« Farandole de solitudes »: Danser et puis mourir.

DANSE – Regard sur « Farandole de solitudes » d’Alice Kinh. Première création de la jeune chorégraphe native d’Angoulins qui sera dévoilée fin mars 2020 à L’Horizon.

Quatre femmes s’extraient lentement de la pénombre. Accrochées les unes aux autres par la taille comme pour faire bloc, elles tournoient, progressant dans un inconnu qui les happe. Où vont-elles ? Le public le devine. Il le sent plutôt, instinctivement. L’heure du grand voyage a sonné pour elles. Ensemble et pourtant seules face à leurs peurs de l’au-delà, elles parviendront au bon port. Avaient-elles d’autre choix ?

Auteur d’un mémoire sur les danses macabres (Danser la mort – Une approche chorégraphique), la jeune chorégraphe rochelaise Alice Kinh présentait le vendredi 17 mai à L’Horizon une sortie de résidence de Farandole de solitudes, sa première création. Inspiration des danses macabres des XVème et XVIème siècles, cette pièce nous parle de la mort mais surtout de la vie qui reste en filigrane dans la mort. Sans tabou aucun.

©Emilie Léveillé

Pièce sur l’acceptation de notre propre finitude, Farandole de solitudes nous questionne sur la vie comme une quête de l’être, du temps et de l’amour. Sur l’acceptation de la mort aussi : la sienne et celle d’autrui. « J’ai envie de proposer une lecture plus contemporaine et actuelle de notre préparation à la mort. Afin de dépasser un contexte profondément morbide et pessimiste, il me semble important de mettre en scène la solitude, la fête et le lien. Quelle relation la danse tisse-t-elle avec la mort, le mort, la figure du mort ? Quelle métamorphose pour exister et pour mourir ? » s’interroge la chorégraphe.

Au plateau, la métamorphose est palpable dans ces corps qui s’affranchissent lentement, au fur et mesure que la musique évanescente du duo Grand Soir va crescendo. Tour à tour masse verticale de corps  inquiets puis individualité électrique, les danseuses (Léa Bonnaud, Salomé Genès, Charlotte Leroy, Aude Westphal) incarnent avec justesse ce plongeon qu’est le passage vers la mort. Pour atteindre la plénitude éternelle, les bras levés vers le ciel.

Les trois premiers quarts d’heure de Farandole de solitudes – formidablement bien éclairée par Jérôme Bertin – laisse entrevoir une création aussi puissante que délicate. Gageons que la scénographie qu’on annonce faîte d’installation végétale et de bois, manquante lors de cette sortie de résidence et signée de Cendrine Lassalle Jean-Michel Vermersch ajoutera un tout autre relief à ce premier effort chorégraphique prometteur.

Cédric Chaory.

Première le 27 mars 2020 – L’horizon (La Rochelle) ; 1er avril 2020 L’ECLA (St Vallier)

PLUS D’INFORMATIONS : http://alicekinh.com/, https://www.facebook.com/grandsoir.club/

Visuel de Une : ©Emilie Léveillé.

Projet soutenu par OARA, département Charente maritime, Spedidam, Ulule, Caisse des dépôts.

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