Gaëtan Guyon : « mon musée du rugby »

MUSÉE – Gaëtan Guyon a fait les beaux jours du Stade Rochelais de 2007 à 2013 au poste de pilier droit. Aujourd’hui, il rêve d’ouvrir un musée du rugby à La Rochelle, fort d’une collection de maillots et objets relatifs à l’ovalie amassée au fil des ans. Pour Aliénor, il explique son projet qu’il imagine comme un lieu de convivialité autour du sport emblématique de la cité.

©photothèque Stade Rochelais

À quel moment avez-vous commencé votre incroyable collection dédiée à l’ovalie ?

Petit j’allais au Stade Marcel Deflandre avec mon père, et à l’époque le public avaIt encore le droit d’aller à la rencontre des joueurs sur la pelouse à la fin du match. Un jour, German Llanès, ancien deuxième ligne du Stade Rochelais et des Pumas d’Argentine, m’a donné ses chaussettes. Cela remonte à pas loin de 25 ans, il était alors une figure emblématique de l’époque. À partir de ce moment, j’ai commencé à amasser tout ce que j’ai pu : des maillot de joueurs principalement mais aussi des vestes de survêtement, caquettes, médailles, figurines, shorts, posters, DVD …

Puis je me souviens avoir été très heureux de recueillir le maillot d’entrainement de Jean-Baptiste Aldigé. En parallèle, je gardais mes propres maillots de joueur en devenir, celui d’Aytré notamment. L’enfant que j’étais a mis tout cela dans une énorme boîte qu’il a rangé puis oublié au moment où ma carrière pro a décollé. Quand j’ai arrêté le rugby, j’ai déménagé et au cours de ce déménagement je suis tombé sur cette boite. C’est là que je me suis dit qu’il y a avait sans doute quelque chose à faire autour de cette collection. Il y a 4 ans, j’ai alors rassemblé tous les effets que j’avais amassé toutes ces années, un peu tous éparpillés. De la boite originelle de mon enfance, je suis monté aujourd’hui à 30 cartons.

Une infime partie des nombreux maillots que possède Gaëtan …

L’idée du musée est alors apparue ?

Je ne dirais pas que cette idée m’est venue au moment de cette « redécouverte ». En fait j’ai toujours pensé qu’il manquait à La Rochelle un lieu où se rassembler autour du rugby sans être nécessairement un bar où serait diffusé un match à la TV. Je pensais déjà plus à un musé, un peu à l’image de ceux basés à Bayonne ou à Mont-de-Marsan (Notre Dame du Rugby) même si je déplore qu’y soit exposées quelques répliques de maillots.

Vous avez déjà une idée précise du parcours muséographique que pourrait avoir votre lieu d’exposition ?

Oui bien sûr. Tout sera sous vitrine, à l’image des musées classiques, avec tout le système d’alarmes que cela requiert. C’est encore flou pour imaginer précisément la configuration du musée car je n’ai aucune idée de la superficie qu’il aura. Je visite beaucoup d’espaces en ce moment. Idéalement, j’aimerais qu’il soit basé à Lagord qui reste pour moi un lieu stratégique. Proche du centre-ville de La Rochelle, des grands axes allant vers la Vendée et les Deux-Sèvres.

Concernant la parcours muséographique, j’ai l’intention de me rendre à l’ASM Expérience de Clermont-Ferrand qui est un « parc à thème » unique en France dédié exclusivement au rugby et à la vie du club pour m’ouvrir aux scénographies déjà existantes. Par exemple, je ne pense que cela soit judicieux de différencier les nations, ni les époques. J’aime croiser tout cela.

Vous parlez d’alarmes. Comme un tableau de maître, un maillot de rugby possède une grande valeur ?

Toute proportion gardée oui. Dans ma propre collection j’ai des pièces qui peuvent valoir plusieurs milliers d’euros, d’autres « seulement » 300 euros. Tout dépend de son époque, si le maillot a été utilisé, sur quelle mi-temps, etc…

Ma pièce la plus ancienne, qui n’est pas nécessairement la plus chère, date de 1993. Il s’agit du maillot France contre Australie de Laurent Seigne. Il n’y a pas très longtemps que je fais dans les vieux maillots, je suis surtout connaisseur de ceux des années 2000. Il faut savoir que dans les 90’s, il y avait beaucoup moins d’éléments qui vous permettent de différencier les faux des originaux. Aujourd’hui sur chaque maillot, vous trouvez des numéros d’international, des broderies du nom du joueur et de la date du match… autant de preuves d’authenticité même si certains contrefacteurs arrivent à fournir des faux. J’ai la chance de posséder des maillots blancs des All Blacks. Ils sont très rares car cette équipe n’a joué avec des t-shirts immaculés qu’à 4 reprises : en 95 et 2003 face à l’Ecosse et 2 autres contre la France.

Se constituer une telle collection exige alors une grande fortune …

La mienne s’est constituée dans le temps et avec des moyens qui sont loin d’être illimités. Mais certaines personnes dans le monde ont leur propre agent chargé de repérer et acheter les pépites. En tant que français, je pense que ma collection n’a pas à rougir de certaines autres, internationales. Je me suis rendu à la mi-septembre à la vente aux enchères de la collection Bernard Chwartz, notaire toulousain décédé en 2009, qui rassemblait pas moins de 735 maillots et 62 objets répartis en 524 lots. J’ai pu acheter quelques belles pièces. Vous savez je ne fais pas ce musée dans un but lucratif. Dans un premier temps, je veux communiquer ma passion du rugby au public, créer un point de rencontre avec les gens et ce sport. Je sais que, dans un premier temps, cela ne me fera pas vivre. Après le musée est une étape car j’ai déjà pleins d’idées en tête.

L’idéal serait de décrocher des financeurs, des partenaires qui me permettraient de mettre en place tous les projets que j’ai en tête car seul je serai assez vite limité : vendre des maillots pour financer le musée c’est me dépouiller de la future collection de celui-ci. J’ai confiance sur la participation de quelques joueurs à la constitution de la collection et puis pourquoi pas imaginer que le Stade Rochelais me rejoigne un jour dans l’aventure ? Une personne de Paris aimerait aussi investir, il va me falloir le rencontrer. Les choses se construisent donc lentement mais surement.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

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