Être une femme de Lettres, tu sais c’est pas si facile !

SALON – En ouverture du festival « Des Elles à La Rochelle », le week-end des 1er et 2 mars, le Salon des livres d’auteures francophones a accueilli une quarantaine de femmes de Lettres au profil pluriel. Un moment de partage convivial autour de l’amour du livre et de l’écrit qui met au jour la difficulté pour une femme d’accéder à la publication de ses écrits.

« Mesdames les auteures, vous êtes attendues sur l’estrade pour la photo souvenir ». L’annonce résonne dans la salle de l’Oratoire, illustre monument rochelais aux multiples vies (chapelle, hôpital, bâtiment d’artillerie, cinéma…). S’y déroule pour sa dixième édition le Salon des livres d’auteures francophones. Un week-end durant, en ouverture du festival Des Elles à La Rochelle, les femmes de Lettres sont fêtées.

À l’idée de graver ce moment sur pellicule, les auteures se lèvent comme une seule femme, enthousiastes. Un menu brouhaha de chaises tirées sur le sol et voilà l’estrade remplie d’une quarantaine d’artistes. De tout âge, de tout horizon mais avec une passion commune : l’amour de l’écriture.

Du livre pour enfants au polar, du roman d’amour à la biographie, mais aussi de la poésie, des essais et témoignages, tous les genres littéraires sont représentés d’un stand à l’autre. Non loin de celui d’Amnesty International qui promeut entre autre la jolie bande dessinée La Tresse Ou Le Voyage de Lalita de Laeticia Colombani se trouve Domino Milot. Publiée aux Editions Amalthée, sa saga biographique Décennies a rencontré le succès : son quatrième et dernier tome – Eclaircie et trahison – vient de dépasser le millier d’exemplaires vendus. « Après mon premier recueil intitulé « Entracte poétique » (2014), je viens de publier mon second recueil de poésie « Poésies en Cœur Majeur ». Je m’éloigne de ma saga en proposant de la poésie libre qui peut être étudiée dès la grande section de maternelle. Et là je m’attèle déjà à un nouveau roman » précise l’écrivaine vertavienne.

Cécile Delacroix, souriante écrivaine, est elle aussi publiée, au Texte Vivant. « Mon recueil de très courtes nouvelles « Ça va être ta fête », paru en auto-édition en 2017, a remporté assez rapidement un joli succès. Du coup j’ai été rapprochée par le Texte Vivant qui m’a demandé une suite. » précise t-elle non sans fierté d’être aujourd’hui signée ( … dans une maison d’édition). Elle planche déjà à un autre projet littéraire « mais qui ne sera pas un roman. S’attacher sur du long cours à des personnages n’est pas encore mon envie. J’aime qu’ils soient des marionnettes que je peux manipuler un temps dans de brefs textes puis passer à d’autres histoires. »

Écrire pour son plaisir puis être publiée par une maison d’édition – second plaisir – les auteures françaises sont bien peu nombreuses à vivre ce doublé. Salomée Ruel, en charge de l’égalité homme-femme à la Mairie de La Rochelle explique : « Il n’y a que deux salons des auteures en France. En Lorraine et à La Rochelle, celui de Paris n’existant plus. Notre salon a cette particularité de recevoir des auteures éditées mais surtout TOUTES les autres auteures. Les statistiques par genre le prouvent : les femmes  sont moins éditées que les hommes. Se pose alors la question de l’édition des femmes. Si on participe à ce système qui est d’inviter dans ce salon que des femmes publiées, nous n’aidons pas certaines auteures à la reconnaissance publique de leur travail. Notre salon a une sorte de responsabilité sociétale à cet endroit. »

Ainsi depuis 2011, le salon accueille des auteures auto-éditées, publiées à compte d’auteur ou d’éditeur. Et sur certains stands certaines voix s’élèvent pour la promotion de l’auto-édition ou encore l’édition participative. Celle-ci est une forme d’édition qui invite les lecteurs, soit à investir et devenir coéditeur, soit à souscrire et à soutenir l’auteur. Seront ainsi éditées les œuvres réunissant les fonds nécessaires ou ayant réuni suffisamment de souscriptions. Anne Grivel a opté pour cette voie : « J’ai toujours aimé jouer avec les mots. Je publie des tautogrammes, cas particulier d’aliitération où tous les mots du texte commencent par la même lettre. Castor Astral a hésité à me publier, il est vrai que l’exercice n’est pas le plus lu de l’édition française. Finalement j’ai signé en édition participative chez les Editions Baudelaire. Cela me permet de me lancer à mon rythme, d’éviter des envois de manuscrits par dizaine à des maisons d’édition qui me refouleront, de découvrir un milieu dont les codes ne sont pas toujours les plus faciles à appréhender. Quand je pense que Philippe Delerm a envoyé à 50 maisons d’édition sa « Première Gorgée de Bière » avant d’être publié !  Là ce que je déplore par exemple c’est que de trop nombreuses librairies ne jouent pas le jeu du dépôt de livres auto-édités »

Valérie Van Oost, elle, connaît bien les ficelles de ce milieu très dans l’entre-soi : consultante éditoriale, ancienne journaliste, et notamment rédactrice en chef de ELLE.fr, elle est sensible aux questions sur la place des femmes dans la société. Auteur de nouvelles, elle a reçu, pour Rupture sans préavis, le 2eprix de nouvelles organisé par Arte et le magazine Causette en 2010. Elle présente ici Hurler sans bruit, son premier roman sur le site LibriNova. Elle revient sur cette expérience : « Pour 900 euros, j’ai envoyé mon manuscrit sur cette plateforme internet. J’ai bénéficié d’un service de correction, ai choisi ma couverture puis ai proposé au final un livre à un prix bien moindre que sa version papier. Pour moi, c’est un bon moyen d’être repérée par une maison d’édition classique. »

Un peu plus loin, un stand attire l’œil : c’est celui d’À mots ouverts, atelier d’écriture littéraire et créative de Rochefort, pépinière d’auteur.e.s en devenir. Sa directrice Sylvaine Reyre en détaille les modalités « Je propose à mes élèves des stages d’écriture en groupe ou en accompagnement individuel. Les plus aguerris et ceux ayant un projet littéraire abouti peuvent suivre ma master-class. J’ai tissé un partenariat avec les éditions Edita la Fabrique de livres. Aujourd’hui 5 de mes élèves ont publié leur livre dans la collection À mots ouverts ». Une autre belle façon de voir son effort littéraire reconnu ET édité. Une façon qui vient compléter celles évoquées lors de la table ronde avec Éric Martini, directeur des éditions Glyphe, destinées à celles qui n’osent pas franchir le seuil des maisons d’édition. Alors à vos plumes, Mesdames : un éditeur attend certainement quelque part de publier votre prose.

Cédric Chaory.

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