Kader Attou, chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur

NOMINATION – Tout vient à point qui sait attendre. Son nom du avait été proposé en 2015, il aura fallu attendre 4 ans à Kader Attou pour recevoir officiellement la décoration. Le samedi 9 novembre, quasi en même temps que l’ouverture de la 4ème édition de son festival Shake La Rochelle, Kader devient Chevalier !

Il aura attendu un peu plus de quatre ans avant d’être officiellement élevé au rang de chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur. Kader Attou, directeur du Centre chorégraphique national de La Rochelle, a été distingué samedi 9 novembre à La Rochelle. Le décès brutal de Jean Castarède, ancien président du CCN rochelais ayant en effet retardé la remise de la distinction.

Poursuivant ses projets au sein du CCN, le chorégraphe a en parallèle recherché une autre personne pour lui remettre la médaille. Et c’est en la personne de Jacques Toubon, ancien ministre de la Justice et actuel Défenseur des droits, qui l’a trouvé !

C’est à ses parents qu’il a dédié cette récompense. Fils d’immigré né en France en 1974, il en parle ainsi : « J’ai grandi dans une double culture et cela n’a jamais été un frein pour moi (…) Cette médaille est d’abord pour eux. Ils ont fait le maximum pour s’intégrer dans un pays qu’ils ne connaissaient pas. »

@JeanCharlesCouty

Du collectif d’artistes des débuts à l’émergence de chorégraphes singuliers, le travail de Kader Attou se caractérise par une grande ouverture : ouverture au monde grâce à des voyages conçus comme autant de moments de partage, ouverture vers d’autres formes artistiques, vers d’autres courants.

Dès 1989, dans la fièvre de la découverte de la breakdance et avec les premiers spectacles d’Accrorap, naît le désir d’approfondir la question du sens et de développer une démarche artistique. Athina, en 1994, marque les grands débuts d’Accrorap sur la scène de la Biennale de la danse de Lyon. Créée en 1996 Kelkemo, hommage aux enfants de réfugiés bosniaques et croates, est le fruit d’une expérience très forte dans des camps à Zagreb en 1994 et 1995. Dans Prière pour un fou (1999), pièce charnière de son univers chorégraphique, il tente de renouer le dialogue que le drame algérien rend à cette période de plus en plus douloureusement improbable. Kader Attou se donne ensuite la liberté d’inventer une danse riche et humaine avec Anokha (2000), au croisement du hip hop et de la danse indienne, de l’Orient et de l’Occident. Cette pièce donne à la danse hip hop une dimension spirituelle. Pourquoi pas (2002), pièce qui aborde un univers fait de poésie et de légèreté, est composée de saynètes où se côtoient performance, émotion, musicalité. Douar (2003), conçu dans le cadre de l’année de l’Algérie en France, interroge les problématiques de l’exil, de l’ennui, écho des préoccupations de la jeunesse des quartiers de France et d’Algérie. Les corps étrangers (2006), projet international – France, Inde, Brésil, Algérie, Côte d’Ivoire – évoque la condition humaine et cherche les points de rencontres possibles entre cultures et esthétiques, pour construire avec la danse un espace de dialogue qui puisse questionner l’avenir. Petites histoires.com (2008) obtient un succès critique et public et raconte une France populaire, avec de la simplicité, de la légèreté, tout en gardant un propos engagé et sensible.
Au mois de septembre de la même année, Kader Attou est nommé Directeur du Centre Chorégraphique National de La Rochelle / Poitou-Charentes, devenant ainsi le premier chorégraphe hip hop nommé à la tête d’un telle institution.

Trio (?) (2010) renoue avec l’univers du cirque, tout en légèreté et poésie. Symfonia Piésni Załosnych (2010) s’attache à l’intégralité de la Symphonie n°3 dite des Chants plaintifs, du grand compositeur polonais Henryk Mikołaj Górecki. Cette création en explore l’ensemble des aspects compositionnels et sensibles, se laisse transporter par la voix, traverser par la force mélodique et s’unit au message d’espoir.

En 2013, Kader Attou revient aux sources du hip hop, à ses premières sensations : The Roots est une aventure humaine, un voyage, un grand plongeon dans son univers poétique. Onze danseurs hip hop d’excellence en sont les interprètes, ils créent un groupe en totale symbiose.

Créée en aout 2014 pour la 10ème édition des Nuits Romanes en Poitou-Charentes, Un break à Mozart, née de la rencontre du CCN de La Rochelle et de l’Orchestre des Champs-Elysées, se pose en véritable dialogue entre danse d’aujourd’hui et musique des Lumières avec comme œuvre musicale directrice : le Requiem de Mozart.

En septembre 2014 à l’occasion de la Biennale de Lyon, Kader Attou crée OPUS 14 pour seize danseurs, hommes et femmes, qui allient puissance, altérité, engagement, poétique des corps en une pièce fondamentalement hip hop.

Sur le socle de Un break à MozartUn break à Mozart 1.1 – nouvelle création de Kader Attou pour 11 danseurs et 10 musiciens de l’Orchestre des Champs-Elysées – est donnée en première en 5 novembre 2016 à La Coursive Scène Nationale de La Rochelle dans le cadre de Shake La Rochelle ! première édition du Festival hip hop du CCN.

L’année suivante et pour la deuxième édition du Shake La Rochelle, Allegria, sa dernière création pour 8 danseurs est présentée en première à La Coursive. Avec Allegrial’idée initiale pour Kader Attou est « de chercher la poésie partout où elle se trouve, dans les corps des danseurs, dans le burlesque mais aussi dans la violence du monde. J’aime raconter avec légèreté ce qui se passe de grave dans le monde ».

Kader Attou retrouve Mourad Merzouki pour une création commune : Danser Casa, donnée en première à Casablanca en avril 2018, une pièce pour 8 danseurs marocains (une femme et sept hommes).

En 2018 également, Triple Bill, projet de coopération franco-japonaise autour de la danse hip hop, un triptyque réunissant Jann Gallois avec Reverse, les Tokyo Gegegay et Kader Attou qui crée YOSO (Élements), pièce pour 5 danseurs japonais. Une version Double Bill tournera en 2019 avec les créations de Jann Gallois et de Kader Attou.

 Visuel de Une :@Jean Charles Couty

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