La Danse des Shetani de George Lilanga

EXPOSITION – La Ville de La Rochelle accueille l’exposition La Danse des Shetani  de George Lilanga du 6 juillet au 1er septembre 2019 à La Chapelle des Dames Blanches. Une magnifique collection privée de tableaux et sculptures de l’artiste présentées sous le commissariat d’Eric Girard-Miclet.

L’exposition La Danse des shetani, présentée à la Chapelle des Dames Blanches de La Rochelle, reconstitue l’univers de George Lilanga dans toute la diversité des techniques, supports et formats de son travail. Grandes toiles, panneaux d’isorel peints, dessins, encres sur peau de chèvre et sculptures, en tout une cinquantaine d’œuvres des dernières années de la vie de l’artiste, pour une immersion dans un cosmos en technicolor, énergique et joyeux. 

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George Lilanga est un artiste majeur de l’art contemporain africain. Partant de la culture Makondé dont il était issu, celui que l’on nomme parfois le « Picasso d’Afrique », en a repris les légendes et croyances mais en les insérant dans une cosmogonie personnelle et profondément novatrice. 

Sculpteur, peintre et graveur, chez lui, tout tourne autour des « shetani », petits démons ancestraux et terrifiants de la mythologie Makondé qu’il métamorphosa en personnages graphiques et facétieux, singeant à l’envie les humains. Ses peintures et dessins où les shetani s’agitent dans un univers très coloré rempli d’ornements abstraits, nous embarquent dans un monde où se mêlent fureur et joie de vivre, image du théâtre de la vie africaine. Toujours en équilibre entre sortilèges et vie quotidienne, entre tradition et modernité, intensément Makondé mais observateur attentif du présent, Lilanga a lancé ses shetani à l’assaut de l’art contemporain en imaginant un pop art exubérant et jouissif. 

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Outre la comparaison avec Picasso, on a parlé de Jean Dubuffet et d’art brut, mais plus encore de Keith Haring, qui aurait déclaré avoir trouvé la formule de ses petits humanoïdes en voyant, à New York, des dessins de Lilanga. En 1993, à Tokyo, une exposition confrontait d’ailleurs des œuvres de Haring et Lilanga. Remontant le temps, on pourrait également évoquer Breughel et ses scènes de kermesses joyeuses et débridées. Lilanga n’a-t-il pas souvent dit qu’il ne créait que quand il était heureux ? A l’image de sa peinture dynamique et de ses figurines, à la fois sympathiques et espiègles, prises d’une sorte de folie contagieuse. 

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George Lilanga est né en 1934 près de Masasi, dans la région de Mtwara, au sud de la Tanzanie. Enfant, il passe les épreuves du jando, rite d’initiation des jeunes garçons Makondés. Adolescent, comme beaucoup de Makondés, il apprend à sculpter et commence, dans les années 60, à vendre ses pièces aux européens travaillant dans le camp de réfugiés de Lutamba, à la frontière avec le Mozambique, pays alors en pleine guerre d’indépendance. 

En 1971, son oncle, Agostino Malaba, lui-même sculpteur, le fait venir à Dar-es-Salaam et l’emploie comme assistant. En 1973, il rejoint la Maison des Arts (Nyumba ya Sanaa). Dans le cadre de cette coopérative ainsi que lors d’un séjour auprès des peintres Tingatinga, il s’initie à la peinture, la gravure et la lithographie. Dans les années qui suivirent, il se consacrera presque exclusivement à la peinture. Son style s’affirme : il imagine un univers coloré puisant à la fois dans la cosmogonie Makondé et dans le quotidien des humains. 

En 1974, quelques-unes de ses œuvres sont présentées au National Museum de Dar-es-Salaam. En 1977, il est invité pour une exposition au Maryknoll Centre (Ossining – New York). Durant son séjour, il vend ses dessins et gravures mais surtout, découvre Guernica, alors au MOMA, œuvre dont il ne cessera tout au long de sa vie de collectionner les reproductions. L’année suivante, il participe à une exposition de groupe à Washington (IMF Hall – World Bank), inaugurant une longue série d’expositions en Afrique, Europe, Asie et aux États-Unis. George Lilanga fut un des tout premiers artistes africains à acquérir une renommée internationale. 

L’exposition Les Magiciens de la terre en 1989 à Paris, va orienter le regard vers des cultures et des productions artistiques jusque-là ignorées, voire méprisées. L’art contemporain se mondialise. Les œuvres de Lilanga entrent alors dans les musées et les collections privées (Jean Pigozzi, Fabbrica Sarenco, Saatchi, Hamburg Mawingu Collection). Au début des années 90, Lilanga commence à peindre sur des formats de plus en plus grands et revient à la sculpture qu’il recouvre de couleurs vives, unifiant ainsi les deux techniques en une seule vision. Souffrant de diabète, il fonde un atelier réunissant plusieurs peintres et sculpteurs travaillant sous ses ordres. En 2000, son diabÈte s’aggravant, il est amputé des jambes. Malgré cette épreuve, son désir de créer reste intact et, quelques mois après sa sortie de l’hôpital, il signale son retour en présentant une soixantaine d’œuvres à lAlliance française de Dar-es-Salaam, première exposition d’envergure dans son pays. Hospitalisé de nouveau, il meurt le 27 juin 2005. 

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INFORMATIONS PRATIQUES : La Danse des Shetani de George Lilanga Chapelle des Dames Blanches – 23 Quai Maubec – 17000 La Rochelle – Entrée libre les mercredis et samedis de 10h30 à 12h30 et du mercredi au dimanche de 15h00 à 19h00.

Vernissage de l’exposition : vendredi 5 juillet à partir de 18h.

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