Jean-Louis Murat à La Sirène

CONCERT – La Sirène a rouvert ses portes en programmant deux soirs de suite Jean-Louis Murat venu interpréter son nouvel album, l’acclamé Baby Love. Report.

This is it, nous sommes le mercredi 7 octobre : la Sirène remet le son et accueille Jean-Louis Murat qui lance là sa tournée Murat en concert. Dans cette seule phrase claquent trois énormes évènements qu’on ne saurait manquer. Rendez-vous est donc pris à La Pallice.

Arrivé devant La Sirène, impossible de faire l’impasse sur le Covid-19. Fermée depuis le 13 mars, la salle rouvre ce soir ses portes qui laissent apparaître un monde d’après particulièrement tristoune pour les salles de concerts. Cette atmosphère n’a pas échappé à Jean-Louis Murat qui annonce en préambule de son concert avoir « répété 2-3 fois mais cette préparation a été bizarre. Je vais faire au mieux … Je ne sais même pas comment me comporter devant vous. »

Le public est sur la même longueur d’ondes en terme d’attitudes. Là où d’habitude vibrionnent au bar-club de La Sirène des dizaines de mélomanes en attente du concert, ce soir seules 3-4 personnes sont attablées sirotant une bière. Un masque soigneusement plié près d’eux. C’est que l’essentiel du public est déjà à l’étage, nombreux, assis et masqué, dans une salle totalement reconfigurée. La scène, restreinte, loge sous l’emblématique luminaire-pieuvre. Tout semble si sage à quelques minutes du concert.

Puis entre Jean-Louis Murat, accompagné de ses deux musiciens. En forme de blague il apostrophe le public à propos de son masque : « Vous pensez que je dois chanter avec ça ? ».

Une semaine avant le confinement est sorti son vingtième album : l’excellent Baby Love impeccable de séduction et de swing. Il le défendra ce soir en interprétant des titres comme Le mec qui se la donne, Réparer la maison, La princesse du cool soit de brillants titres pop uptempo qui nous renvoient au meilleur de Murat des années 90 à savoir ses albums Cheyenne Automne, Dolorès et Mustango dont il fera l’impasse.

Baby Love passe haut la main l’examen de la scène et on imagine combien aurait-été chaloupée la soirée si le public avait été debout comme dans le monde d’avant. À peine s’il n’ose dodeliner de la tête ce soir. Faut dire qu’avec ce satané masque qui n’arrête pas de bouger ! Murat le sait : « les chansons de Baby Love sont tellement anachroniques avec la situation ». Leur mélodie infectieuse appelle à la désobéissance, à faire un truc de déglinguos du style se lever de sa chaise et bouger les hanches. Mais non, ce mercredi on s’en tient, assis, à applaudir chaleureusement cet étonnant retour disco-pop de Jean-Louis Murat.

Voilà donc à quoi ressemble un concert de Murat à La Sirène en pleine crise sanitaire. Entre distanciation sociale et groove, la fête y est comme empêchée, pétrie de retenue. Mais terriblement nécessaire.

Cédric Chaory