Le tromboniste protéiforme Fidel Fourneyron sur tous les fronts !

MUSIQUE – Menant de multiples projets de front, le musicien, récemment auréolé du prix Frank Ténot d’artiste qui monte aux Victoires de la musique Jazz, expose ses talents de tromboniste et de directeur artistique. Sa dernière création, La Chanson de Renart, mise en concert et en scène des récits animaliers médiévaux, encore en création et présentée en sortie de résidence à la Méca (Maison de l’Economie Créative et de la Culture en Nouvelle-Aquitaine, à Bordeaux) le 13 février dernier, témoigne de la richesse de ses compositions. 

Originaire du sud-ouest de la France, pratiquant le trombone depuis très jeune, Fidel Fourneyron est exemplaire d’une génération de musiciens libérés des carcans esthétiques liés à leurs instruments, riches de multiples influences. En formation au Conservatoire de Paris de 2006 à 2010, il intègre en 2014 l’Orchestre National de Jazz alors dirigé par Olivier Benoit. Ses premiers enregistrements et collaborations reconnus datent de la même époque (Paul Lay Trio, Tweedle-Dee, Marc Ducret sextet…).

En 2015, Fidel Fourneyron enregistre chez Umlaut Records un concert pour trombone seul, High Fidelity. Remarquable résultat de plusieurs années de cheminement créatif aux côtés de son instrument, le disque entend créer un dialogue intime entre le musicien et l’auditeur. Une forme de conversation directe, frontale, sans ambages. Parce que le trombone a ceci de particulier qu’il est proche de la voix humaine. Ecouter High Fidelity, c’est donc presque écouter Fidel Fourneyron développer ses idées, c’est partager son intimité. La discussion va à l’essentiel de ce que la musique peut transmettre. Tout autre projet, en 2014, Fidel Fourneyron forme le trio Un Poco Loco avec le saxophoniste Geoffrey Gesser et le contrebassiste Sébastien Belliah. Sans révérence, avec respect et parfois fantaisie, les trois jazzmen improvisent à partir des standards de l’après-guerre, notamment Charlie Parker. Animal est un autre trio créé par le tromboniste, nonobstant une activité déjà riche. Accompagné de Sylvain Darrifourcq et de Joachim Florent, Fourneyron prend le thème du statut animal à bras le corps. Sorti en 2018 (ONJ Records/L’Autre Distribution), les chansons de l’album se nomment « Singe », « Baleine » ou « Souris ». La musique est vivante et joyeuse, adopte le point de vue de la bête pour quelques mesures. En plus d’être une douceur pour les oreilles, Animal est une singulière piqure de rappel sur notre conception des animaux.

Continuons l’exploration des mondes de Fidel Fourneyron, puisque celui-ci « coulisse » d’un univers musical à un autre avec brio. Le tour d’horizon de ses projets ne serait pas complet si l’on ne mentionnait pas Que Vola ?, réunion de quelques-uns des plus brillants jazzmen européens et de percussionnistes du groupe cubain Osain del Monte. Le 16 janvier dernier à La Coursive, le collectif, qui a sorti un disque en 2018 chez No Format !, apportait la chaleur cubaine en plein cœur de l’hiver rochelais. Avant l’étape charentaise-maritime, une première tournée avait eu lieu entre Paris et La Havane, l’année de la sortie de l’album. Fusion de styles, mélange opportun de parfums musicaux et de rythmes tantôt calmes tantôt fiévreux, il y a dans Que Vola ? un jeu de tension et d’équilibre qui, maintenu volontairement, nous tient en haleine. Les amateurs de rumba sont contentés autant que les amateurs de cadences moins soutenues. En effet, les percussions des trois membres d’Osain del Monte sont propices à toutes sortes d’inventions et d’improvisations. Sur scène, la dizaine de musiciens que compte le collectif a plaisir à jouer, et ce plaisir est contagieux. Difficile de rester immobile sur son siège. L’ensemble est une vraie réussite, jubilatoire, acclamé jusqu’outre-Atlantique. Le succès est au rendez-vous -à juste titre- et quelques dates sont prévues en France en 2020, dont une le 19 mars prochain au Rocher de Palmer, en métropole bordelaise. 

Enfin, dernière proposition de Fidel Fourneyron, La Chanson de Renart revisite le Roman de Renart, cet ensemble de récits animaliers médiévaux. Le tromboniste, compositeur et directeur artistique est ici accompagné de quelques artistes reconnus, notamment le metteur en scène et auteur Frédéric Révérend qui adapte le texte original, la chanteuse et performeuse franco-algérienne Dalila Khatir qui interprète avec grâce et drôlerie les vers d’antan, Vassilena Serafimova qui nous fait profiter de sa virtuosité aux percussions et marimba, et d’autres. N’oublions pas le chœur d’enfants (d’une école de Gradignan, en Gironde) qui répond avec une surprenante justesse aux sollicitations des adultes, professionnels de la scène. Les scénettes se succèdent, lyriques puis gaies, parlées puis chantées, et nous replongent en enfance sans avoir à verser dans la nostalgie mais avec, au contraire, une joie et une énergie qui contentent tous les spectateur.ice.s et auditeur.ice.s. En sortie publique le 13 février dernier après deux semaines de résidence à la Méca, Maison de l’Economie Créative et de la Culture en Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux, quartier Saint-Jean) qui regroupe trois agences régionales liées au spectacle vivant, cinéma, livre et art contemporain, le spectacle est déjà plus que présentable ! Quelques jours de travail à Tours au Petit Faucheux, en mars, permettront de mettre définitivement La Chanson de Renart sur les rails. Réjouissez-vous : le 3 avril prochain, c’est à La Coupe d’Or de Rochefort que Fourneyron et compagnie présentent leur spectacle ! 

Curieux et inventif, érudit et s’adressant à toutes et tous, le travail du tromboniste mérite que l’on s’y intéresse. Ce n’est pas le choix qui manque, tant ses propositions sont riches et variées.
Profitons-en ! » 

A écouter :

Paul Hubert

PROCHAINEMENT À LA COUPE D’OR : http://www.theatre-coupedor.com/spectacle/la-chanson-de-renart

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