« Les Incas … » de Marmontel au Musée du Nouveau Monde

EXPOSITION – Le roman Les Incas de Marmontel a connu un franc succès à son époque et a suscité une iconographie variée jusqu’au 19ème siècle. Le Musée du Nouveau Monde met en relief cette production oscillant entre l’art académique et l’art populaire, projection d’une Amérique imaginaire et fantasmée. Un goût très bourgeois à découvrir jusqu’au 18 mai.

Un roman à succès … vite oublié

Les Incas ou la destruction de l’Empire du Pérou de Jean-François Marmontel est, avec la célèbre Histoire philosophique et politique… des deux Indes de l’abbé Raynal parue en 1770 sans nom d’auteur, un des ouvrages majeurs publiés en France au 18emesiècle sur l’ancien empire espagnol d’Amérique. Il faut dire que le frontispice de l’ouvrage édité en 1777 : « La Religion protégeant l’Humanité contre le Fanatisme » était à lui seul tout un programme.

Véritable succès en son temps et dans le courant du 19ème siècle, l’ouvrage de Marmontel a par la suite été rapidement oublié. Ecrit en 10 ans, dédié au roi de Suède, bienfaiteur de l’écrivain, c’est pourtant une de ses œuvres majeures. Ouvrage passionnant par les multiples sources auxquelles il renvoie et par la matière qu’il renferme, qui touche à tout l’espace de l’Amérique centrale, ainsi qu’à une grande partie de celle du Sud, Les Incas… permet de faire le point sur le long courant d’intérêt pour l’Amérique, né quelques années seulement après la conquête et qui avait vu, au long de presque trois siècles, s’entasser les chroniques, récits de voyages, les ouvrages de réflexion sur l’Amérique et son histoire, les divertissements aussi, de toute nature, opéra, opéra-comique, ballets, pièces de théâtre.

Comment Jean-François Marmontel, fils d’un obscur tailleur limousin devenu académicien et historiographe de France, qui n’avait quasiment jamais franchi les frontières de son pays, a-t-il pu avoir l’idée d’écrire un livre consacré à l’Amérique et dédié au roi de Suède ? Cet ouvrage, qui comble une lacune dans l’histoire littéraire, traque le regard que cet homme a pu porter sur cette Amérique qu’il n’avait jamais vue qu’en gravures, sur la terre et ses habitants, sur la conquête et la destruction des empires qu’elle avait abrités et sur l’Évangélisation.

Il cherche aussi à dégager ce regard de la gangue des calculs politiques et du prisme déformant des sources. En parlant, dans son livre, des crimes des Espagnols au Nouveau Monde dans la première moitié du 17ème siècle, Jean-François Marmontel dénonce l’esclavage, la soif de l’or et le fanatisme religieux. Il en profite aussi pour faire l’apologie de la tolérance et du droit à la différence.

L’iconographie abondante des Incas exposée

Les Incas ou la destruction de l’Empire du Pérou sert de cadre, aujourd’hui, à l’exposition inaugurée vendredi au musée du Nouveau Monde de La Rochelle et qui sera visible jusqu’au 18 mai 2020. L’ouvrage permet ainsi au Musée du Nouveau Monde d’exposer des pièces peu connues issues de ses collections, l’ouvrage ayant donné lieu à une iconographie abondante. À admirer un papier peint de 1826 issu de la Manufacture Dufour et Leroy, une porcelaine datant du 2e quart du XIXe siècle intitulée Cacique indien ou encore cette toile intitulée Télasco et Amazili, héros principaux du roman.

papier peint de 1826 issu de la Manufacture Dufour et Leroy.

Une salle est entièrement consacrée, elle, à l’Atala de Châteaubriant, autre ouvrage qui dépeint le Nouveau-Monde, l’Amérique et qui donnera lieu à un art figuratif, teinté d’ exotisme et de pathos, prémices de la veine romantique du XIXème siècle.

Cédric Chaory.

INFORMATIONS PRATIQUES : https://museedunouveaumonde.larochelle.fr/

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