La danse comme une communion

DANSE – Dernière pièce chorégraphique de la saison pour La Coursive, Let’s Folk impressionne par son intelligence. Populaire et sensible, subtile et évidente, la création de Marion Muzac fascine d’entrée et vous tient en haleine jusqu’à la fin. Voilà une chorégraphe qu’il faudra impérativement suivre dans le futur.

Décidément Marion Muzac n’a pas son pareil pour raconter la danse, son histoire et ses formes, par le seul plaisir de danser. Après Le Sucre du printemps – signé avec Rachel Garcia – et ses enfants réinventant Le Sacre du printemps de Stravinsky et Nijinsky, après son remarqué Ladies First dans lequel des jeunes filles rendaient un hommage plein d’entrain aux chorégraphes pionnières du siècle dernier, la chorégraphe toulousaine – par ailleurs artiste associée de La Coursive – fait vaciller la séparation scène-salle en lançant une invitation aux spectateurs de Let’s Folk ! 

Folk pour populaire, folk comme cette musique qui émerge au début du 20ème siècle pour connaître son apogée dans les années 60 avec force fleurs dans les cheveux, effluve de patchouli et guitare en bandoulière.

Dès l’entrée en salle (sur la scène Verdière), Let’s Folk donne le ton. La pièce sera communion, vivre-ensemble. Les spectateurs sont en effet invités à se lover sur des coussins pour former un grand cercle. Au sol de ce qui est le plateau de Let’s Folk, des entrelacs peints dans un mélange d’eau et de craie comme d’envoûtantes volutes. Quatre danseurs épars s’y animent après une brève introduction tout en chant … contrarié. Contrarié car un homme s’amuse à faire vibrer plus que de raison la puissante et belle voix d’Aimée-Rose Rich en lui tapotant sur son corps. L’effet est plaisant.

Baskets aux pieds et fringues casual, les interprètes reprennent des pas emblématiques de danses populaires anciennes et récentes, de France et d’ailleurs, leur conférant aussitôt une couleur très contemporaine tout en révélant la beauté du geste. Avec ses rondes simples ou savantes (c’est selon), ses frappes de pieds au sol et ses bras qui s’élancent vers le ciel pour mieux le convoquer Let’s Folk interroge la danse comme pratique collective et sociale, comme un de ces moments de partage qui a fondé l’Humanité. Et distille un je ne sais de quoi de plénitude. Les divines voix du duo Jell-oO y sont pour beaucoup. Johanna Luz, accompagnée de son yukulélé, et Vincent Barrau de sa guitare s’accordent parfaitement à la micro-communauté dansante. Communauté d’ailleurs rejointe par une dizaine de danseurs amateurs et pré-professionnels (de l’Atlantique Ballet Contemporain) et qui achève d’étaler-effacer les entrelacs peints au sol dans un final énergique, comme libérateur. Pour un peu on rejoindrait cette foule guilleret pour exécuter ce pas tout simple qu’elle a répété la veille avec la chorégraphe et qui ouvre déjà Let’s Folk.

Une fois le plateau vide et maculé de trainées blanches, on pense aux pelouses piétinées-ravagées de ces bals de juillet, ces fêtes de Saint-Jean de nos campagnes d’antan. On se remémore ces moments de danse partagée qu’on attendait impatiemment enfant. Danses à vivre et musiques à partager tel est le sous-titre bien senti de Let’s Folk. Et à partager sans modération, ça va sans dire.

Cédric Chaory

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