« Le Petit Poucet », d’ombres et de marionnettes

JEUNE PUBLIC – Lors du premier rendez-vous Coursive/Coupe d’Or fut joué, après une visite mémorable du théâtre à l’italienne rochefortais, Le Petit Poucet, pièce jeune public et adaptation réussie de la Compagnie Le K dirigée par Simon Falguières. Un bonheur longuement applaudi par des drôles aux anges.

Sur la table de la cuisine, la mère donne naissance à six enfants. « Quesqueusonbo » se félicite  t-elle avec son mari.  Mais la naissance du septième fils vient quelque peu pertuber le bonheur familial.  Minuscule, tout gris et ne parlant pas, il semble « être né avec la pauvreté dans la bouche » à contrario de ses frères mis au monde une cuillère d’argent dans le gosier. On l’appellera alors Petit Poucet. Quand la famine vient cogner à la porte de la cuisine, les parents éplorés s’y prennent à deux fois pour perdre leurs enfants dans les bois. Le Petit Poucet guide alors ses frères vers la petite maison d’or et d’argent qui  brille au loin. C’est la maison de l’ogre mangeur d’enfants…

Pour sa première pièce jeune public, la Compagnie Le K, dirigée par Simon Falguières, choisit une adaptation du conte violent de Charles Perrault. Théâtre d’ombres, de marionnette et de jeu théâtral, Le Petit Poucet met les parents au centre de la mise en scène. Petites gens besogneuses à l’éducation limitée et au langage accidenté, l’histoire du couple résonne instantanément avec l’actuel chaos de notre monde ultra-libéral. Pauvreté, abandon, forêt souvent refuge des laissés-pour-compte de nos sociétés, appétit féroce des puissants : tout y est.  À l’image de leur chétif et dernier rejeton,  le couple célèbre la beauté humble du différent, du paria. Pureté qui paraît bien pâle face aux apparats des autres mais qui toujours à la fin triomphe.

©Xavier Tesson

Sur une table de bois, un monde merveilleux se construit et se déconstruit autour des deux parents qui se métamorphosent en deux ogres bouffons, captivant enfant comme adulte durant près de 50 minutes. Construite en deux parties – au sein du foyer des parents bucherons puis dans le palais glacé des Ogres – ce Petit Poucet, mis en scène par le normand Simon Falguières séduit par sa beauté visuelle, le jeu de Juliette Didtsch et Louis de Villers et son intransigeant travail sur la langue. Ainsi à la pauvreté sémantique des parents succède la luxuriance et fantaisiste faconde des Ogres : chez eux, on se repaît en plat principal d’ « une guerre d’orient » et en dessert d’« un pudding de tous les rêves des enfants malheureux. » La Compagnie Le K saisit alors dans toute sa subtilité les thèmes de l’abandon, du différent ou encore du pouvoir de l’imaginaire qui traversent Le Petit Poucet depuis bientôt 350 ans. À découvrir impérativement.

Cédric Chaory.

Visuel de Une: ©Xavier Tesson

Tournée : Espace culturel Beaumarchais (Marommes) mardi 19 mars 2019; Théâtre Édith Piaf (Bernay) mardi 26 mars 2019;  Saint Pair sur Mer jeudi 4 avril à 10h et 14h30.

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