Et « Passionnément » danser Ghérasim Luca.

DANSE – Premier rendez-vous du Printemps des Éclats, Maxence Rey a présenté des extraits de sa prochaine création work in progress : Passionnément. Celle qui connaît bien les Éclats chorégraphiques pour y avoir répété son Moulin des Tentations a proposé un projet des plus intriguant. Vite la suite !

pas pas paspaspas pas
pasppas ppas pas paspas
le pas pas le faux pas le pas
paspaspas le pas le mau
le mauve le mauvais pas
paspas pas le pas le papa
le mauvais papa le mauve le pas
paspas passe paspaspasse
passe passe il passe il pas pas
il passe le pas du pas du pape
du pape sur le pape du pas du passe
passepasse passi le sur le
le pas le passi passi passi pissez sur

Elle le connaît par cœur ce poème de Ghérasim Luca publié en 1986 dans le recueil Le chant de la carpe. La première fois que Maxence Rey a délivré cette « immense déclaration d’amour » c’était il y a plus de 10 ans. Plus précisément elle le chuchotait à l’oreille des passants au sein du collectif Les Souffleurs, commandos poétiques dans une  » tentative de  ralentissement du monde ».

Aujourd’hui Maxence ne chuchote plus. Elle déclame et elle danse Passionnément. « Cette pièce est née d’une nécessité, celle d’accroître l’indice de tendresse collective dans notre société. Je veux emmener le public à cet endroit. » explique t-elle au public venu jeter un Premier Regard sur son œuvre work in progress.

Depuis 4 jours, la chorégraphe francilienne est seule dans la chapelle des Éclats chorégraphiques. Comme à chaque processus de création, en solo et en studio, elle « tire des fils, des questionnements, des interstices, balaye des choses, en renforce d’autres ». C’est cette matière de recherches brute, ses « élucubrations du début du début du début de création » qu’elle va livrer aux spectateurs.

Au son de « pas pas paspaspas pas », elle entame alors sa chorégraphie « abstraite, presque absurde » que lui a inspiré ce texte-déclamation à l’évidente physicalité. Dans un espace restreint, le corps de Maxence s’anime et répond au bégaiement du langage. « J’ai posé sur chacun des mots du poème un mouvement. Le mot « pas »  signifie l’ouverture de la main proche des hanches, « Le » correspond à un mouvement de hanche, celui « faux » est lui un petit mouvement du pied gauche. » détaille t-elle en préambule de la restitution. L’exercice, encore embryonnaire, est déjà captivant. Quand elle y ajoute aux gestes la voix ou une musique de Neil Young, il prend encore plus de puissance.

Une spectatrice lui demande, une fois la restitution de 3 courts extraits du Passionnément en devenir, si les danseuses investiront l’espace car si Maxence Rey se dit traversée par le texte de Luca, elle n’en est pas moins restée statique durant toute sa démonstration. « Oui, lui répond-elle, j’ai cette image du début du spectacle où 2 interprètes apparaitront de profil, en avançant dans une densité du corps avec cette intention d’aimantation pour arriver dans un enlacement. Pour l’instant, le texte m’a obligé à être statique car j’en écris sa grammaire chorégraphique. Vous assistez en quelque sorte à la genèse d’un langage. »

À seulement quatre jours de création, inutile de préciser que Passionnément va muter. Le travail d’intériorité, pierre angulaire de la danse de Maxence Rey, n’est pas encore visible. Manquent aussi à l’appel 2 danseuses et un musicien. Sans parler de tous les atours que sont les lumières, les costumes, etc. Mais un spectateur est d’ores et déjà emballé : « Vous avez fait honneur au poète roumain. En l’état, votre danse m’a fait vibrer ». Maxence Rey sourit, consciente que le chemin est encore bien long avant que Passionnément résonne sur scène.

Présenté à l’automne 2020 au Théâtre Jacques Carat de Cachan, il comptera au plateau 3 danseuses et un guitariste électrique. « Je serai sur scène avec les danseuses Carlotta Sagna et Leslie Mannès. Toutes deux sont à l’endroit de la parole, d’une danse-théâtre qui me convient. »

Passé l’épreuve du plateau, il se peut aussi que Passionnément se décline en une pièce tout-terrain, investissant divers espaces publics en mode solo. Il pourrait même devenir un « immense cri d’amour qui serait porté par plein de gens dans le cadre d’une pièce participative avec amateur.e.s comme un chorus. »

Pour rejoindre le projet, il faudra alors apprendre un peu, beaucoup, passionnément les vers de Ghérasim Luca.

Cédric Chaory.

Visuels de Une : ©Anna Malina

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