Les Quatre Sergents, retour sur la condamnation de jeunes martyrs républicains

HISTOIRE – Dans un essai passionnant, Jacques-Olivier Boudon revient sur l’un des procès les plus emblématiques de la Restauration, devenu pour un siècle au moins, symbole de la répression monarchique contre les « libéraux » (bonapartistes et républicains).

Pour bon nombre de rochelais, les 4 sergents est une adresse gourmande, nom d’un restaurant incontournable situé rue Saint-Jean-du Perrot installé dans une verrière du plus bel effet.

Pour les férus d’histoire, ces sergents sont surtout des sous-officiers qui furent guillotinés en place publique à Paris un jour de 1822. Plus précisément le 22 septembre 1822 après un procès qui a passionné la France. Anciens de la Grande Armée de Napoléon, ils avaient fomenté un attentat contre la Restauration, en lien avec la Charbonnerie, une puissante société secrète d’opposition à Louis XVIII.

L’éminent historien de l’Empire Jacques-Olivier Boudon revient sur cette tragédie, dernier « crime de la monarchie » comme l’annonce le titre de son essai ultra-documenté. D’une rare accessibilité pour un livre d’histoire, Les Quatre Sergents de La Rochelle. Le dernier crime de la monarchie présente sous un angle inédit la France de la Restauration, période de l’histoire de France peu traitée.

Nous sommes en 1820, la lutte qui oppose libéraux et partisans de l’Ancien Régime a pris en France une violence nouvelle à la suite de l’assassinat du duc de Berry par un ouvrier isolé, Louis Pierre Louvel. Par ailleurs l’Europe est secouée par une vague révolutionnaire en partie attisée par une société secrète : la Charbonnerie. En France, une première conspiration d’envergure dite du Bazard français qui rassemble les élites libérales les plus opposées au régime (les députés Lafayette et Voyer d’Argenson notamment), des militaires et des étudiants, échoue au mois d’août 1820. Pour échapper à d’éventuelles poursuites, deux membres de la conspiration, Joubert et Dugied passent alors dans le royaume de Naples et reviennent en 1821 avec les statuts de la Charbonnerie italienne. Adaptée notamment par leurs amis Bazard et Buchez, entre février et mai 1821, une Charbonnerie spécifiquement française est créée. Patronnée par des députés influents comme Lafayette et Manuel, l’organisation multiplie les adhésions à Paris et en province mais aussi dans l’armée. Des cellules désignées sous le terme de « ventes » se créent dans le 45e régiment de ligne en garnison à Paris. Mais l’autorité veille : en 1822, les conspirations de Belfort et de Saumur échouent. Les arrestations se multiplient dont celles des militaires du 45e de ligne, déplacé depuis à la Rochelle. Le procès des carbonari du 45e de ligne, accusés de complot, devant la cour d’assises de la Seine, est un évènement politique majeur. Il débouche sur la condamnation à mort puis l’exécution, place de Grève, le 21 septembre 1822, de quatre sous-officiers, Bories, Goubin, Pommier, Raoulx qui entrent dans la légende comme les sergents de La Rochelle.

En 180 pages au style précis et enlevé (suivies d’une foule d’annexes), l’historien et professeur à la Sorbonne offre une formidable synthèse sur cette « ténébreuse affaire » comme la décrivait Balzac. L’exécution de ces quatre sergents a profondément marqué les esprits constituant pour les libéraux, les républicains et aussi les bonapartistes la preuve des abus de la monarchie restaurée. Le centenaire de celle-ci sera célébré par la IIIe République avant que ces « martyrs » (selon le socialiste Auguste Blanqui) ne tombent dans l’oubli. Les voilà à nouveau sous les feux de l’actualité (littéraire) grâce à Monsieur Boudon.

Cédric Chaory.

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