Marie Monteiro, l’objectif musique

PHOTOGRAPHIE – Actuellement exposée aux Rencontres photographiques d’Arles*, Marie Monteiro, photographe de la Sirène, se présente à Aliénor sur l’agréable terrasse des « P’tits Loups », quai Simenon. Interview entre rock et photo.

Quand avez-vous commencé la photographie ?

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une attirance pour la photographie. J’adorais regarder les albums photos, de famille par exemple. Au collège, j’ai eu un très bon professeur d’art plastique, passionné de photographie. Il est d’ailleurs à l’origine du festival de photographie de Rodez: PHOTOfolies. C’est là que j’ai commencé à manipuler un appareil pour la première fois, dès la 6ème, et cela ne m’a plus lâché.

Qu’est-ce qui vous attirait tant dans la photographie ? Le cadrage, la manipulation de l’appareil …

Un peu tout cela. Le cadrage m’a toujours intéressé. J’aimais bien les maths, les équilibres, la géométrie. Observer un paysage dans un objectif et le cadrer comme je le voulais m’intéressait beaucoup.. Avec ce professeur, nous nous essayions justement au paysage, au portrait.Mais la photo a surtout été un moyen d’expression personnel pour moi. Certains ont besoin de composer de la musique, écrire… Pour moi, regarder les gens et les choses qui m’entourent, à ma manière à travers un appareil, et les figer en une image m’a toujours fascinée. 

Et en grandissant, vous avez poursuivi vos études dans la photographie ?

J’aurais beaucoup aimé. J’avais deux passions à l’époque: la photographie et la musique. Mes parents n’étaient pas du tout partant pour que j’embrasse ce genre d’études. J’ai donc continué à suivre des cours de photo à la Maison de la Culture de Rodez puis au club-photo de la faculté mais pour ne pas contrarier une volonté parentale, je me suis inscrite dans une faculté de Sciences: Maths chimie et Physique. Puis j’ai passé le diplôme national d’ œnologue ce qui m’a permis d’animer des cours de dégustation pendant 5 ans. L’avantage dans cette profession, au-delà de déguster des bons vins, était que mes horaires me permettaient de me consacrer largement à la photographie. Petit à petit, j’ai rencontré de plus en plus des personnes qui m’ont faite travailler en photo… j’ai arrêté l’ œnologie vers l’âge de 30 ans lorsque j’ai pu vivre de la photo. Cela a toujours été important de gagner ma vie avec ma pratique photographique, je ne voulais pas que ce soit un loisir.

Vous êtes donc une vraie autodidacte ?

Oui en quelque sorte. Hormis les clubs photo que j’ai suivi durant mes études, je n’ai fait qu’un stage d’une semaine avec un photographe professionnel mais cela faisait déjà quelques années que j’évoluais dans le métier.

Le monde de la photo a beaucoup évolué depuis vos premiers clichés. Où en êtes-vous avec dans le Argentique VS Numérique ?

Forcément, je me suis formée à l’argentique, étant donné mon âge,  puis je me suis mise au numérique il n’y a pas si longtemps. Tout simplement pour une question de délai , de praticité. Les commandes sont toujours très urgentes et l’argentique ne permet malheureusement pas de traiter au plus vite les demandes des clients. Quand je le peux, je reviens à l’argentique. Si je le pouvais je ne ferai que cela . . Longtemps j’ai développé mes négatifs et réalisé les tirages, je n’ai plus du tout le temps de fonctionner ainsi et je connais d’ excellents tireurs. Mais mon envie est d’y revenir et de trouver le moyen de ne faire plus que de l’argentique et de réaliser mes propres tirages

Parlons de La Sirène. Quand a débuté votre collaboration avec cette merveilleuse scène ?

Je suis arrivée en 2010, l’année qui a précédée l’ouverture de La Sirène. Fan de musique et vivant à La Rochelle, je bougeais beaucoup à Poitiers, Nantes pour me rendre dans des concerts. Je travaillais à l’époque pour le journal culturel Expression. Je faisais toutes les photos de cette revue aujourd’hui disparue. J’y avais photographié David Fourrier, futur directeur de la Sirène. Il m’est apparu tout de suite sympathique. Au bout de la première saison du lieu, j’ai adressé un message à David lui proposant de faire des portraits des artistes présents dans le lieu. Il accepté tout en me demandant aussi des photos de scène. J’ai fait 3-4 portraits et puis comme David a vu que tout se passait bien en coulisses, j’ai poursuivi jusqu’à couvrir aujourd’hui tous les concerts.

Avant La Sirène aviez-vous déjà photographié des artistes ?

Oui, bien sûr. Dans le Sud-Ouest, j’avais des amis musiciens. Je faisais déjà leur portrait 

Vous dîtes être passionnée de musique…

La musique m’accompagne depuis l’adolescence. J’ai écouté énormément de rock. Je suis de cette génération du rock alternatif à la Sonic Youth, mais j’écourtais aussi PJ Harvey, Nick Cave.  Bowie mais aussi de la soul, du blues, celui de Robert Johnson.. et du jazz en allant régulièrement au festival de Marciac. Dans un tout autre style, j’aime Dominique A, je le suis depuis ses débuts. Plus que tout j’aime la musique live, l’énergie des concerts; sur scène, j’aime ressentir l’intention d’un groupe, un(e) chanteur (se) . Le live m’apporte un plaisir décuplé comparé à la simple écoute de ses albums. Étudiante, je traînais dans les bars, les caf’conc, les salles car j’ai toujours eu ce besoin de vivre ces moments directs avec les artistes musiciens.

Avec La Sirène ce besoin est largement assouvi… Vous y avez photographié Dominique A, un artiste que vous venez de citer parmi ceux que vous appréciez particulièrement. Comment s’est déroulée votre séance-photo ?

Mon histoire avec Dominique A est le reflet de celle qui s’est tissée avec l’équipe de La Sirène, une confiance s’est forgée avec le temps. Dominique A est un artiste réservé . La première fois, il a décliné la séance-photo, mais la fois suivante, il a accepté que je le photographie. Depuis, je l’ai pris en photo 3 fois. 

Comment instaurez-vous cette confiance ?

Mes photographies sont toujours prises juste avant la montée sur scène des artistes, et quelques rares fois après la sortie. C’est un moment très court que j’aime beaucoup car les artistes sont dans un entre-deux: concentrés, fragiles, stressés. C’est un moment de vérité. Rodolphe Burger m’a offert un très beau texte qui exprime cela parfaitement .  Il parle de co-production , je trouve ce terme très juste.  Ce qui m’intéresse également est de ne pas savoir ce qu’il va se passer, je ne réfléchis jamais à l’avance où la séance photo va se dérouler, ni comment. Il n ya aucune règle. Cela dépend de l’humeur et l’état dans lesquels se trouvent les artistes. Je m’adapte à ce qu’il se passe entre nous, je les dirige parfois. Mais c’est toujours un temps très court.Je souhaite qu’ils me donnent quelque chose d’authentique.  La mise en scène ne m’intéresse passe, tout comme le studio, le trépied. J’aime être libre, avec un appareil discret, léger, pour saisir ce moment d’une manière simple. Je ne suis pas une photographe conceptuelle.

Young Fathers ©Marie Monteiro

Comme Soulages, ruthénois célèbre pour ses outrenoirs, vous travaillez beaucoup le noir et blanc. Pourquoi ce choix plus que la couleur ?

Du temps de l’argentique, j’ai réalisé beaucoup de photos en noir et blanc, cela me paraissait évident , et c’était sombre souvent.  La couleur je me l’autorise de plus en plus, notamment avec mon travail à La Sirène. Je voyais difficilement en couleurs auparavant. De plus en plus, j’opte pour une version colorée lorsqu’elle me parait correspondre à ce que j’ai vécu pendant la rencontre.

Depuis début juillet aux Rencontres de la photographie d’Arles, vous exposez de nombreux portraits shootés à La Sirène. Comment se passe votre exposition Corridors ?

Il y a un petit cahier où le public peut noter ses commentaires … ils sont élogieux et sympathiques jusqu’à maintenant. Cette année, le festival présente plus de 50 expositions sans compter le OFF. J’avais peu d’espoir que la mienne reçoive beaucoup de visiteurs, mais pour l’instant cela se passe bien. Je remercie les Rencontres de m’avoir soutenue, Alexandre Langlais de Village 42 pour son fort investissement, et David Fourrier qui a eu l’idée d’une exposition itinérante.  Pour cette expo, j’ai sélectionné 46 photographies, aux formats différents. À mon sens, chacun des portraits devait être présenté dans un format qui lui convenait au mieux. J’ai passé beaucoup de temps à les penser, à donner aussi de ce fait, un rythme à l’exposition. Le texte de Rodolphe Burger présente l’exposition.

Quels sont vos maîtres-à-penser dans les photographes ?

Je suis admirative de l’oeuvre de nombreux photographes. Je pense spontanément à William KleinHelmut Newton, Dave Heath, Muriel Delepont.  et enfin Richard Dumas dont j’admire beaucoup le travail et dont je me sens très proche de son lien à la photographie

Aimeriez-vous travailler sur l’illustration photo de pochettes d’album ?

Oui, beaucoup . Ce qui est excitant, c’est de travailler de concert avec l’artiste. son univers, ce qu’il veut transmettre à travers une image J’ai travaillé en ce sens dans la danse, pour des affiches de spectacles. Il y a quelques musiciens avec qui je rêverais de travailler. Si Nick Cave est d’accord, c’est ok pour moi aussi !

The Do ©Marie Monteiro

Vous photographiez aussi la danse ?

Pas suffisamment à mon goût malheureusement. Je garde de très bons souvenirs de mes collaborations avec Farid BerkiSerge-Aimé CoulibalyDominique Petit. Récemment j’ai travaillé avec le duo de chorégraphes Christophe Béranger et Jonathan Pranlas-Descours (NDLR : Sine Qua Non Art) sur sa création Versus. J’ai adoré être au plateau avec eux.

Propos recueillis par Cédric Chaory

Visuels de Une : HollySiz ©Marie Monteiro

*INFORMATIONS PRATIQUES: https://www.facebook.com/events/306537103409840/

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