoire de notre ville doivent être encore plus développés et plus lisibles. Il y a tant à dire sur la ville protestante, ville du XVIIIème siècle, ville de la pêche. Il ne faut pas non plus négliger les jardins de la ville. Enfin je déplore que certains lieux soient encore fermés aux Rochelais notamment la tour de l’église Saint-Sauveur, celle de la Cathédrale … les vues de la ville y sont extraordinaires de là-haut.

Au moment où je vous parle, nous sommes face à la Place Verdun. Typiquement cette place doit être revalorisée avec des plans d’eau, des arbres, une mise en avant du parvis de la cathédrale, l’éloignement de son parking … À l’image de ce qui a été réalisé à La Roche-sur-Yon, place Napoléon.

Quelle place dans la ville pour les metteurs en scène et les chorégraphes ?

J’ai le projet d’un grand spectacle son et lumière sur le Vieux-Port, sur les Portes ou encore rue de l’Escale. Cette grande fresque historique de la ville mettrait en effervescence tout les artistes de La Rochelle. Les auteurs, les érudits et historiens de la ville, les metteurs en scènes, les chorégraphes, les décorateurs, les costumiers sans oublier tous les artistes amateurs et professionnels qui participeraient au spectacle.

Je l’imagine comme un « Puy-du-Fou de la Mer » et il pourrait être joué sur un moment hors festivals, au printemps ou en été. À ce grand spectacle nocturne pourraient être organisés conférences et colloques sur l’histoire de La Rochelle mais aussi concerts de musique avec instruments d’époque. En 2015, la Cathédrale de Bordeaux a parfaitement réussi un tel rendez-vous lors des 400 ans de l’anniversaire du mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche.

En parlant de musique, elle est reste, pour moi, le parent pauvre de La Rochelle. Certes nous avons ce grand rendez-vous qu’est le festival des Francofolies mais je parle là de musique classique. Je veux des concerts chaque semaine dans la ville … au Conservatoire, dans nos églises et cathédrale, dans la cour de l’hôtel de Ville. Nous ne pouvons pas nous contenter du seul et néanmoins excellent festival Musique au Port !

Songez-vous à impulser la filière audiovisuelle ?

Elle est un indéniable levier culturel, économique et touristique pour La Rochelle. Je me souviens d’une série qui fut tournée en 1993 avec Jean-Marc Thibaut et Nicole Calfan : Les Grandes Marées. Une nouvelle série télévisée qui mettrait en avant notre ville ne peut être qu’un plus pour son image. Mais vous savez La Rochelle jouit d’une excellente image. Regardez les flots de touristes qui visitent la ville chaque année !

Cependant j’aimerais un tourisme qui tire plus vers le haut. Pas nécessairement en quantité mais en qualité, bien que le mot qualité soit très subjectif. Je pense à un tourisme culturel, un tourisme gastronomique aussi. Il nous faut un festival de la gastronomie rochelaise, là encore couplé avec des concerts, des expositions, des conférences. Cela n’attirait pas nécessairement des foules mais très certainement des festivaliers de qualité.

La communication sur le foisonnement de propositions artistiques et culturelles est relativement faible. Comment mieux informer le public ?

Un agenda en ligne sur le site de la ville, tout simplement ! Chaque rochelais et chaque touriste doivent en un clic sur son smartphone être informés du programme culturel et artistique de la ville. Il faut viser l’exhaustivité en annonçant les évènements organisés par la Mairie mais aussi toutes les autres initiatives. La communication est essentielle pour que les rochelais comprennent à quel point leur ville est une cité de la culture, tout comme les touristes. Ils ne doivent pas venir juste pour siroter un mojito sur le Vieux-Port, face aux tours, et s’y ennuyer au bout de quelques heures : il est impératif qu’ils sachent combien la ville est riche de sa culture.

Qu’en est-il de la place de la littérature ?

Sur ce point, il faut sérieusement réfléchir au fonctionnement de la Maison des écritures pour que la littérature et l’écriture dans toutes ses formes trouvent un ancrage plus présent dans la ville. Il ne faut pas croire que parce qu’on crée un lieu dédié, on règle un problème. La Maison des écritures doit vivre dans ce bel écrin en faisant appel à toutes les forces vives de la ville. L’Université doit y multiplier les colloques, cette Maison doit aussi accueillir en son sein des écrivains en résidence.

Propos recueillis par Cédric Chaory

LE PROJET DÉTAILLÉ DE BRUNO LÉAL : https://brunoleal.fr/

Prochain entretien : Jean-Marc Soubeste (EELV) le lundi 2 mars

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