Entretien exclusif avec Arnaud Jaulin, adjoint à la Culture à La Rochelle (1/2)

BILAN – À quelques mois de la fin de son mandat à la Mairie de La Rochelle où Arnaud Jaulin a traité de nombreux dossiers, l’adjoint à la Culture revient sur les quelques axes forts qui ont rythmé ses six dernières années. Cet entretien aborde les questions du Patrimoine et des Musées. Un second entretien abordera prochainement celles des Arts vivants et de l’audiovisuel.

VALORISATION D’UN PATRIMOINE VIVANT

  • Renaissance de l’Hôtel de Ville
Salle des fêtes – Marie de La Rochelle

C’est un chantier qui avance bien. Nous sommes dans les finitions du type peinture, pose de parquets. La semaine dernière avait lieu la repose, dans le bureau du Maire, des tentures au velours gaufré. La salle du Conseil municipal se trouve désormais dans les combles, précédemment salle très difficile d’accès. C’est une idée de Philippe Villeneuve, architecte en charge du chantier tout comme ceux de Notre-Dame de Paris et Chambord, de faire de la salle du Conseil municipal, un lieu pérenne avec tout le dispositif électronique, ses accès publics, ses lumières bien pensées, son ascenseur. La salle, voutée, voit ses fauteuils disposés comme un Parlement à l’anglaise, la voûte rappelant le bateau primitif des Rochelais.

Pour cette restauration qui a sollicité 22 millions d’euros et plus d’une trentaine de métiers différents, c’est un peu comme pour le Parlement de Rennes ou Versailles, des catastrophes ont permis, plutôt que de laisser un bâtiment dans son jus, de repenser le lieu mais aussi de le magnifier en dissimulant les prises électriques, certains conduits utilitaires. Cela donne des lieux qui sont plus beaux aujourd’hui qui ne l’ont jamais été.

Fort heureusement, nous n’avons eu à déplorer qu’une perte dans l’incendie : l’épée en bois 19ème d’Henri IV mais la copie du tableau de ce même roi par le peintre flamand Frans Pourbus, les tapisseries du cabinet Guiton, les chartes et les premiers sceaux de la Ville, les bustes … tout a pu être sauvé et restauré. Y compris ce qui tenaient à cœur à certains Rochelais : la fameuse table et le fauteuil de Jean Guiton. Les huit lustres qui ont été volés dans la salle des fêtes à la suite de l’incendie sont reconstitués à l’identique.

Une salle de médiation dans l’ancienne salle de police sera créée pour que le public (et notamment les enfants) appréhende le patrimoine et l’histoire de La Rochelle. Nous avons pris modèle sur ce qui se fait à Azay-le-Rideau avec sa matériauthèque à l’approche très pragmatique. On y mélangera la pierre, l’ardoise, les tissus et le bois et on y présentera également un certain nombre de matériaux abîmés par le feu. Une fresque historique sur l’édifice expliquera aussi son lien indéfectible avec la ville, celui avec l’histoire nationale, son importance dans l’histoire de l’art … Il faut savoir que les colonnes baguées du rez-de-chaussée sont le premier exemple provincial de celles qui ornent alors les Tuileries renaissantes. 

Une fois restauré, je tiens à préciser que notre Hôtel de Ville reste ce lieu de vie où l’on se marie, où l’on débat. Il n’est pas que vieilles pierres ! L’idée, aujourd’hui, est de proposer au Président de la République de participer à la réouverture du lieu en décembre.

  • Les Portes de Ville
La Porte royale

Il y a une vraie méconnaissance patrimoniale à propos de nos Portes. Durant le mandat, nombreuses d’entres elles furent restaurées. Jean-Pierre Guémas, promoteur rochelais et mécène généreux, a restauré la Porte Maubec, dernière Porte de l’ensemble protestant, construite en 1610. La Porte Dauphine, elle, a été restaurée par Lionel Mottin architecte des Bâtiments de France. La focalisation, pour La Rochelle, est bien sûr la Porte Royale. Construite par Pierre Bullet, architecte sous Louis XIV, elle est une Porte exceptionnelle du point de vue de l’histoire de l’art car elle reprend des motifs d’arc de triomphe et de portes romaines, le tout dans un grand classicisme. Grâce au mécénat du Crédit Agricole qui a apporté une importante somme pour sa restauration, elle a retrouvé une partie de son lustre. Confiée à l’Association des Amis de la Porte Royale, qui à charge de la restaurer et de l’animer 6 mois durant avec des expositions, elle a vu récemment sa terrasse ré-étanchéisée.

Pour demain et si les finances le permettent, il y a l’idée de s’occuper des aménagements extérieurs pour qu’on puisse avoir une lecture de ce qu’est la demi-lune qui précède la Porte Royale. L’idée est de valoriser la Porte dans son environnement.

À la manière de ce qui existe sur le parcours de la traite négrière, du Québec ou du protestantisme, il serait aussi judicieux de penser un parcours patrimonial de La Rochelle qui inclurait forcément ses Portes. J’aimerais que les Rochelais prennent conscience de celles-ci dont fait également partie la Grosse Horloge ; qu’ils connaissent mieux cet ancien axe royal qui allait de la Porte Dauphine à La Grosse Horloge, passant devant la place d’Armes, la cathédrale, le palais de justice, l’hôtel de la Bourse …

J’aimerais aussi qu’on puisse rouvrir la Grosse Horloge, le clocher de Saint-Sauveur, la tour St Jean du Pérot, pas si petite que cela à l’intérieur. On pourrait y mettre des associations d’artisanat (comme la gravure) et des artistes. Et puis forcément il ne faut pas oublier les Portes que sont les tours du Vieux-Port. Ce sont les plus grandes Portes de notre ville. Elles appartiennent à l’État, au Centre des Monuments Nationaux. Bernard Le Magoarou, précédent administrateur du Fort de Brégançon et de la Villa Kerylos, vient d’ailleurs d’en reprendre la direction et je salue sa venue. La municipalité a forcément des liens forts avec ces monuments là. Elle a d’ailleurs financé le nouvel éclairage de la Tour de la lanterne et des autres tours.

  • Les Orgues

Je suis heureux que vous me posiez la question car les orgues sont souvent un patrimoine méconnu et dont on imagine bien souvent qu’ils sont limités à un usage cultuel. Durant le mandat, L’orgue de Notre-Dame a fait l’objet d’un relevage grâce aux dons de Gérard Maurin, organiste titulaire de cette église. L’orgue du Temple, instrument du 19ème d’esthétique romantique, a été, lui, complètement repris par Yves Fossaert facteur d’orgue manceau. Les orgues de la cathédrale appartiennent à l’État. On y trouve deux orgues intéressants, de la maison Merklin-Schutz comme celui du Temple. Nous avons donc trois orgues de même facteur, d’esthétique romantique.

À l’église Saint-Sauveur a été inauguré, en 2015, un nouvel orgue Mulheisen, de l’est de la France. Il possède 37 jeux, il s’agit d’un gros instrument, avec deux claviers-pédaliers. Il a coûté 600 000 euros qui furent largement financés par le don de Charles Mavaud, ancien président de l’Académie des Belles Lettres Science et Arts de La Rochelle. La ville l’a peu financé, nous avons essentiellement accompagner la restauration de la solidité du plancher et le buffet.

Fait plus rare, dans une église associative de la ville – l’église Saint-André et Sainte Jeanne d’Arc de Fétilly – a été inauguré il y a 15 jours un orgue allemand d’une petite quinzaine de jeux. Ce sont les fidèles qui l’ont financé. Dans un tout autre registre, il y a un nouveau manège qui a été créé sur le quai Valin. J’ai souhaité dans l’appel à projet que le candidat ne propose pas uniquement de la musique enregistrée pour les enfants qui font du manège. Il y a donc un petit orgue : un limonaire. Malheureusement, récemment abîmé par un acte de vandalisme récent, il est actuellement en rénovation.

RÉENCHANTEMENT DES MUSÉES DE LA VILLE

  • La fréquentation des musées rochelais
La famine de Gustave Guillaumet

Les musées de la Ville fonctionnent très bien ces dernières années. Le Musée du Nouveau Monde voit sa fréquentation augmenter de + 33%, le Muséum d’Histoire Naturel de + 15 ,5%, (l’an passé c’était 30%) et le Musée maritime de +10%. Cela représente près de 780 000 visiteurs sur 5 ans. Je pense que nous communiquons bien mieux sur leur actualité et puis ils proposent des expositions de bonne tenue. Trois expositions d’intérêt national se sont succédées ces derniers mois : « Les dessins de Jean-Jacques Audubon », « L’Algérie de Gustave Guillaumet » et la plus récente « Île de Pâques, nombril du monde ? ».

Autres expositions emblématiques : celle des « Dinosaures ». Avec Emmanuel de Fontainieu, nous sommes très heureux d’accueillir à nouveau une exposition d’intérêt national sur les enjeux du climat : « Climat/Océan ».

  • Le futur Musée d’Art et d’Histoire

Le Musée des Beaux-Arts a dû fermer car il était dans un état périlleux mais, comme pour l’Hôtel de Ville, sa rénovation est salvatrice  car nous allons le reprendre de fond en comble. Il faut savoir que depuis son ouverture en 1861, il n’a jamais vraiment connu de réfection. Ce projet de rénovation me tient à cœur car nous allons en faire un Musée d’Art et d’Histoire qui reprendra l’histoire du territoire du néolithique jusqu’à nos jours à travers les objets d’art. Il s’agira de comprendre à travers eux, leur artisanat, leur facture, ce qu’ils ont apporté à la ville, à son économie locale et à son rayonnement international.

Nous devons nous émanciper du Grand Siège de La Rochelle pour embrasser tout le reste de l’histoire de la ville car La Rochelle est une ville gallo-romaine, elle n’est pas née comme on le prétend en l’an 1000. Sur les 950 tableaux que possède le musée, au moins 800 ont un lien avec La Rochelle. Il faut exploiter ce fond exceptionnel pour raconter notre ville. Ce futur musée doit en être sa clé de compréhension.

Monsieur le Maire est convaincu que La Rochelle doit posséder un grand et beau musée. L’Hôtel de Cruzol doit être repensé dans sa totalité : je pense à un ascenseur qui irait sur les toits pour observer La Rochelle dans sa verticalité et horizontalité, je songe à l’ouverture des jardins de l’hôtel particulier pour y faire des manifestations et puis la sortie de secours du cinéma l’Olympia et du Café de Paix donne dans ce jardin, pourquoi ne pas imaginer une circulation entre la rue Gargoulleau et la place Verdun à l’image de l’Hôtel de Sully et de la Place des Vosges parisiens pour créer la surprise et l’émerveillement devant la façade de l’architecte Ducret ?

Les Rochelais à force de vivre dans la beauté de leur ville font peut-être moins attention à son patrimoine exceptionnel. Ils ne le regardent plus. À nous de ré-enchanter tout cela …

Les réserves muséales constitueront la deuxième phase d’un bâtiment neuf construit pour 14 millions d’euros à Mireuil, la première phase étant la relocalisation dans des conditions de conservation idéale des archives municipales.

  • La nouvelle vie du musée maritime 

« Il n’existait pas de collection permanente présentant le lien entre La Rochelle et la mer, l’histoire maritime de la ville. Nous avons alors mis en place, dès le début du mandat, une exposition permanente sur la pêche, la plaisance, les industries nautiques, les ports de la ville et le commerce maritime. En parallèle, la dynamique Association des Amis du Musée Maritime (800 adhérents) maintient vivante une flotte qui sort régulièrement en mer. Elle a également permis la restauration du « Damien », bateau mythique de Bernard Moitessier. Aujourd’hui nous avons une flotte exceptionnelle dont certains des bateaux sont classés monuments historiques. La nouvelle exposition « Climat/Océan », l’implantation de la Fabuleuse Cantine participent au renouveau de ce musée. Un musée est un lieu d’émerveillement, pas de confinement : il faut que ça vive, ça évolue !

  • Quid de l’art contemporain
Bronze de Bruce Krebs

Sous l’équipe municipale précédente a été fermé l’Espace d’Art Contemporain, en bas du Musée des Beaux-Arts. Notre souhait a été, dès le début du mandat, de trouver un nouvel espace pour cette discipline. La Chapelle des Dames Blanches a été retenue. De nombreux artistes y ont été exposés et là nous travaillons avec le FRAC de Bordeaux pour voir dans quelle mesure l’art monumental pourrait être exposé dans notre espace public. Cela semble compliqué d’exposer leurs œuvres à l’extérieur sans les altérer. La Rochelle possède cependant pas mal de sculptures dans son espace public à l’instar de « La Vague » de Christian Renonciat, des nombreuses statues de Bruce Krebs ou le « Toussaint Louverture » d’Ousmane Sow à l’entrée du Musée du Nouveau-Monde. Cette offre artistique existe mais elle est difficilement identifiable. N’oublions pas nos galeries privées, toutes nos associations … Et puis nous avons de nombreux salons qui ponctuent l’année. Je pense à Arts Atlantic qui se déroulera la semaine prochaine à l’Espace Encan.

Propos recueillis par Cédric Chaory

PROCHAINEMENT: Suite de l'entretien où seront abordés les axes Art Vivant et audiovisuel.

Visuel de Une: ©Romuald Augé

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