Les Horizons croisés de Magdalena Lamri et Johann Fournier

EXPOSITION – Du 3 au 24 avril prochains, à l’Ancien Marché de l’Arsenal, se déroulera l’ambitieuse exposition de la peintre Magdalena Lamri et du photographe Johann Fournier, tous deux membres du collectif de L’Horizon. Rencontre avec les artistes qui signent à 4 mains une œuvre onirique.

Parlez-nous de votre rencontre ?

Johann Fournier : Nous faisons partie tous les deux du collectif de L’Horizon donc nous connaissions nos travaux artistiques sans pour autant nous être rencontrés. Axel Landy, conscient que nos univers sont proches, nous a proposé une collaboration. Il pensait, à juste titre, qu’un dialogue artistique pourrait être fertile entre nous deux. Dans un premier temps nous nous sommes téléphonés. À la question posée: « est ce que ce projet t’intéresse ? », la réponse fut unanimement positive des deux côtés. L’aventure a alors commencé dès mai 2020.

C’est la première fois que vous travaillez à 4 mains ?

Magdalena Lamri : Me concernant il s’agit d’une première. Je n’ai quasiment jamais collaboré avec des artistes dans le milieu car je suis très solitaire et puis car je n’en ai jamais eu vraiment l’occasion donc c’est une première fois.

JF : Moi, ce n’est pas la première fois. Une partie de mon travail est photographique, l’autre tournée vers la vidéo ce qui m’a permit de collaborer avec beaucoup d’artistes du spectacle vivant et même issus du milieu littéraire. Je suis sur beaucoup de projets transversaux mais les « travaux à 4 mains » sont souvent superficiels du point de vue esthétique. Je n’avais jamais été impliqué dans un vrai travail à 4 mains – de la conception à la réalisation – comme celui-ci. Là, je peux dire que l’expérience de duo est quasiment nouvelle en ce sens que nous créons vraiment à deux et non pas chacun dans notre coin.

« Aux Horizons croisés se joignent les âmes seules » est le titre de votre exposition à venir. Petite explication ?

ML : Les Horizons croisés sont l’intitulé d’Axel Landy pour les rencontres d’artistes qu’il organise donc il était pour nous évident que cette formule revienne dans le titre de l’expo. Après au regard de nos œuvres respectives très liées à l’onirisme, la poésie et de deux solitudes nous avons ajouté « se joignent les âmes seules ».

Comment s’est déroulée votre résidence à L’Horizon en ce début février ?

JF : Ça se passe bien. Nous nous parlions depuis mai dernier par téléphone. De ces discussions est né un langage commun esthétique et conceptuel. Nous avons commencé à travailler assez tôt car nos temps de création sont longs mais rapidement un temps de résidence s’est imposé. Nous l’avons demandé à Axel pour aller plus loin dans le travail, pour réduire les temps de latence entre l’idée et l’action concrète. Avec cette résidence, nous travaillons en temps réel et nous éparpillons sans doute moins dans nos réflexions et actions.

ML : Cette résidence à L’Horizon fonctionne vraiment très bien. Elle nous permet d’aller plus vite au niveau des arbitrages, sans frictions, car nous avons développé un langage commun bienveillant. Il y a beaucoup de communication entre nous.

JF : C’est vrai que parfois quand on travaille avec un artiste et qu’on lui demande son avis sur notre œuvre, sur sa façon de penser la collaboration il ne pense pas nécessairement comme nous. Tout l’enjeu est d’arriver alors à un point d’entente, un compromis mais avec Magdalena nous sommes vraiment sur la même longueur d’ondes. Quand nous réfléchissons ensemble, nous avons plus l’impression de prendre des raccourcis. Nous sommes efficaces ensemble !

Que va proposer l’exposition : uniquement une œuvre commune ou bien un mix de vos travaux personnels et communs ?

ML : Un mix des deux ! Les œuvres personnelles n’ont pas pour autant été réalisées en en catimini. Elles ont été montrées et nourries de nos réflexions communes. Elle reflète nos individualités, nos singularités mais elles sont aussi liées à ce « nous » que nous avons imaginé à travers la collaboration.

JF : Les travaux personnels exposés sont en totale cohérence avec le projet commun. Au début de la collaboration, on travaillait différemment. Il y avait un peu une configuration du type  « appel / réponse ». Magda faisait un dessin et moi je le traduisais dans mon univers. Et inversement comme si on travaillait par miroir de réalité interposée. Ensuite on a fait une collusion des deux. L’exposition montrera aussi l’évolution de cette collaboration.

Comment les artistes que vous êtes vivent l’actuelle pandémie, ses confinements, tous ses empêchements ?

ML : Cela n’a fait que capitaliser mon univers et mon besoin de créer. Tout comme la préparation de cette exposition d’ailleurs. Cette expo m’a donné beaucoup d’énergie dans ce moment très compliqué que nous traversons. Je n’ai pas ressenti d’abattement. Du tout.

JF : Pareil pour moi, la pandémie ne m’a pas abîmé. Elle m’a même plutôt conforté dans mes choix de création et de vie. Donner l’envie de continuer, de radicaliser ma démarche. Mon concept de vie n’est pas loin de mon concept de création. Je vis un peu dans un rêve au quotidien … ce qui est plutôt pas mal pour se protéger de tout ce qu’on vit actuellement. C’est comme le fait de ne pas savoir si l’exposition aura bien lieu au printemps prochain, cela ne nous empêche pas d’être dans l’émulation. La vie d’artiste n’est pas faite que de joie et d’allégresse, elle a aussi sa part de déception et on fait avec.

ML : On se dit que quoi qu’il arrive il y aura une façon de diffuser notre travail. Je n’ai aucune d’appréhension sur le fait que ça ne marche pas, que ce ne soit pas montré car avec Johann nous ferons tout pour que ces œuvres soient vues d’une manière ou d’une autre. Et à priori, cette exposition va tourner, nous avons des propositions concrètes qui se profilent avec nos réseaux.

Johann vous mélangez l’argentique et le numérique, Magdalena la peinture, le dessin collage. Quid du mix de toutes ces techniques ?

ML : le pari était risqué car souvent cela peut être très raté le mix photo/dessin. Nous avions déjà essayé chacun de notre côté dans le passé et c’était tout sauf heureux … mais là ça a matché !

JF : Comme nous respectons le travail de l’autre, on a eu envie d’être à la hauteur du projet. Nous avons tout fait pour éviter la paraphrase, la redite, les clins d’œil trop appuyés entre dessin et photo. Pour nous il doit y avoir une plus-value à ce mélange. Comme nos oeuvres sont par nature très liées aux rêves, à l’onirisme, nous avons utilisé ce système qui dans les rêves dissémine des éléments incongrues, disparates de plusieurs natures dans des lieux différents. Nous utilisons la matière dessin comme une incarnation qui viendrait se poser dans une réalité et qui serait très liée à celle ci. Il y aurait comme des objets fragmentés qui  apparaissent et disparaissent. Tout cela en mode photo réaliste.

ML : C’est pour cela que le résultat ne fait pas collage. Il y a vraiment une fusion. On ne sait pas où est le dessin, la photo … Est-ce pictural ou pas ? L’idée est de jouer avec les niveaux de naïveté des représentations.

Votre manière de travailler a t-elle évoluée suite à cette collaboration ?

ML : Je ne me suis pas posée la question, c’est sans doute encore un peu trop tôt pour répondre.

JF : Pareil pour moi … Peut être que parfois on s’interdit des choses dans une pratique esthétique. Il y a une recherche perpétuelle, on se construit un univers qu’on n’ose pas déborder car c’est long le temps de changer une esthétique. Là on expérimente avec un autre artiste, on se bouscule un peu dans nos pratiques, on tente et on ose plus facilement. Après allons-nous garder certaines pratiques expérimentées à cette occasion, je ne peux pas vous répondre …

ML : Oui cette collaboration nous a autorisée à oser plus, à prendre quelques libertés avec nos pratiques. A-t-elle changé notre façon de créer, nous vous le dirons à l’occasion d’une prochaine interview, d’un prochain vernissage …

Propos recueillis par Cédric Chaory

INFORMATIONS PRATIQUES : https://www.l-horizon.fr/magdalena-lamri-johann-fournier-horizons-croises/

Visuel de Une fourni par L’Horizon : ©Xavier Léoty