Feu! Chatterton : le dandysme qui manque à nos vies.

MUSIQUE – Et de deux. Après la critique enthousiaste du concert de Feu ! Chatterton à La Sirène par Llady Jane, Aymeric du Riez nous livre son regard – et sa toute première chronique pour le site – sur le récital du groupe parisien.

Ils entrent sur Ginger, après nous avoir offert une double première partie : Arthur Ely, et une alerte incendie qui s’avéra aussi bidon que bidonnante. On ne sait si c’est la cigarette de Sébastien Wolf, un des deux guitariste-claviériste, qui titilla les détecteurs incendie – il pouvait néanmoins élégamment la finir sur scène lors du second rappel – dans une geste gainsbourienne qu’ils recherchent et qu’ils revendiquent.

Chatterton, ce n’est pas pour le scotch opaque qui vous sert une fois par an pour vos déménagements ou pour réparer le tuyau d’arrosage. C’est pour le poète.

Et la référence, ils ne la font pas pour la frime. Ces cinq-là portent tout le dandysme français sur leurs épaules, et elles sont assez larges pour le costard croisé, borsalino non compris – ils ont tous de belles coupes de cheveux.

Ils apparaissent sur scène comme un organisme vivant, un organe lyrique au palpitant esthétique et habité : Arthur Teboul, l’auteur et interprète du groupe, à l’allure et au verbe subtilement désuets, en est le centre nerveux, cérébral, tenu et soutenu par les deux guitares-clavier qui l’entourent et qui sont aussi ses deux oreilles (Clément Doumic et Sébastien Wolf). Le coeur bat en arrière plan, d’une basse (Antoine Wilson) et d’une batterie (Raphaël de Pressigny) impeccablement tenues.

Arthur T., en bon poète exquisément maudit, avait décidé de séduire la maîtresse des lieux. La Sirène, qu’il interpellait plusieurs fois directement de ses harangues extatiques, a cédé à ses assauts intenses, en amant fou de mots et de rimes. Il le faisait au nom et pour le compte du groupe, qui semblait donner carte blanche à toutes ses incartades inspirées et transcendantes, en accompagnant ses textes d’un écrin mélodique tout aussi ciselé.

Nous avons à faire à des artisans aussi bien qu’à des esthètes. Entourés de monolithes ondoyants à la 2001, ils exécutent A l’aube, texte majeur de leur courte mais prometteuse discographie (un EP, deux albums), se posant en hymne désenchanté d’une génération qui se définit par sa névrose : celle que l’on appelle ‘Y’. Le titre est scandé par le chanteur avec une virtuosité et une fluidité à la hauteur de l’enregistrement studio – et c’est déjà une sacrée prouesse.

Tout n’est cependant pas rose-pélican au pays des élégants. La moustache savamment travaillée frisote un peu ça et là : on frôle la nonchalance et la facilité, comme une première sortie de scène et un premier rappel après 1h10 de concert, qui tenaient plus de la clause de style.

L’oiseleur, leur nouvel album, vire par endroit à l’aparté intellectuello-parisienne, snob et verbeuse, perdant un public moins averti. Feu!, c’est malheureusement parfois Gavroche qui aurait trop traîné avec la comtesse de Ségur.

On ne leur en veut pas. Les types (Sébastien Wolf et Raphaël de Pressigny) étaient quand même assez délicats pour papoter en fin de concert avec leur public au bar, entourés de leurs goodies… et de belles admiratrices du cru.

Aymeric Duriez.

Laisser un commentaire