Jean du Voyage : Petit mix de chambre

ELECTRO – Chronique, sous hypnose, à propos de la Release Party de Jean du Voyage à laquelle une grosse centaine de rochelais a eu la chance d’assister dans le salon d’un appartement du centre-ville.

Le lieu du rendez-vous a été tenu secret jusqu’au dernier moment. Les happy few (60 personnes grand max’ par session au nombre de 3) ont juste reçu comme information de la part de La Sirène : « Rendez-vous à 18h15, Place du Marché central ». Épars, aux alentours du marché couvert, ils s’apprêtent à assister à la Release Party de Jean du Voyage à l’occasion de la parution de son nouveau EP Namaskar. En mai dernier, l’artiste accordait une interview à Aliénor, expliquant ce projet aux confins de l’électro et de la musique indienne, dans la droite lignée de ses précédents opus, « formule mystique composée de sonorités envoûtantes ».

Ce mardi, c’est bien loin de l’Inde que Jean embarque, topographiquement, son public. Précisément dans le salon cossu d’un appartement de la rue Gambetta. On a vu plus exotique mais pour un set électro d’une trentaine de minutes on a fait aussi moins original. Lovés dans les canapés et autres fauteuils dispersés dans la pièce, les mélomanes se font petits, discrets. Nous sommes là « chez quelqu’un », à observer l’intimité d’un inconnu dont une immense bibliothèque débordant de centaines de romans et autant de CD et vinyls me fascine.

« Désolé de vous enfermer dans une pièce un jour de canicule » lance le musicien avant d’entamer son set, à l’aise et en short, rompu à l’exercice du live et ce dans des endroits bien plus turbulents. Une contrariété due à une petite dinde avait quelque peu flingué ma fin d’après-midi et c’est avec délectation que je me suis plongé dans les mélopées indiennes et salvatrices de Monsieur Jean. Le voir à l’œuvre est un délice. À la manière de V. Soundara Rajan, musicien de Saraswathi Veena avec qui il a composé Namaskar, Jean du Voyage ne joue pas : il entre en musique. De V. Soundara Rajan il confiait en mai dernier : « Pour lui la relation entre l’art et le divin est évidente. Il est entièrement dévoué à son art et à son instrument. Son jeu le plus technique sera toujours exécuté avec un grand sourire, c’est assez impressionnant de voir l’exigence que demande cet instrument. Cela nécessite une très grande concentration. Subtile, très précise mais qui autorise aussi l’improvisation. » Incontestablement Jean du Voyage a retenu les enseignements zen du maître indien. Sa prestation est hypnotique, comme ses doigts qui exécutent un ballet parfaitement millimétré et délicat. Frôlement du pad, titillement à l’envi du fader, le set est un plaisir tant des yeux que des oreilles. Est-ce le mirage de la canicule précoce mais il me semble même voir le corps dodelinant de Jean du Voyage improviser des mouvements de Bharata natyam ?

Puis survint le head bang comme un virus se propageant dans l’auditoire. Un léger head bang mais qui s’impose à vous… rappelons qu’ici se joue un « petit mix de chambre » et non pas une de ses soirées du Pacha à Ibiza. En silence, sourire aux lèvres et zen, le public écoute l’enchaînement des titres de Namaska pendant que la torpeur se mue en sueur. Le musicien coule à grosses gouttes, de celles qui peuvent vous flinguer un scratch mais le DJ gère. Nakshathram avait ouvert le set, le voilà qui le clôt. Fin du good trip.

Au sortir de la party, mes chakras sont de nouveau alignés. Exit la contrariété. Par le temps qui courent, il serait bon que Namaskar soit prescrit sans ordonnance, non ?

Cédric Chaory.

Namaskar – Jean du Voyage (Banzaï Lab)

PLUS D’INFORMATIONS : https://www.facebook.com/jeanduvoyagemusic/

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