Les années rochelaises de Georges Simenon

LITTÉRATURE – Michel Carly publie un onzième ouvrage consacré à Georges Simenon. Dans Simenon, le bonheur à La Rochelle, il y explore les années rochelaises de l’auteur, étalées de 1927 à 1940. Un vrai plaisir de lecture !

Été 1927, George Simenon, accompagné de sa première épouse, fuit Paris. S’en est fini de ses fêtes débridées, ses nuits alcoolisées, son rythme trépidant et surtout de la belle et rebelle Joséphine Baker, maîtresse insatiable du jeune romancier. Il est temps de se mettre au vert. Et pourquoi pas sur la côte Atlantique ?

Au hasard d’une pérégrination qui traverse la Vendée et la Charente-Maritime, le couple découvre en bateau le port de La Rochelle. Simenon tombe alors instantanément amoureux d’une nouvelle belle et rebelle : la cité océane qui, une décennie durant, lui inspirera de nombreux romans.

En 15 courts chapitres, 6 brèves études des plus illustres romans rochelais de l’auteur et un focus sur les adaptations tournées dans la cité, Simenon, le bonheur à La Rochelle de Michel Carly propose une déambulation littéraire très renseignée sur la base de sources inédites, d’archives et collections épistolaires.

Le lecteur découvre notamment en quoi La Rochelle fut une puissante source d’inspiration pour l’auteur. Si Paris fut la capitale littéraire de Simenon et le domicile professionnel de Maigret ; La Rochelle, avec son territoire environnant, est la ville de province la plus présente dans ses romans. Georges l’a parcourue, absorbée, presque perquisitionnée, la scrutant sans concession. Aussi pas moins de 14 romans (dont Testament Donadieu, La Vérité sur bébé Donge, Fantomas du chapelier, le Train …) et 5 nouvelles s’y déroulent, faisant du célèbre écrivain celui qui a su le mieux saisir l’atmosphère de la ville.

Une lumière incomparable, une société plurielle

Ce qui charma en tout premier lieu Simenon, féru du peintre Vermeer, c’est la si réputée lumière de la ville. Comme il l’écrit lui-même : « Ce qui est resté le plus vivant dans ma mémoire, c’est le soleil, c’est la couleur du ciel, de la mer, à La Rochelle … » mais comme tout écrivain qui aime à dépeindre la vie intérieure de l’être humain, il a également trouvé dans la ville un large panel de personnages forts, des secrets de famille, des destinées fascinantes, des dynasties bourgeoises fissurées par l’opprobre. À ces nantis s’ajoute également tout un éventail humain composé de marins, pécheurs, mareyeurs, capitaines, veuves, armateurs, boutiquiers, industriels, boucholeurs, fermiers, bistrotiers, femmes entretenues ou professeurs de lycée, tailleurs ou chapeliers, souteneurs que Simenon aime à fréquenter.

Ainsi dès 1929 dans La femme qui tue La Rochelle apparaît dans son œuvre naissante. Par petit touche, puisque l’auteur n’a pas encore découvert le cœur de la ville. A cette époque, il est déprécié par les critiques littéraires qui raillent sa capacité à beaucoup (trop) écrire. La presse le surnomme le romancier minute, le Landru du roman, le grotesque buveur d’encre. C’est à cette époque qu’il s’installe en Charente-Maritime. Précisément à Marsilly dans La Richardière, élégante gentilhommière du 17ème siècle et ancienne possession de la veuve du Conseiller du Roy. À cheval ou au volant d’une belle américaine, il se rend alors dans le centre-ville de La Rochelle pour traîner au Café de la Paix, à l’Olympia, à La Pallice, sur la place du marché, Place Verdun, rue Gargoulleau ou encore rue du Minage. Tous ses lieux trouveront place dans ses écrits à venir puis seront immortalisés sur pellicule à l’occasion d’adaptations cinématographiques.

De Marsilly à Nieul-sur-Mer

En 1938, le couple Simenon délaisse La Richardière pour s’installer à Nieul-sur-Mer dans une maison de grand-mère, plus rustique et sobre. Cependant le ciel rochelais (tout comme celui de l’Europe) s’obscurcit sous la menace nazi. Proche de La Pallice et de potentiels bombardements, la maison de Nieul est vite désertée. Clap de fin de la parenthèse enchantée rochelaise pour l’artiste qui part vivre en Amérique. A deux reprises, nostalgique, il reviendra en Charente-Maritime, en 1955 et 1966. Il dira alors : « La Rochelle est  la seule ville que j’ai eu réellement le temps de connaître, les autres ne me laissant que le souvenir d’un bref passage ».

Assurément l’auteur aura su l’élever au rang de sujet et d’espace littéraire, en même temps qu’explorer sa réalité sociale et poétiser ses rues, son port, son canal, ses brouillards et ses marées.

Cédric Chaory.

Simenon, le bonheur à La Rochelle (édition Omnibus) – 19 euro

www.omnibus.tm.fr

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