Michel Crépeau, radicalement engagé.

ESSAI – Il y a vingt ans, le maire bâtisseur de La Rochelle (1971-1999) nous quittait, à 68 ans. Olivier Ginestet, auteur et historien rochelais, sort son troisième ouvrage sur Michel Crépeau, s’attachant à ses engagements précoces et cette « jeunesse radicale » où toutes les valeurs du futur homme politique étaient déjà en germe.

En 1955, un jeune avocat de 25 ans, ambitieux et énergique, s’inscrit au Barreau de La Rochelle, avec déjà des vues politiques sur la ville et la circonscription. Frayant avec André Dulin, Michel Crépeau est aussi déjà assez talentueux pour obtenir un éditorial, chaque semaine, en première page de la Dépêche d’Aunis et de Saintonge, à tendance radicale.

Olivier Ginestet, dans un travail de recherche inédit, est allé étudier et analyser les éditoriaux du futur maire de La Rochelle, sur la période 1955-1958 (il a alors entre 25 et 28 ans). Et on peut dire qu’à 25 ans, la plume est déjà très sûre !

Farouche mendésiste, défenseur de l’homme comme de la méthode, Michel Crépeau professe et milite pour un ancrage à gauche du radicalisme, tout en refusant catégoriquement toute alliance avec les communistes. C’est sur le sujet du colonialisme, fossoyeur de la IVème République, que la lecture historique proposée par Olivier Ginestet devient très intéressante : le jeune Crépeau opérait une équation difficile à concevoir aujourd’hui, celle de soutenir, en homme de gauche, que le colonialisme pouvait être un humanisme (!).

C’était une position universaliste, patriotique, que Michel Crépeau opposait à un nationalisme (de droite), belliqueux et mortifère. Dans un plan aéré, très bien construit et même esthétique (tribune/tribun), Olivier Ginestet, après Michel Crépeau, Une image rochelaise (Geste éditions) et le Maire novateur (Croît vif, ouvrage collectif), nous offre un bel éclairage, documenté, sur les assises idéologiques du Crépeau politique, et nous rappelle au passage, en historien, qu’il y a toujours un vice de raisonnement à juger le passé aux conditions du présent.

En tous les cas, Michel Crépeau est célébré au présent aux conditions du futur qu’il a inventé : l’amoureux de la vie et des gens qu’il était doit s’enthousiasmer, des étoiles qu’il a rejoint, d’un 30 mars qui coïncide avec le Carnaval rochelais.

Aymeric Duriez.

Michel Crépeau, Une jeunesse radicale (1955-1958) –Olivier Ginestet, Éditions Amok, 10 euros 

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