Caroline et Valérie, dancer sisters

DANSE – Située en plein centre-ville de La Rochelle, l’école de danse Jacopit accueille petits et grands depuis 1997. Durant le confinement, Caroline et Valérie Jacopit ont assuré leurs cours sur les réseaux sociaux. Elles reviennent sur cette expérience particulière, leur parcours et le Gala 2020 qui n’aura pas lieu cette année.

D’habitude, des fenêtres du 45, rue Thiers, s’échappent des notes de musique classique ou des beats pop, parfois même des instructions absconses où il s’agit de travailler son mouvement à partir du périnée ou du plexus solaire mais ce 4 juin seules les effluves de produits ménagers, à peine atténués par quelques pschiit de Puressentiel, s’évadent de l’école de danse Jacopit. « Nous venons de nettoyer l’intégralité de nos studios et de réaménager l’école en fonction des consignes sanitaires liées à la Covid » glisse Valérie, une des deux directrices de l’établissement.

Les sœurs Jacopit, comme on les appelle dans la ville s’apprêtent à rouvir leur école et rien ne les rend plus heureuses : « Nous sommes tellement impatientes de revoir nos élèves dans nos studios, même si le protocole sanitaire est contraignant : pas de vestiaires, battement d’une demi-heure entre chaque cours pour nettoyage des lieux … on s’adapte en dédoublant beaucoup de cours. Bref, le mois de juin ne sera pas de tout repos ! » explique Caroline, la benjamine.

Facebook Live

Et du repos, les sœurs en auraient bien besoin, tant elles n’ont jamais été aussi pro-actives que pendant le confinement. Il s’est agi en effet pour elles de garder impérativement le lien avec « leurs filles » : « Nous avons dû rebondir très vite et ce dès le 17 mars. Une semaine après le confinement,  nous avions déjà constitué des groupes sur Facebook pour assurer les cours » explique Caroline quand sa grande sœur rebondit : « Moi je n’ai jamais pensé que le confinement durerait 8 semaines et que la suite serait aussi compliquée. C’est pour ça qu’il m’apparaissait important de poursuivre les échauffements, l’apprentissage des chorégraphies du spectacle de fin d’année … ».

Aussi, tous les jours – dimanche inclus – les frangines ont assuré leurs cours de danse classique, de moderne et de zumba. Elles en ont même profité pour proposer des cours de renforcement musculaire ou de street dance. Et qu’importent les bugs techniques de FacebookLive ou la pesante solitude du professeure confinée en son studio, face caméra : elles n’ont rien lâché.

 « Nous sommes très heureuses d’avoir accompagné nos élèves pendant cette épreuve. On a inventé quelque chose, on s’est surpassées. C’était psychologiquement et physiquement très intense mais quelle satisfaction de voir tous mes éveils* devant leur écran d’ordinateur, impatientes de prendre leur cours du mercredi. Un peu plus et j’étais Dorothée au temps de ses émissions TV pour enfants ! » s’esclaffe la cadette du clan Jacopit.

Jamais à court d’idées, les professeures, une fois l’heure du déconfinement sonnée, ont abandonné le virtuel pour retrouver, en plein air, les élèves-volontaires, parc de la Porte Royale : « Ça, ça nous a achevé. Danser sur du dur et non sur un plancher de danse, affronter les moustiques, les crottes de chien et les éléments … mais au moins, on était DEHORS ! » se souvient la sororie, rêveuse d’une séance d’ostéopathie pour soigner les blessures de ces cours tout-terrain.

Le spectacle de fin d’année, cette carotte à La Coursive

S’il y a bien un regret, cependant, en ces temps troublés, c’est l’annulation du gala de fin d’année, qui depuis 23 ans, fait les beaux jours de la fin de saison de La Coursive. Rendez-vous attendu par les parents et amis d’élèves, ce gala est aujourd’hui une production bien rôdée : chaque année, dès décembre, les sœurs définissent un thème puis s’attèlent dans la foulée à la création des chorégraphies, costumes et décors.

Valérie précise : « Si nous avons déployé tant d’énergie sur Facebook c’est car nous pensions vraiment danser ce gala, du moins dans les premières semaines du confinement. Il ne faut pas se leurrer : pour beaucoup d’élèves c’est la carotte qui les fait tenir. Et pour nous c’est un vrai plaisir en même qu’un défi annuel. Cependant de nombreux élèves ont perdu leur assiduité quand ils ont compris que le gala n’aurait pas lieu.»

Pourtant toutes les options furent imaginées : performer sur le parvis de l’Aquarium dans une configuration légère ou danser le gala dans une Scène nationale vide de spectateurs : « On l’aurait filmé et le DVD aurait été un souvenir de cette année si particulière » suggère Caroline mais rien de tout cela ne fut possible. Positive, la professeure sourit et lâche « Au moins, dans cette histoire, on peut dire que le gala 2021 est bien avancé … »

Une vie consacrée à l’enseignement de la danse

À y regarder de plus près, elles ne furent pas nombreuses les écoles à affronter à coups de grands pliés et déboulés la Covid-19 et l’investissement, ces dernières semaines, de Valérie et Caroline témoigne du profond amour de leur métier. Une passion qui remonte à leur prime jeunesse.

« J’ai commencé la danse classique à 8 ans chez Mme Chiron, rue des Cloutiers. C’était la grande école de La Rochelle. Avant même d’intégrer un cours de danse, j’aimais déjà la scène. Je montais des spectacles chez moi sur « Tata Yoyo » d’Annie Cordy et les spectacles de Chantal Goya me fascinaient. Je me rêvais à ses côtés ! » se remémore Valérie. Le bac en poche et après une année au Conservatoire rochelais, elle monte à Nantes puis Angers pour décrocher son diplôme de professeur de danse classique. Elle reprend : « J’ai eu une opportunité folle au sortir de mes études : Mme Chiron souhaitant partir à la retraite m’a proposé de reprendre son école. C’est donc en 1997 que je me suis installée dans cet ancien snooker pour accueillir mes 80 premiers élèves. Avec un gros crédit sur le dos mais une envie folle de me lancer.»

Caroline, elle, a rejoint en 2003, et après une première année d’enseignement au Conservatoire de Poitiers, l’école de la rue Thiers. Elle y enseigne la danse moderne, et plus récemment la zumba. Elle revient sur son parcours : « J’ai toujours vu mes grandes sœurs danser et dès l’âge de 3 ans ma mère me cousait des pointes. Tout comme Valérie mon cursus a intégré très tôt la pratique assidue de la danse. Dès le collège. J’ai obtenu mon DE de professeur de danse au CEFEDEM de Bordeaux, où j’ai eu l’opportunité de travailler avec Barbara Schwartz, Anne Marie Sandrini et de côtoyer des intervenants comme Charles Jude ou Thierry Malandain. »

De stages à Paris, New-York ou, lus proche de nous, à Royan en formations (récemment celle d’instructeur Zumba), les sœurs continuent à parfaire leur technique. Une nécessité ? : Elles répondent : « Forcément. Il faut toujours se remettre à flot techniquement ; enrichir son vocabulaire, sa technique, sa pédagogie aussi »

Pour l’heure, les sœurs pensent à leur double-rentrée : celle de ce mois de juin et celle de septembre. « L’avenir est incertain. Qu’en sera t-il du protocole sanitaire à la fin de l’été ? Allons-nous devoir repenser tous nos plannings si le virus revient ? Quid alors d’un port de masque qui, entre nous, serait totalement ingérable dans un cours de danse ? » s’interroge Valérie.

Cédric Chaory.

* cours éveil : cours pour les 4/6 ans

http://www.ecole-danse-jacopit.com/

Visuel de Une: ©Pascal Couillaud