La Rochelle Cinéma: it’s a mad world

CINÉMA – Une guerre mondiale, une apocalypse nucléaire, une cité qui va craquer … les films s’enchaînent à La Rochelle Cinéma et proposent une vision du monde ultra-anxiogène. Heureusement il y a Mylène Demongeot pour souffler quelques paillettes dorées sur la programmation.

Insoutenable chemin de croix

« On veut tous aider les autres, l’être humain est comme ça : on veut se faire du bien, pas se faire du mal, dans ce monde y a de la place pour tout le monde ». C’est sur cette déclaration humaniste (idéaliste ?) tirée du Dictateur de Chaplin que s’ouvre Le Déserteur, quatrième long-métrage du québécois Maxime Giroux (sortie nationale 21 août 2019) et ce sera bien la seule note optimiste du film.

Parcours initiatique, Le Déserteur nous conte le chemin de croix d’un Canadien en train de fuir une guerre (aux Etats-Unis) qui fait rage alors qu’il vient de remporter un concours d’imitation de Charlie Chaplin. Dans son échappée, le héros Philippe (magnétique Martin Dubreuil) rencontre tout ce que l’humanité compte de plus vil (les « méchants » sont interprétés entre autres par Redah Kateb, Sarah Gadon ou un Romain Duris à contre-emploi) et de plus opprimé (Soko dans un rôle de captive réduite à faire littéralement le chien !)

Sans repères spatiaux-temporels le film, Le Déserteur, possible dystopie d’inspiration biblique évidente, n’en pose pas moins un constat implacable sur notre monde actuel qui court à sa perte et pose en filigrane cette question : comment survivre au coeur d’un pays (les USA de Trump), d’un monde dont la folie gagne du terrain ?

Avec sa succession d’insoutenables visions de la guerre, pareilles à des images d’archives en noir et blanc, et de scènes narratives aux éclatants sépias, Le Déserteur, constat implacable sur les ravages du capitalisme, propose un cauchemar cinématographique très éprouvant. Et ce ne sont pas les grands espaces du Nevada magnifiés par la sublime photographie de Sarah Mishara qui laisseront du répit au spectateur : ceux de La Rochelle Cinéma sont sortis de la séance rincés, dubitatifs face ce film glaçant. Âmes sensibles s’abstenir.

Jusqu’ici tout allait bien

Récompensé du Prix du Jury au Festival de Cannes 2019, Les Misérables, premier long métrage – choc de Ladj Ly, a fait salle comble à La Coursive dimanche soir. Adapté d’un court-métrage éponyme nommé aux César en 2018, le film dépeint avec réalisme et authenticité une bavure policière en banlieue. Le pitch : alors qu’il est interpellé pour avoir volé un lionceau aux “gitans” du cirque voisin, un jeune garçon est la cible d’un tir de flash-ball par un membre de la BAC. La scène, filmée par hasard par le drone d’un jeune de la cité, va avoir des conséquences désastreuses pour tous.

De l’aveu de son réalisateur, ce film est un vrai cri d’alarme à l’adresse du président Macron pour qu’une bonne fois pour toute son « Plan Banlieue » propose de vraies solutions. Sans angélisme, ni préjugé, Ladj Ly filme le quotidien pourri de la banlieue de Montfermeil (Victor Hugo s’inspirait déjà de la commune de 9-3 pour y écrire son chef d’œuvre Les Misérables) où gamins des HLM et flics-cowboy dépassés par la réalité des cités « jouent » dramatiquement au western. Loin de son grand frère La Haine, film anti-flic de Mathieu Kassovitz sorti en 1995, Les Misérables trouve ses origines dans Détroit de Katryn Bigelow ou encore l’excellente série américaine The Wire.

Avec son incroyable maîtrise de la mise en scène, Les Misérables vous prend aux tripes dès ses premières images filmées dans un Paris en liesse lors de la victoire de la Coupe du Monde de foot 2018 jusqu’à ce fondu au noir final sur un adolescent, cocktail molotov à la main. Âmes sensibles s’abstenir … encore une fois. Dans les salles le 20 novembre 2019.

Docteur Folamour, l’impeccable satire de Kubrick

Sorti en 1964, Docteur Folamour traite d’un sujet brûlant : la possibilité d’un holocauste nucléaire … et 55 ans plus tard le sujet semble plus que jamais d’actualité dans ce monde où incompétence des politiciens de tout bord et absurdité criminelle des projets et des réalisations des complexes militaro-industriels n’ont pas pris une ride. #Trump, #CoréeduNord, #Iran …

Adapté d’un roman de Peter George intitulé Red Alert, le 7ème film de Kubrick (sur une filmographie qui en compte 13), est un diamant tranchant et sombre, à l’humour désespéré. Il est vrai que Kubrick n’a jamais eu un regard très optimiste sur son contemporain. Hilarant que ce Folamour (d’ailleurs jusqu’à son titre original Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb,  réussissant ce tour de force d’éviter tous les écueils du film à thèse grâce à une mise en scène millimétrée et un script d’une rare intelligence. Sorti en pleine guerre froide, le film raconte comment le gouvernement américain tente d’éviter une crise mondiale alors qu’un général paranoïaque, Jack D. Ripper (en français Jack l’Éventreur), déclenche une guerre nucléaire contre l’URSS. Le Docteur Folamour est appelé à la rescousse pour éviter la destruction de la planète.

Le personnage du savant fou est interprété par l’ IMMENSE Peter Sellers, qui joue également le rôle du président des États-Unis et d’un flegmatique général britannique. Le film lui doit bon nombre de ses éclats de rires. Utilisant la folie comique pour dénoncer les absurdités de la guerre, ce virtuose Docteur Folamour n’aura fait que très peu d’émules dans l’histoire du cinéma US : M.A.S.H, Good Morning Vietnam ou bien plus modestement Tonnerres sous les tropiques auront réussi eux aussi à combiner film de guerre et rires quant toute une ribambelle de films de guerre plombant à la Oliver Stone ont pullulé sur les écrans. N’est pas Stanley qui veut !

©Joel Saget

Ex-fan des sixties

De son idole de jeunesse, Dominique Besnehard a tiré un documentaire Mylène Demongeot, la Milady du cinéma français que la star présente, non sans émotion, ce mardi. : « Je suis très touchée d’être ici à La Rochelle pour commenter ce documentaire qu’a réalisé ce grand amoureux des actrices. Il a souhaité réaliser ce documentaire sur moi car il a toujours été intrigué par mon parcours. Celui d’une star du cinéma qui met en parenthèse sa carrière pour se consacrer à son époux. » Ce moyen-métrage, elle ne souhaitera cependant pas le visionner à nouveau : « Je la connais ma vie. Nous en parlerons ensemble, lors de la rencontre publique autour de Louis de Funès. » adresse t-elle aux nombreux spectateurs dans la salle.

C’est par une Mylène débutante que le film s’ouvre. Une archive où l’intervieweur lui fait remarquer : « Depuis 2 ans, vous êtes une vraie vedette et il semblerait que vous soyez toujours accessible, toujours aussi naturelle … ». Mylène éclate alors de rire : « Pourquoi aurais-je du changer ? Je suis moi, je reste moi ! »

Entremêlant vidéos d’époque et entretiens d’aujourd’hui avec la comédienne, le producteur Besnehard tisse le portrait d’une Mylène bonne vivante, toujours en décalage avec ce qu’elle représente, avec ce que le star-system aurait aimé lui imposer. Elle, que l’on disait rivale n°1 de Brigitte Bardot, « poupée blonde » au regard franc et intelligent, comédienne au jeu vif et pluriel, aura connu une carrière originale parsemée d’éclipses et de moments de gloire. Fantômas, Camping … L’image de Mylène Demongeot est associée à des comédies chères au cœur du public français. Le parcours de l’actrice française ne peut pourtant se résumer à ces deux films. La restauration récente de l’adaptation de Jean-Paul Sartre de la pièce d’Arthur Miller, Les Sorcières de Salem par la maison Pathé nous le rappelle. Et le documentaire surtout. De Sois belle et tais-toi d’Yves Allégret, aux côtés de Jean-Paul Belmondo et d’Alain Delon encore débutants, au 36, quai des Orfèvres en passant par Les trois mousquetaires de Borderie …

Sans fard, l’actrice jette un regard sur sa vie personnelle et professionnelle, l’une n’allant jamais sans l’autre, et verse quelques larmes sur cette vie qui ne l’a pas épargnée. Indéfectible optimiste elle enjoint surtout le spectateur à savourer le présent. « Le passé vous n’y pouvez plus rien, le futur vous n’en savez rien, alors profitez du temps présent ! »

Cédric Chaory

Visuel de Une tiré des Misérables de Ladj Ly.

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