Desseilles et d’ailleurs: l’exposition d’Anouchka Desseilles

PEINTURE – Dans le cadre de Galerie Frédéric Roulette – Hors Les Murs, la Salle municipale du grand Arsenal accueille l’exposition « L’Afrique rend la vie pus belle » d’Anouchka Desseilles du mardi 3 au samedi 8 décembre.

Un, deux, trois, Anouchka a Africa se va, cahin caha, dans l’expectative et le fracas, elle chemine à l’avenant, à l’aventure du levant. Elle porte dans ses bagages la glaise du nord, celle qui rougeoie au contact du cœur, du labeur des hommes et avec laquelle elle a dépeint les paysages et les travailleurs du Pas de calais de son enfance.

Shoana – 2009

Du cabotinage au vagabondage dans un improbable camion frigorifique Tiznit Tan Tan, Tarfaya, Kafountine via Bir Gandouz.
Réminiscences, insouciance, puis vient la fulgurance des paysages d’Afrique, la lumière vive et saturée de ciels immenses, un peuple multicolore, et dés lors tout est bousculé. Contemplative elle s’attache d’abord au motif, surgissent des paysages lancinants, sensibles , sorte d’impressions soleil devant, puis viennent les paradoxes d’un peuple, ses codex, son rapport à la vie qui n’ont que faire du Toubab et de ses règles continentales. Elle s’immerge alors dans l’ère africaine, adopte son rythme, se confond dans l’errance lumineuse et chaotique d’une société première

Sa peinture s’affirme, à la fois chaleureuse et brutale, addictive et insurgée, à la manière de ce qu’elle vit, résolue au réel et à sa part d’indicible.
La violence côtoie l’espérance, les gamins hilares peuvent être affamés, les femmes bariolées, harassées dans leur dignité, les douaniers véreux amadoués ; la nature y dicte ses règles draconiennes, faire fi des carences et de la distance et malgré tout se laisser conditionner par les stigmates du colon, partout le packaging des produits importés, du riz, des sodas, des envies sous vide. Ici tout est force et tout est contraire, mais tout prend place, Anouchka aussi.

Demain j’aurai 20 ans – Hommage à A. Mabanckou (2019)

Sa touche prend dés lors la mesure des êtres , de l’échelle des valeurs coutumières ; de simple témoin elle glisse nonchalamment, profondément jusqu’aux racines, à l’embrun, à l’expression d’un monde autre. Pour autant sa peinture, ses carnets de voyage, ne prennent pas la teneur exotique qui distancie l’auteur de son sujet, elle demeure présente, impliquée dans des liens sociétaux qui la questionnent à en rugir. L’homme et le cobra auront beau s’introduire dans sa case, elle ne ressentira la peur ni avec l’un, ni avec l’autre, car elle est déterminée a ne pas se laisser happer mais à prendre faits et actes ici.

Sa peinture en sera l’acte de foi, l’arbre de vie, elle y déploiera les feuillages d’un récit initiatique dont les héros seront ces êtres avec lesquels à l’orée du bois sacrée, au village, au milieu de nulle part, elle aura partagé une part d’humanité. Elle a conscience que malgré les rires, l’hospitalité, la confiance, ici aussi, ça tourne pas rond, que peindre ne prend du sens que quand le sens donne à peindre du sens. Elle va travailler ses toiles comme on gâcherait du plâtre, son geste sera nourricier, fresco. Son regard y déploie sa trace, en grand, en large. Là sa peinture s’éveille ; le roulis de la vie, les cris, les espoirs, illuminent les visages et les corps qu’elle anime. La terre est sa matière première, du limon à l’argile, elle y extrait la chair qui compose sa puissante galerie de portraits.

Ses carnets de voyage demeurent le fil d’Ariane de son périple, ils la ramènent sans cesse à l’essentiel, aux simples moments de partage, à l’importance de l’écoute, à la vérité des situations, à l’exactitude de l’instant.

Anouchka Desseilles nous transmet une part d’Afrique, roublarde et majestueuse, généreuse et hébétée, ostensiblement en sommeil et exacerbée Sa peinture si elle peut nous rendre la vie plus belle nous la dévoile plus incertaine.

  • Exposition du mardi 3 au samedi 8 décembre 2019 – De 11h à 13h et de 15h à 19h
  • Dans le cadre de Galerie Frédéric Roulette – Hors Les Murs // Salle municipale du grand Arsenal place JB Marcet – 17000 La Rochelle //
  • en partenariat avec l’association Art&Co

Visuel de Une : Le déjeuner sur l’herbe (2018)

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