La Rochelle fête Hildebrandt

MUSIQUE – îLeL, le second album d’Hildebrandt, sort demain, soit 3 ans après le remarqué Les Animals. Enfant du pays, l’auteur-compositeur se voit offrir une fête de 3 jours dans la cité. Interview.

On vous avait quitté en 2016 avec Les Animals qui avait remporté le prestigieux Grand Prix Charles Cros. Au moment de se mettre à l’écriture du second album, ce genre de récompense met-il la pression ?

On se sent rassuré, en confiance, avec l’envie d’écrire la suite. Je crois que tous les artistes sont friands de reconnaissance – je le suis en tous les cas – parce que nous sommes toujours pétris de doute et là d’avoir la reconnaissance de ses pairs, de cette Académie qui existe depuis les années 40, je me suis dit : « bon bah voilà c’est vraiment mon métier ». Il faut savoir qu’ils sont nombreux dans cette Académie : la presse, des programmateurs, etc. Ils se mettent d’accord tous ensemble sur  des critères comme, j’imagine, la qualité de l’écriture, de la composition, du chant, du son. Il récompense un disque sur sa cohérence globale. Ils sont aussi désormais très attentifs de l’œuvre dans son époque. Bref le Grand Prix Charles Cros ce n’est pas rien…

îLeL sort donc demain. Il s’agît d’un bien étrange titre d’album qui mériterait une petite explication sémantique, non ?

J’ai toujours été fasciné par les dualités et encore plus cette fois. Il est question dans cet album du genre,  du masculin et féminin, du il ou elle, du il et elle … mais ce titre  a aussi une histoire un peu plus longue : il m’a été donné de partir sur des îles pour écrire et composer les chansons de l’album. En amont, j’ai fait une semaine de résidence dans une forêt en Lozère, puis une semaine sur l’île d’Oléron et enfin une semaine sur l’île d’Yeu. C’est au bout de cette troisième semaine, après avoir lu deux romans de Stevenson (Voyage avec un âne dans les Cévennes puis L’île au Trésor) que j’ai senti des dualités fortes dans ce que pouvait inspirer l’insularité dans l’imaginaire collectif, des dualités que je retrouve aussi en moi quand j’ai besoin de travailler. À savoir principalement le repli, l’isolement et l’ouverture. L’ile est un refuge, un abri mais aussi un formidable lieu d’ouverture. J’ai voulu par ce mot îLeL résumer l’isolement et l’évasion, le masculin et le féminin.

Après avoir exploré la dualité homme-animal dans votre premier album, vous explorez ici votre côté féminin. îLeL déconstruit les clichés et confond les genres. Une thématique d’actualité que vous saisissez au vol ou qui vous travaille depuis plus longtemps ?

Je ne l’ai pas toujours travaillée mais cette thématique est chez moi depuis très longtemps. Dans mon ancien groupe, j’avais une chanson qui s’appelait Mes dentelles où je parlais de comment privilégier mon aspect féminin pour faire mieux ressortir mon aspect masculin. J’ai aussi longtemps travaillé dans une compagnie de cirque où j’avais créé un clown très androgyne. Bien sûr je me suis laissé embarqué de manière inconsciente par les questions de l’actualité. Je ne peux y être hermétique. Personnellement je me rends compte aussi que je cultive de plus en plus des amitiés avec des femmes … est-ce l’âge, le fait d’être papa de deux petites filles ?

La forêt, des îles comme lieux-refuge d’écriture. Est-ce nécessaire pour vous cet isolement ?

Justement non ce n’est pas nécessaire et c’est car ce n’est pas nécessaire que j’ai trouvé intéressant de m’y rendre. Me confronter à cet isolement. Je peux vivre facilement dans une bulle, chez moi, avec ma famille mais là j’ai voulu aller ailleurs. Transporter ma bulle ailleurs. Cela m’a surtout apporté un rapport avec la nature que je ne connaissais pas et le fait d’être entièrement concentré sur l’écriture car coupé des contingences du quotidien. Après je ne veux pas déconstruire le discours romantique qui dit qu’on pourrait se sentir inspiré par un lieu, mais moi ça m’a fait ça un peu mais sans grande incidence sur ce que j’étais en train de composer.

Vous citiez l’influence de Stevenson mais il y aussi celle d’Aragon sur Vingt.

Oui via cette chanson très connue chantée par Jean Ferrat Que serais-je sans toi ? que j’ai entendue à la radio il y a peu. Moi qui a tendance à écrire des chanson un peu floues, qui aime enrober mes idées dans les mots pour que cela ne soit pas évident tout de suite, je me suis : « Tiens une chanson d’amour si frontale, au premier degré … qu’est-ce que cela donnerait si j’en écrivais une sur « Et si tu n’étais pas là ? » ». Je voulais de l’évidence dans cette chanson, dès la première écoute.

Ce qui est évident également dans îLeL c’est la présence de votre famille proche: vous chantez pour votre grand mère, votre femme et votre fille…

J’avoue n’avoir pas trop anticipé les choses mais cela m’est souvent arrivé d’écrire des chansons à des gens que j’aime. Là cela a été beaucoup le cas. Je questionne la féminité dans l’album donc ce n’est pas anodin que je dédie 3 chansons aux 3 femmes les plus importantes dans ma vie. Ma femme, à qui j’ai écrit déjà quelques chansons, a été particulièrement bouleversée par celle-ci. Concernant ma fille, c’est plus comme un jeu. Je lui avais aussi écrit quelques titres mais là après une discussion que nous avons eu ensemble, elle m’a confessé avoir envie que je lui écrive une chanson. Ce que j’ai fait en une après-midi. Quant à Emilienne, c’est un texte qui s’adresse à ma grand-mère. Je ne pensais pas le chanter … en fait il est surtout dédié à ma mère. Je l’ai écrit dans le train sur mon téléphone. Aussitôt je lui l’ai adressé et lui disant « Tiens c’est pour mémé ». Elle ne sait pas que la chanson est aussi sienne.

Deux artistes sont présents à vos côtés sur îLeL, et non des moindres : Kate Stables, chanteuse du groupe This Is the Kit et Albin de la Simone. Comment se sont déroulées ces rencontres artistiques ?

Je connaissais Kate comme chanteuse folk et j’ai redécouvert son travail un peu par hasard et en la réentendant, je me suis dit qu’elle était ma chanteuse préférée. En fouillant, je me suis rendu compte que nous avions plein de copains en commun. Je l’ai donc contactée assez naturellement. À peine rencontrée, elle était d’accord pour chanter sur la moitié de l’album. Nous avons un duo ensemble et elle intervient beaucoup sur les chœurs. J’adore son chant et sa personnalité, son rapport à la vie aussi.

Pour Albin de la Simone, cela s’est fait principalement par le biais du réalisateur de l’album Dominique Ledudal (réalisateur des premiers albums des Rita Mitsouko, des Innocents, des derniers Charles Trenet, de Vincent Delerm, Matthieu Boogaerts). Nous sommes très proches. Je voulais une femme au chant et un homme au piano pour les emmener sur les îles. Je n’ai pas pu les emmener sur les îles alors je les ai emmenés sur mon album. Pour le pianiste, Dominique a spontanément pensé à Albin avec qui il est très proche.

îLeL propose un univers sonore très divers : du post punk, des ballades, de l’electro rock… le tout dans un grande unité. Comment réussir cette alchimie ?

Encore une fois ce n’est pas prémédité mais assumé. En fait je fais vraiment selon mes envies. J’ai autant d’élans mélancoliques que d’envies de danse sur la table. Je compose avec tout cela. Ma priorité comme beaucoup d’artistes – et sans doute est-ce bête ce que je vais dire – c’est la sincérité et de m’amuser avec ce que je crée donc je n’hésite pas à me répéter sur certains choses et de varier les plaisirs. Il y a des chansons qui ressemblent à des titres que j’ai déjà écrit mais je m’en fous. Cela fait partie de moi. J’aime aussi avoir des énergies différentes, comme mes humeurs le sont au gré des jours.

Là vous êtes d’une humeur plutôt rouge si je m’en réfère à la pochette de l’album et au clip du premier single …

Ce rouge s’est vite imposé au moment où l’insularité et le titre de l’album îLel a émergé. J’ai voulu une couleur précise qui donnerait le ton à tout l’album. Je voulais une couleur qui puisse résumer une certaine idée de l’exotisme qu’on se fait sur les îles et surtout je voulais  rester près de mes préoccupations sur le corps, sur la vérité que le corps amène. Le rouge me paraissait évident : car c’est le sang, la vie, la lumière, le chaud. J’avais envie aussi  de cette couleur car elle est un brin provocatrice.

La Rochelle fête Hildebrandt … ça commence demain. Quel en est le programme ?

J’ai eu la chance que beaucoup de partenaires se mobilisent autour de la sortie de mon album. Au tout début se sont positionnés L’Horizon, le CNAR et La Sirène. Très vite se sont rajoutés Le Chantier des Francos et La Belle du Gabut. Main dans la main, on a bossé ensemble. Demain, il y aura un vernissage d’artistes de L’Horizon qui ont crée des oeuvres en fonction de mes chansons suivi d’un concert informel. Samedi il y aura deux balades poétiques dans le Gabut. J’y serai associé à un ami-comédien qui lira des textes en rapport avec les îles. En contrepoint je chanterai des chansons autour des îles. Le soir, je chante sur le pont du France 1. Il y aura quelques surprises … Et enfin le dimanche à 18h, le concert principal sera donné à La Belle du Gabut avec mon groupe.

Propos recueillis par Cédric Chaory

îLel – Hildebrandt (At(h)ome / Sony)

INFORMATIONS PRATIQUES : https://www.facebook.com/events/428483311075990/

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