Le vent nouveau de la pop française

MUSIQUE – Ce soir-là Miguel se rapprochait dangereusement de La Rochelle, bien décidé à souffler plus que de raison sur la côté Atlantique mais il en fallait bien plus aux mélomanes pour qu’ils ne ratent la dernière session du Chantier des Francos 2019. Au programme, trois ébouriffants jeunes talents qui réinventent la pop française prénommés P.r2b, Arthur Ely et Jaune.

C’est Pauline Rambeau de Baralon, alias P.r2b qui ouvre l’ultime concert du Chantier des Francos de l’année 2019. Avec sa pop synthétique électronique singulière et sa présence scénique magnétique, entre urgence et exaltation, la nouvelle protégée du label toujours alerte La Souterraine capte illico l’auditoire. Pop singulière car matinée de baroque, de texte chiadés et de mélodies alambiquées et qui n’est pas sans rappeler le tout premier album des Rita Mitsouko sorti en 84. Férue de cinéma – elle a suivi la formation de l’illustre Fémis -, P .r2b affirme aimer le mysticisme, les artistes barrés du type Antonin Artaud et Van Gogh et il y a un peu de cela chez elle aussi. Totalement habitée par les histoires qu’elle nous chante comme elle conterait le pitch d’un bon film, Pauline  questionne la figure du looser et la fuite du temps. « Je n’ai plus 20 ans mais je n’en ai pas 30 ans. Je veux voir la mort mais pourvu qu’elle soit lente » scande t-elle. Depuis la mise en ligne du clip d’Océan Forever en décembre 2017 (et réalisé par ses soins), P.r2b affole le landerneau de la chanson française. On comprend pourquoi : elle est un de ses plus intrigants espoirs.

© 2018 Le photoblog de Renaud Monfourny

Changement d’ambiance avec Arthur Ely et son univers où s’entrechoquent guitares électriques et beats hip-hop. C’est d’abord son T-shirt siglé qui donne le ton : WAKE UP !, puis vient la musique qui réussit à nous faire oublier la petite gueule d’amour à la Johnny Depp de ce strasbourgeois bien décidé à renouveler la pop française. Réveillées les demoiselles dans le public le sont, certaines minaudent en dansant quand d’autres fredonnent déjà son dernier titre sorti il y a quelques heures Le temps. Le reste du public est attentif au petit phénomène et sa coupe coiffée-décoiffée bien plus réussie que celle de Vianney. Verbe egocentrique, assurance du mec qui ne se dégonfle pas quand bien même il foire un accord (« Désolé, ceci est une grosse erreur ! » dit-il nonchalamment), Arthur Ely assure et invente une chanson française hybride entre énergie rock, punchline hip-hop et mélancolie tout droite sortie du romantisme du XIXème siècle. Bien vu. À noter que la prochaine fois qu’il sera à La Rochelle ce sera le 10 juillet devant 12.000 personnes en warmup d’Angèle et de Matthieu Chedid pour les Francos avant d’enchaîner le lendemain avec son propre concert.

©Sabine Villiard

Jaune clôt la soirée avec un set qui, au début, fait craindre le pire. Trop lunaire limite soporifique … mais c’est mal connaître cet acolyte de François & The Atlas Mountains, Petit Fantome, Melody’s Echo Chamber, Toy Fight qui invite à plusieurs reprises le public à se rapprocher de lui. Le temps de passer derrière la batterie et voilà que Jean Thevenin – son vrai nom – retourne direct la petite salle du Chantier. Oublier le regard fuyant, la présence mal assurée du début du set, Jaune s’est métamorphosé d’un coup d’un seul et impose une pop discoïde implacable. Son nouvel EP se nomme La Promesse et Jaune en est une belle de promesse. Multi-homme, il est musicien, batteur, réalisateur de clips, de films documentaires. Tiens donc comme P.r2b et Arthur Ely. À eux trois c’est sur, ils forment un joli tiercé gagnant d’une pop française ragaillardie.

Cédric Chaory.

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