Francofolies : La majesté de Camélia, l’énergie de Gaëtan

MUSIQUE – Les Francofolies ont débuté hier et sur les chapeaux de roues avec une affiche des plus classieuses. Entre découverte (Chine Laroche), confirmation (Radio Elvis, Camélia Jordana) et têtes d’affiche (-M-, Gaetan Roussel), les talents ont irradié les scènes du festival.

Premiers concerts, premières Francos

Mercredi 10 juillet, 16h. Premiers concerts de cette 35ème édition des Francos pour le public rochelais mais aussi pour les artistes présents sur la scène Verdière. C’est à Chine Laroche qu’il incombe d’inaugurer le festival, elle qui, il y a tout juste un an, débutait un coaching au Chantier des Francos, pouponnière locale des talents les plus prometteurs de l’Hexagone. Traqueuse, forcément Chine l’est mais tellement heureuse d’interpréter les titres d’Outsider son dernier EP paru en avril dernier, qu’elle définit ainsi « Outsider exprime cette sensation de se sentir en dehors, du monde, des gens, du système.. Je parle d’une relation personnelle intense mais borderline, à la fois pleine de passion mais empreinte d’un néant inévitable. » 

Avec des compos aux croisements de la black music, de l’électro et de la trap, l’univers de Chine Laroche propose une musique atmosphérique non dénuée de grâce. De sa maîtrise du chanté/parlé, l’artiste bifurque vers un chanté/orgasmé quelque peu décontenançant et qui pourrait lasser. Ultra-léché, le son live présente une large et subtile palette qui n’empêche cependant un petit ronronnement … surtout au regard de l’artiste qui succède à la jeune parisienne : la solaire Camélia Jordana.

©DR

Depuis déjà 10 ans, elle trace sa route, sans encombre, Camélia. Preuves en sont ses 3 albums de « chanson française moderne » signés de – excuser du peu – Babx, Mathieu Boggaerts, Laurent Bardainne, Poni Hoax ou encore Dorian. LOST, paru en novembre dernier, a ébloui par sa radicalité musicale et par son contenu hautement politique. Et voir Camélia Jordana l’interpréter sur scène est une claque monumentale. Nouvelle Star Camélia ne le sera jamais et c’est tant mieux car elle est bien plus que cela : c’est une artiste complète et accomplie. À l’aise sur scène, elle enjoint, en douceur et humour, le public à sortir de sa torpeur (il est 16h30 et les nappes electros de Chine Laroche l’a quelque peu anesthésié). En lui demandant de reprendre les chœurs mais surtout en lui envoyant, sans ambages, ses expérimentations vocales en anglais, français et arabe, Camélia Jordana parvient à ambiancer la salle. Il faut dire que LOST est un brûlot: « Ce disque est le miroir de ce que j’ai vécu ces quatre dernières années. En tant que jeune, femme, française, parisienne, d’origine maghrébine. J’ai vécu autant de bonheurs que d’horreurs » explique l’artiste. Mélange d’électro, de blues électrifié et de musiques traditionnelles LOST, sans conteste un des albums les plus originaux de l’an passé, est largement revisité durant le set, un Gwen Stefani (Rich Girl) venant se glisser dans la liste tout comme un ancien titre J’aime l’orage. Parce qu’elle a réussi à transformer sa colère en art, en or, Camélia répond une ultime fois à ses haters (fachos de base qui squattent la toile) en entonnant une Marseillaise dans une version hallucinée de toute beauté. Il est 17h30, le public est totalement réveillé. Les Francos commencent sous les meilleurs auspices.

À 18h, au Patio des Francos se pressent édiles et politiques. L’heure est venue d’inaugurer le festival avec force chiffre (35 ans, 500 artistes à La Rochelle pendant 5 jours et autant d’employés pour faire tourner la machine, 60% d’artistes émergents dans la programmation, etc. etc.) sans oublier remerciements et punchline du type festival éco-responsable. Avec sa gouaille légendaire, Gérard Pont offre la parole aux élus faisant fi du protocole relou qui consiste à passer d’abord la parole à l’élu Machin, puis à l’élu Truc. L’ambiance est détendue, le ciel se voile, la Scène Foulquier s’anime.

Elvis, Gaëtan, Angèle … On vous M

Pierre Guénard de Radio Elvis

Déjà cinq participations aux Francofolies pour le trio Radio Elvis dont trois Scène Foulquier. Tous juste revenu de Paris où les jeunes gens modernes ont joué devant les 15 000 spectateurs du Fnac Live, Radio Elvis ouvre (vraiment) les Francos 2019 avec leur rock dandy, lettré en diable. « On est un groupe de chanson habillé en rockeurs » déclarait récemment le trio dans les médias. Il y a de cela car ici le texte prime autant que la musique. Les paroles sombres, le son électro-rock chauffent à blanc le public venu nombreux. Ces garçons-là, New-York, 23 minutes … les titres s’enchaînent et Pierre Guénard ne s’économise pas, se gardant pour la toute fin du set un titre qui emporte tout sur son passage : Les Moissons dans une version très électrique.

La pression monte d’un cran avec Gaëtan Roussel. Avec ses chansons évidentes, sorte de comptines vénéneuses, l’artiste s’est taillé une carrière XXL. Louise Attaque bien sûr mais aussi Tarmac, le Bleu Pétrole de Bashung et des dizaines d’autres pépites signées pour le gratin de la chanson française. Sur scène, Gaëtan fait défiler ses tubes regardant dans le rétroviseur de droite (Ton invitation, Léa), de gauche (Help Myself), piochant également dans son répertoire plus récent : J’entends des voix, Eolienne … Chauffeur de public hors-pair (les bras en l’air, les mains qui frappent, les voix qui reprennent en chœur), Gaëtan Roussel ralentit la cadence avec une reprise d’Il y a, bijou qu’il a taillé en 2010 pour Mademoiselle Vanessa Paradis. Un ange passe.

La Miss Paradis est d’ailleurs très présente ce soir : un peu plus tard dans la nuit, ce sera -M- qui reprendra La Seine.

Seule femme de la soirée, Angèle a fait péter la brassière flashy  et le baggy, histoire d’affirmer un peu plus fort le girl-power. L’année dernière, sur la Scène Verdière, elle avait impressionné le public. Un public essentiellement ado, entièrement acquis à sa cause alors qu’elle venait de signer 2 tubes. Depuis, en 365 jours, Angèle est devenue un phénomène. Son album Brol est un carton et ses singles sont diffusés jusqu’à l’overdose en radio. Ce soir, l’énergie communicative d’Angèle retourne littéralement le public. Swag, fraîcheur, belge attitude, l’idole des jeunes 2.0 a tout pour elle.

Arthur Ely, la jeune pousse de la soirée. Un talent à suivre …

Enfin -M-, tête d’affiche de la soirée, a offert un show parfait comme lui seul sait le faire. Seul avec des robots musicaux programmés en direct pour décliner son dernier album Lettre infinie, Matthieu Chédid en profite pour revisiter les classiques : Je dis M, Qui de nous deux, Mama Sam« Je suis tellement heureux d’être présent à La Rochelle. Les Francofolies c’est ma famille, c’est Jean-Louis Foulquier, c’est mon père … » lance l’artiste au public. Un peu plus tard, il ose descendre dans la fosse, pour y jouer de la guitare. Le bain de foule est houleux mais les notes tiennent bon la marée humaine …Au moment d’entonner son dernier hit Superchéri, l’auditoire tangue méchamment. Affichant complète cette soirée d’ouverture est pleine comme un œuf et les évanouissements s’enchaînent les uns après les autres, aussi vite que les changements de costumes et d’accessoires de Matthieu.

Minuit approche, quelques corps lâchent, des voix se brisent, des mains s’échauffent à force d’applaudissements. La première soirée des Francofolies 2019 se termine. Il est temps d’aller dormir (ou pas).

Cédric Chaory.

PS: il ne fut pas autorisé aux Chroniquesdalienor de photographier Angèle et -M-

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