Crise à La Coursive: ad nauseam

Sur l’affiche de la saison 2019/2020 de La Coursive transpire l’allégresse des jours d’été. Plongeon dans des eaux limpides, ciel bleu sans cumulus à l’horizon, rires à gorges déployés. Dans la salle de réunion de la Scène nationale qui accueille ce lundi 24 juin la conférence de presse de la présentation de saison, le temps lui est à l’orage. Et ça tire méchamment la gueule de toutes parts. Côté direction et administration et côté employés, une petite dizaine d’entre eux s’étant invitée au raout.

Enserrée entre ces tristes mines, la presse impatiente de découvrir la programmation (moi !) ou trépignant d’en découdre avec Monsieur Franck Becker pour valider rumeurs et autres fantasmes qui circulent dans la ville.

Rumeurs dans la ville

« Il est aujourd’hui nécessaire de bousculer l’ordre du jour et d’évoquer la période de crise qui agite aujourd’hui La Coursive » annonce tout de go Franck Becker avant que Monsieur Bruno Odin (vice-président) ne lise le message du Conseil d’Administration de La Coursive aux abonnés et spectateurs (lire ci-dessous). Un texte qui revient sur le récent licenciement de Florence Simonet, directrice adjointe. Un licenciement qui conclut deux longues années de mésententes entre elle et le nouveau directeur du théâtre. Mésententes qui très rapidement ont ruisselées sur le reste de l’équipe. Audit, tractation et recherche de compromis, de l’aveu du Conseil d’administration, rien n’a pu aboutir à un statu quo. Inéluctablement, Madame Simonnet, dont il convient de saluer le fabuleux parcours professionnel, s’est vue licenciée pour faute simple. L’affaire étant en cours actuellement rien de nouveau ne sera dit durant cette (longue) mise au point, introduction à la présentation presse de la saison. On apprendra par contre que le « sans préavis » qui a suscité tant d’émoi chez quelques rochelais et déchaîné les plumes d’un média local était un fake. Une rumeur parmi tant d’autres qui circule au gré des vents maritimes de la cité et qui semble avoir le don de lasser, comme il l’exprimera, Vincent Coppolani, conseiller en charge des grands équipements Communauté d’agglomération de La Rochelle et membre du CA.

Soutien total du Ministère de la Culture

Le Ministère de la Culture soutient totalement la décision prise par le CA de La Coursive et Marc Le Bourhis, directeur adjoint de la DRAC Nouvelle-Aquitaine tient à le préciser : « Une Scène nationale c’est important pour le Ministère de la Culture. Il y en 74 en France désormais régies par un cadre de travail très précis avec des objectifs. Je rappelle que Franck Becker a été élu à l’unanimité sur la foi de son projet répondant à toutes les attentes. Une crise de confiance de cette ampleur n’est plus tolérable dans un équipement aussi important». Il soulignera également le parcours réussi du même Becker au sein d’autres établissements. Sans vague aucune.

Alors qu’en est-il du management Becker ? Quelles sont les souffrances dont on parle tant rue St-Jean du Pérot alors qu’à La Coupe d’Or, équipe du théâtre et spectateurs rochefortais, apprécient l’homme ? Et que même les Quimperois semblent également regretter l’ancien directeur du Théâtre de Cornouailles, Scène nationale de Quimper ?

Qu’en est-il aussi des chiffres de fréquentation de La Coursive qui a toujours été parmi les meilleurs élèves des Scènes nationales ? La Coursive coule t-elle ? Que nenni: les chiffres vont bien, merci pour eux : 8113 abonnés cette année, c’est 17 de moins que l’année dernière. 91 200 spectateurs pour la saison pour un taux de fréquentation de 92%. Il y a bien sûr quelques spectateurs ou abonnés mécontents de n’avoir pu assister aux Fourberies de Scapin joué par le Français. Bon, pas de quoi non plus nous faire le coup de l’autodafé en brulant sa carte d’abonné : ce genre de désagrément est propre au millier de théâtres dans l’Hexagone …

La saga sans fin ?

C’est quoi alors le problème  ? Entre le bois et l’écorce il faut toujours se garder de mettre le doigt surtout lorsque l’on est simple spectateur. D’ailleurs à La Coursive, il semblerait que les Pro et Anti, Becker ou Marchand-Simonet, qu’ils soient bruyants ou discrets, peinent eux-mêmes à s’entendre sur la définition du mot souffrance au travail et du si-vilain mot « management ». On regrette untel, on loue l’autre. On prône le changement ou pas. Bref rien n’est si simple.

Ce soir à 18h, des abonnés se sont réunis en soutien à la malheureuse Florence Simonet. Un énième épisode à la saga. Il y a tout juste un an je publiais un article présentant la saison 18-19, titrant un paragraphe « L’après Jackie, suite et fin please ! ». Cela m’avait valu quelques pavés dans la tronche. Tout porte à croire que la triste série L’Après-Jackie va entamer une saison 3 riche de pauvres rebondissements. Jusqu’à plus soif ? Jusqu’à lasser un public qui ne souhaite pourtant rien d’autre que la découverte de fabuleuses œuvres.

Car oui la saison 2019-2020 concoctée par Franck Becker déchire. Mais on peut en parler ?

Comme l’a si bien exprimé Vincent Coppolani : « Il ne faut pas oublier le passé. Il faut gérer le présent, il faut préparer l’avenir. » Puisse celui de La Coursive être radieux et apaisé à l’image de son affiche de saison.

Cédric Chaory

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