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PROGRAMMATION – L’an passé, la première saison signée Franck Becker pour La Coursive avait impressionné par sa qualité et l’amorce d’un renouveau. Avec ses 73 spectacles, celle qui se profile en septembre prochain excite encore un peu plus le spectateur curieux. Présentation non-exhaustive.

Association de bienfaiteurs

Danser Casa – Kader Attou & Mourad Merzouki ©Dan Aucante

La Coursive poursuit sa politique ambitieuse de soutien à la création artistique en accompagnant notamment dix-huit spectacles en création dont dix co-produits,  Six des huit artistes associés sont ainsi à nouveau sur les scènes du théâtre rochelais. Après Nous sommes seuls maintenant programmé l’an passé à La Coursive et son adaptation acclamée du film Fanny et Bergman pour le Français, Julie Deliquet revient avec une nouvelle adaptation cinématographique  et continue de travailler au corps le thème de la famille avec Un Conte de Noël d’Arnaud Desplechin. Très attendue également la nouvelle et futuriste création de Joël Pommerat : Contes et légendes. Le metteur en scène catapulte ici son esthétique très épurée, fantasmagorique et contrôlée dans un monde où robots et humains cohabitent. Tant bien que mal. La danse de Kader Attou se mêle, elle, à celle de Mourad Merzouki pour célébrer la ville de Casablanca. Les premiers échos autour de Danser Casa sont dithyrambiques. Quand Yann Frisch rejoue sa pièce culte et premier spectacle solo Le syndrome de Cassandrec’est Thomas de Pourquery qui imagine avec Babx et André Minvielle un Hommage à Nougaro, l’immense poète toulousain. Amandine Beyer s’attaque, après Verdi l’an passé, à Mozart via le joyau Symphonie concertante pour violon et alto.

Classiques et classieux

Les Sorcières de Salem – Emmanuel Demarcy-Mota ©Jean-Louis Fernandez

Une large place est faîte aux grands classiques du théâtre cette saison et l’événement principal pourrait être encore une fois dévolu à la Comédie Française qui présente Le Malade imaginaire dans sa mythique mise en scène de Claude Stratz. Avec Guillaume Gallienne en tête d’affiche, inutile de dire que ça va fighter aux réservations. Un Molière peut en cacher un autre : George Dandin ou le mari confondu par Jean-Pierre Vincent propose un tableau féroce ou comment transformer une petite comédie de Molière, en une pièce d’une radicalité et d’une modernité  étonnantes. Pauline Bayle poursuit son travail d’exploration d’œuvres classiques et choisit de révéler la puissante oralité des dialogues d’Illusions perdues de Balzac qui glissent du sublime au sordide, mettant à nu les aspérités et les failles de l’âme humaine. Plus proches de nous, deux pièces acides signées au début des sixties mais néanmoins classiques : Les sorcières de Salem d’Arthur Miller par Emmanuel Demarcy-Mota, pièce d’urgence contre l’intolérance et l’aveuglement collectif et La collection d’Harold Pinter par Ludovic Lagarde.

Réinventer un rapport au public

Italienne, scène et orchestre – Jean-François Sivadier ©Marie Clauzade

Côté théâtre à découvrir également des pièces qui réinventent le rapport entre la forme artistique et son public. La dernière création d’Olivier Martin-Salvan s’inspire en toute liberté du fameux Ubu roi d’Alfred Jarry dont elle conserve l’esprit subversif, la cruauté et le rire. Mais elle bouleverse décor et costumes, accumule chants, déhanchements et singeries pour forcer le trait de cette farce politiquement incorrecte. Comme Julie Deliquet, Onéguinepar Jean Bellorini joue la carte du bi-frontal et pose à l’oreille des spectateurs un casque audio pour une immersion intime de l’œuvre de Pouchkine.

Onze autres pièces s’ajoutent à la programmation théâtre dont, en fin de saison, le cultissime  Italienne, scène et orchestre de Jean-François Sivadier qui propose aux spectateurs de vivre de l’intérieur une répétition de La Traviata de Verdi.

Danser sur un volcan …

Consagracion – Danza Contemporanea de Cuba & Sine Qua Non Art ©Adolfo Izquierdo

Entre jeunes pousses et têtes d’affiche, la programmation danse est enthousiasmante. Coup de foudre pour (LA)HORDE, collectif de trois jeunes artistes bien dans leur temps, récemment nommé à la tête du CCN-Ballet de Marseille. Il présente sa nouvelle création Marry Me in Bassian où s’entrechoquent danse traditionnelle de Géorgie et culture pop underground. Coup de cœur aussi pour le duo rochelais Sine Qua Non Art et leur version cubaine du Sacre du Printemps. Il est rare de voir les 24 danseurs du Danza Contemporanea de Cuba en France et il est historique de les voir danser cette partition, longtemps bannie sous Castro. À découvrir également Revoir Lascaux de Gaëlle Bourges, chorégraphe aussi sensible que futée qui n’a de cesse de revisiter l’histoire de l’art.

Dans les pointures, Angelin Preljocaj revient à son meilleur avec Gravité. Et c’est une excellente nouvelle. Jean-Claude Gallotta, Sidi Larbi Cherkaoui, Jérôme Bel et l’israélien Ohad Naharin sont aussi de la fête pour nous présenter leur plus récente création.

Du côté de l’Afrique

Via Kanana – Gregory Maqoma ©Christian Ganet

La programmation danse fait la part belle à l’Afrique, Année Africa 2020 oblige. Au mitan des années 90, la danse contemporaine africaine a connu un formidable développement en partie impulsé par la chorégraphe Germaine Acogny, sublime danseuse de feu Maurice Béjart. Aujourd’hui de nombreux chorégraphes africains tournent dans le monde entier et La Coursive programme quelques uns de ses plus beaux représentants : le sud–africain Gregory Maqoma, le burkinabé Salia Sanou au coté de l’écrivaine canadienne Nancy Hustonet le sénégalais Amala Dianor qui entrecroise ballet classique et hip hop.

Et que chacun se mette à chanter

Il y a un peu d’Afrique dans la programmation musique avec la venue-événement d’Angélique Kidjo, diva béninoise qui se lance dans le répertoire de Célia Cruz, diva cubaine. Le camerounais Richard Bona, lui aussi, s’allie à Cuba via le talentueux pianiste Alfredo Rodriguez. E il faut impérativement découvrir la révélation marocaine Oum qui mêle, dans ses chansons, les influences hassani, gospel, soul, afrobeat et musique soufie et jazz.

Du jazz forcément La Coursive s’en repaît : pas moins de huit soirées sont consacrées à cet univers dont les plus attendues peuvent être celles de Ryan Porter à La Sirène avec son afro-jazz, Loco Cello qui n’a pas son pareil pour faire swinger musique de chambre et jazz ou encore de la jazzwoman sud-coréenne Youn Sun Nam.

12 nuances de classique

Amandine Beyer

Les 12 spectacles de musique classique (auquel s’ajoute un partenariat avec le Festival Ré Majeure dirigé par Marc Minkowski) proposés d’octobre à mai compilent musique sacré (Ensemble Marguerite Louise), musique baroque (Il Pomo D’oro), Orchestre de la Scala de Milan, Chœur de Radio France ou encore le phénomène britannique Aurora Orchestra qui se produit sans partition, jouant par cœur.

Tout un cirque

Teh Dar – Nouveau Cirque du Vietnam ©Phuc Hai

Prendre de la hauteur, prendre des risques et y parer ensemble, bousculer l’ordre établi, produire du merveilleux, déclencher quelques rires, faire que la magie opère, tel pourrait être le propre du nouveau cirque et de la magie nouvelle. Un enseignement pour tous ! Dans cette catégorie, La Coursive a depuis de nombreuses années été bien achalandée. Cette saison encore, 11 pièces et un Avis de Temps-Fête réuniront petits et grands. À l’aune du reste de la programmation, les grands noms du genre sont légions : Cirque Éloize, Nouveau Cirque du Vietnam, Groupe Acrobatique de Tanger, Cie Opus, Cie XY dirigée par le chorégraphe Rachid Ouramdane ou encore Thierry Collet.

Au terme de cet article non exhaustif mais déjà bien bavard se dessine une programmation plurielle, colorée, audacieuse, terriblement excitante. Qui donne plus que jamais envie de se rendre à La Coursive. Tous ensemble : étudiants et retraités, petits et grands, néo-rochelais et native born. Sur un même pied d’égalité. On pourrait y rêver, pleurer, rire, réfléchir, échanger. Se remettre en question … Crier aussi pourquoi pas, mais différemment.

Cédric Chaory

INFORMATION PRATIQUES : https://www.la-coursive.com/

Visuel de Une : Cie XY – Möbius

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