Du post-krump de Nach

DANSE – Nach, artiste compagnonne du CCN Kader Attou, s’est confiée en toute intimité à La Manufacture à travers un solo-portrait : Nulle part est un endroit. Elle y aborde son histoire avec le krump et sa nécessité de s’en affranchir pour faire entendre sa parole de chorégraphe.

Il fut un temps où le Centre National de la Danse programmait ses Grandes Leçons de danse, rendez-vous privilégié entre un chorégraphe et son auditoire. On y découvrait, par les mots de l’artiste invité, un parcours, l’histoire d’une œuvre, d’un style chorégraphique. J’y ai parfait mon histoire de la danse et de manière bien plus riante qu’à la seule lecture d’ouvrages. Parallèlement, il y a eu aussi ces formidables pièces-portraits de Jérôme Bel qui donnent voix à ces artistes du silence que sont les danseurs : Véronique Doisneau (2004), Lutz Förster (2009) ou encore Cédric Andrieux (2009).

Il y a un peu de tout cela dans Nulle part est un endroit, performance de la jeune chorégraphe Nach, donnée ce mardi 10 mars à La Manufacture – CDCN Nouvelle-Aquitaine La Rochelle. La trentenaire y conte son histoire avec le krump, acronyme de Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise et danse urbaine née au début 2000 dans le quartier de Watts-Los Angeles.

De sa découverte de ce style hip-hop à la nécessité de s’émanciper de son rôle de (brillante) interprète, Nach revient sur l’histoire du krump et par la même occasion sur la sienne. Si les moins avertis des spectateurs y apprennent l’existence de RIZE, film emblématique du mouvement signé David LaChapelle ou celle, non moins importante, de la pièce Éloge du puissant royaume du chorégraphe toulousain Heddy Maalem, l’ensemble de l’auditoire découvre les bases de la technique krump. Nach, mouvements à l’appui, détaille le Stomp (frappe du pied), le Chest pop (isolation de la poitrine) et l’Arm Swing (subtil vocabulaire des mains). Une explication claire et précise pour une démonstration virtuose, dans une street attitude sans pareil. Elle enseigne que le krump est une danse du sol, de territoire, de déplacement… Qu’elle est surtout une puissante affirmation de soi.

Éloge du puissant royaume – Heddy Maalem ©Patrick Fabre

Car la découverte du krump a fait l’effet d’une révolution chez Nach, alors étudiante lyonnaise. Au contact des danseurs du parvis de l’Opéra de Lyon , elle en apprend les rudiments puis parfait sa technique pour finalement s’affirmer. Le milieu du krump est utra-codifié, organisé en fam (comprendre famille, maison …) et la bataille y règne bien trop (Noter qu’on dit UN battle !). Elle s’y complait un temps – celui d’y faire ses classes – mais rapidement s’interroge : comment se faire une place dans cet univers quand on est une jeune femme métisse ?

Par l’affranchissement, l’étude et la recherche, l’hybridation. Récemment elle confiait au site maculture.fr : « J’ai besoin d’hybrider mon krump pour continuer à danser ». Curieuse, Nach explore tout azimut l’histoire de l’art: celle de la danse, de la photo, de la vidéo. Ses découvertes, glanées dans les bibliothèques et aux quatre coins du monde (dans ses nulle part qui sont des endroits)  l’amènent à mâtiner sa danse des attitudes altières du peuple andalou, de la densité de la gestuelle hijikatienne. Elle cherche, trouve, se révèle, se met à nu. Au propre comme au figuré car il y a « nécessité d’être autre que soi-même. »

Cellule – Nach ©Fanny Desbaumes

Ses deux premiers soli – Cellule, sensation chorégraphique 2017 et Beloved Shadows (2019) – apparaissent en pointillés dans Nulle part est un endroit. Par la récitation d’un texte, par un teaser projeté sur les murs de la chapelle Saint-Vincent, ils témoignent de la naissance d’une saisissante signature. Elle jouera Beloved Shadows à La Manufacture – CDCN Nouvelle-Aquitaine Bordeaux le 24 mars puis reviendra à La Rochelle, en juillet, pour une master-class qu’on imagine généreuse. À son image.

Cédric Chaory.

Visuel de Une ©Raphaël Stora

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