Francofolies : Last night, a DJ …

MUSIQUE – Jour 2 des Francofolies de La Rochelle. Ou il y a du revival 80’s, du dancefloor en bord de mer et de la star planétaire qui peine à lâcher-prise.

Les filles kitsch

Jeudi, non loin de l’océan, Vendredi sur Mer, entre sur la salle Verdière. Un fauteuil coquillage blanc nacré encadré par deux musiciens, à chaque coin du proscenium, des micro-escaliers aux formes ovoïdes : voilà le terrain de jeu de Charline Mignot aka Vendredi sur Mer, ses deux danseurs et ses deux musiciens qui une heure durant vont interpréter les titres de l’album Premiers émois.

Sensation electro-pop tropicale depuis la parution de son EP Marée basse, la franco-suisse interpelle. Que penser de son univers ? La musique y est bonne (Lewis OfMan est aux manettes), les textes bien moins légers qui n’y paraissent, le décorum et les chorégraphies un chouia désuets (mais on a vu bien pire). En fait les élucubrations sentimentales de la demoiselle, leur mélancolie douce-amère, nous ramènent aux premiers titres de Mylène Farmer, le second degré en plus. En début de show (minimaliste), une voix off nous susurre « Prépare-toi à vivre l’amour dans une fraction de seconde », en milieu de spectacle Vendredi sur Mer, tout en suavité, en rajoute dans la proposition indécente et lance à son public : « Nous sommes en petit comité. Du coup, je me demandais : est-ce que cela vous dirait qu’on fasse tous l’amour ensemble ? ». Un mouais timide se fait entendre dans l’assemblée composée en grande partie de jeunes filles en fleurs et quelques autres carrément fanées. De ce concert d’après-midi, singulier, sensuel, parfaitement mené par la jeune artiste de 24 ans, on sort charmés. À la toute fin du concert, elle interprète Chewing Gum, son nouveau titre et sans doute son futur premier tube !

Sur le quai des Dames, la Scène de l’Horloge propose ce jour une programmation entièrement féminine. Corine en est « la tête d’affiche ». Chez elle aussi, il y a du second degré, du kitch, du eighties. Si Vendredi sur Mer nous fait penser à la fille de Mylène, Corine serait la cousine d’une Lio 2.0. Une Lio qui aurait définitivement abandonné le brun pour le blond platine car Corine c’est une tignasse péroxydée à la Bonnie Tyler. C’est aussi un ultra look composé d’un pantalon lamé gris taille haute, de créoles en forme de cœur, de talons de 12 paillettés mais que l’on ne s’y trompe pas c’est surtout un univers faussement ingénu emprunt d’humour et de liberté de ton car derrière le personnage fantasque, il y a un message : ce que c’est que d’être une femme, les différences, le fait d’être ensemble. Pas étonnant que les gays aient adopté cet italo-disco dès 2016 lors de la parution de Pourquoi Pourquoi ? Ils étaient d’ailleurs aux premières loges de la Scène de l’Horloge. Pourquoi pas ?

Le groupe cash

Dampa ©Olivier Drilhon

Vu également sur la Scène de l’Horloge le duo Dampa. Gagnant des Inouïs du Printemps de Bourges et du Prix Société Ricard Live Music 2019, le duo rochelais composé d’Angéline et Victor – respectivement 25 et 28 ans – impressionne avec à son style singulier, mélange d’influences hip-hop et électroniques. C’est un uppercut dans les oreilles, une déflagration sensorielle.  Suite à son live épuré donné à 15h sur le port de La Rochelle (chelou de voir cette paisible carte postale vibrer au son d’un trip-hop dopé à l’electro-trap … ), Dampa a investi, à la tombée de la nuit, la grande scène Jean-Louis Foulquier pour 10 minutes de rab’ avant que n’entre en scène Christine and The Queens. C’est sûr, dans moins de 6 mois, Dampa sera on the top of the world et ce sera largement mérité.

Christine, la reine imparfaite

Hocus Pocus
Synapson
Synapson
Deluxe

Ambiance dancefloor ce jeudi soir sur la scène Jean-Louis Foulquier avec Synapson et Deluxe.  Le duo Synapson, composé de Paul et Alex, chauffe une esplanade qui se remplit gentiment, avec son électro joyeuse et éclectique, épaulée par le sénégalais Lass (irrésistible Souba) et Christel Lakhdar. Le sextet aixois Deluxe, de retour aux Francos après 5 ans d’absence, poursuit le teasing, débarquant dans des costumes que Bootsy Collins n’aurait pas dénigrés. Son univers mâtiné d’accents hip-hop, soul, funk, et jazz s’accorde à merveille au groupe qui lui succède Hocus Pocus. Pour leur participation aux Francos, les Nantais ont invité sur scène C2C, Alltta et Parrad. Ça fait du monde, ça part dans tous les sens, ça sonne brouillon …

photo EIRL Olivier Drilhon

Du brouillon chez Christine and The Queens il n’y en a point. Tout est sous contrôle dans son show ultra-calibré à la Madonna. Attendue avec impatience par le public des Francos, Chris investit la scène à 23h10 pétante au son de Comme si on s’aimait. C’est parti pour une heure de spectacle pyrotechnique, de sons et lumières, de chorégraphies athlétiques. Et d’interprétation de haute volée. C’est quoi cette voix de ouf ? A capella ou accompagnée de son groupe, la chanteuse envoie ses textes avec une aisance déconcertante, et quand bien même elle vient d’exécuter une chorégraphie chiadée pendant 5 minutes. Au passage, elle nous fredonne du Luniz (inoxydable I got five on it), du Janet Jackson (Nasty) et même du Céline Dion (Pour que tu m’aimes encore). Grillé le public des Francos: tu connais par coeur le refrain troussé par Goldman.

D’un professionnalisme à toute épreuve, Christine and the Queens peine cependant à totalement séduire, et il est frustrant d’écrire cela. Il suffirait d’une once de lâcher-prise, d’un tout petit supplément d’âme, d’un grain de sable qui brise une mécanique bien rôdée depuis de longs mois de tournée, pour que le récital prenne une toute autre couleur. Ce genre de bémol est parfois formulé au sortir de concert de feu Michael Jackson, de Madonna ou encore d’une Mylène Farmer. Des géants de l’entertainment, des artistes bigger than life. Christine and The Queens est de cette trempe. C’est plus qu’une chanteuse, c’est une star. Personne n’est parfait.

Cédric Chaory

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