Les Francofolies: Zazie dans le micro

MUSIQUE – À l’occasion de sa venue aux Francofolies, pour le concert de clôture, l’exquise Zazie a accordé une interview aux médias venus en nombre. Décontractée et drôle, l’artiste se confie sur la musique, les festivals, La Rochelle…

Aunis TV: votre dernier album s’intitule Essenciel. J’aimerais savoir ce qui aujourd’hui est essentiel pour un jeune chanteur débutant qui aimerait embrasser la même carrière que vous.

De ne pas chercher à embrasser la même carrière que moi, de préférer le chemin au résultat, de ne pas passer sa vie sur les réseaux à vérifier s’il est beau, de travailler, de suivre son instinct même si nous vivons dans un monde où l’on a tendance à formater les intuitions. Voilà, c’est pas mal s’il arrive déjà à suivre ces conseils.

France Bleu La Rochelle: Vous avez déclaré qu’il est dur de revenir à la réalité quand on a passé du temps sur une tournée. Comment vous allez gérer ces 15 000 spectateurs qui vont vous dire « Je t’aime » lors du concert de ce soir ?

Alors il faut déjà savoir s’ils disent « Je t’aime » à Zazie ou aux moments qu’ils ont aimé de Zazie. Je pense qu’il ne faut pas confondre les deux et ça aide un peu. Car oui la scène c’est une représentation de la réalité mais c’est loin d’être La réalité. C’est la fête. On dit jouer de la musique, je joue d’ailleurs avec le public. Maintenant est-ce qu’il faut redescendre une fois backstage ? je ne sais pas. C’est bien de rester perché dans la vie, on se sent plus léger ! J’ai des choses très palpables qui me permettent de redescendre, notamment une enfant. J’aime le contraste entre le fait de savoir que j’ai des racines de réalisme, de « vraie vie » mais qui me permet aussi de mettre les branches au vent. Vivre dans cette colonie de vacances pour adulte qu’est une tournée fait un bien fou. On a tous besoin de redevenir un peu des enfants: regardez l’été tous ces gens en vacances qui font des jeux un bêtas sur la plage, qui boivent du rosé pour s’abandonner un peu … On a tous besoin de cette part d’enfance pour oublier les quotidiens moroses.

France 3 : Cette année, le festival des Francos a proposé J’ai la mémoire qui chante. Vous avez vos 3 B Brel-Brassens-Barbara mais quelle serait votre madeleine de Proust ?

Radiohead, matin, midi et soir à rembourser par la Sécurité Sociale. Cela peut paraître un peu énigmatique mais c’est la BO de mes rêves et de mes cauchemars. C’est une musique qui me touche: je ne veux pas rencontrer le chanteur, je ne veux pas aller plus loin que cela. J’ai déjà cette chance de travailler avec Andi Watson, le lighting designer du groupe. L’ensemble des disques de Radiohead me rapproche de mes émotions: si je veux pleurer je me mets un de leurs titres… et après je ris d’avoir tant pleuré.

EntreNousCulture: Clin d’oeil à votre dernier album, avez-vous mordu à l’hameçon ? Êtes-vous revenue à l’essentiel ?

Vous vous faîtes allusion au titre Ce que nos âmes sont. C’est vrai que j’aime cette métaphore de cette petite voix au fond de nous qui nous dit notre vérité mais qu’on écoute très rarement. Nous vivons dans des sociétés dépressives. La France est N°1 sur la consommation d’anxiolytiques ! Il nous faut nous désencombrer de tout un tas de trucs, revenir à l’essentiel. Acheter un canapé c’est bien mais pourquoi en acheter 3 si on a qu’une paire de fesses ? J’adorerai ne pas être victime de la société de consommation, préférer l’être à l’avoir mais je suis comme vous tous, et en plus je dispose d’un porte-monnaie un peu plus garnie: je me dis « Whaou j’ai de l’argent, je vais acheter des trucs » … dont finalement je n’ai pas besoin. Ecoutons cette voix très vivace en nous, qui reste un peu sauvage mais qui sait nous donner le bon chemin.

Sud Ouest : Vous avez fait une série de concerts préliminaires dans des petites salles avant d’investir les Zénith et scènes de festival. Quel enseignement en avez-vous tiré ?

Avec Pascal Nègre, mon manager, nous avons décidé d’entamer une tournée de petites salles avant le grand début de la tournée. L’album Essenciel est sorti en septembre 2018 et la tournée débutait bien, bien plus tard: allais-je m’ennuyer entre-temps, mon public allait-il trépigner d’impatience ? OK, on me voit à la télé mais c’est loin d’être passionnant. On y fait du playback la plupart du temps, on y donne un avis sur tout alors qu’on n’y connaît rien donc là l’idée c’était d’aller au plus vite sur scène; Je parle de concerts préliminaires car ce n’est pas tout à fait la même équipe que celle que vous verrez ce soir. C’est une manière d’ouvrir le champ au public: j’ai joué au Badaboum, au Yoyo qui sont des salles de contenance de maxi 500. J’ai eu un trac de fou car qui dit préliminaire, dit que je n’étais pas complètement prête.

Chutonécoutelatélé: Vous avez coaché beaucoup de jeunes talents dans The Voice. Aux Francos, quels seraient vos conseils pour les artistes qui y chantent pour la première fois ?

The Voice a permis de mettre la lumière sur les interprètes. En France on a tendance à glorifier l’auteur-compositeur mais il ne faut pas négliger l’interprète. Il est vrai que nous avons souvent tendance à rougir face aux chanteurs à voix anglo-saxons ou québécois mais la France possède de très belles voix. Après que dire aux jeunes artistes des Francos ? un peu comme je le disais au début … Et puis surtout qu’ils comprennent que nous sommes dans un festival, en bord de mer: il y aura du vent, tout ne sera pas parfait, le public partira au milieu du spectacle car il veut aller voir un autre concert qui débute … Ce sont les règles du jeu du festival, il ne faut pas se laisser démonter !

LeBulletin: Zazie ça vient d’où ?

De Zazie dans le métro de Queneau. Ma mère a adoré le film de Louis Malle. Nous étions dans une génération d’Isabelle en 1964. La maîtresse s’arrachait les cheveux. Du coup très vite on est arrivé à Zazie pour éviter les zaza, les Isabeau … Ca m’est resté car Isabelle de Truchis de Varenne sur une pochette de disque, ça prend de la place et ça met le curseur parfois au mauvais endroit. Oui mon père est aristo mais il est aussi un architecte qui a beaucoup travaillé, ma mère n’est pas aristo mais ce n’est pas pour autant une pétasse. Il faut éteindre ça et ce surnom Zazie c’est aussi une manière de renaître, de préserver aussi vie privée et vie publique. Pour ma fille, pour toutes mes démarches au quotidien.

Nostalgie La Rochelle: Quelles sont vos meilleurs souvenirs des Francos ?

Un énorme fou rire sur l’Esplanade Saint-Jean D’acre. J’étais venue chanter Les meilleurs ennemis avec Pascal Obispo. Il y a avait énormément de vent et les instruments volaient. Le batteur a fini la chanson avec 2 éléments de sa batterie. Coup de vent, allez au-revoir. Les cheveux dans les yeux, je chantais « C’est toi contre moi »… tenant d’être un brin dramatique mais on y croyait pas trop vus nos fous rires. J’ai plein d’autres souvenirs: la fête à Jean-Louis Foulquier où j’ai chanté, pleine de trac, un titre de Barbara. Je me souviens aussi de Maxime Le Forestier qui m’avait programmée dans sa carte blanche, aux côtés de Didier Sustrac. Au début de nombreux artistes devaient être présents mais nous n’étions, finalement et sur décision de Maxime, que 2. De 7 chansons, je me suis retrouvée à apprendre 22 titres à interpréter face au public de Maxime. À l’époque j’étais une totale inconnue qui avait vendu 2 albums … à ma mère et à ma mère ! C’est à ce moment là que je me suis dit que j’allais aimer la scène. À La Rochelle, là où ma grand-mère est née.

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