Buzay, le château atypique du XVIIIème

PATRIMOINE – À quinze minutes des tours de La Rochelle se trouve le Château de Buzay qui, comme le Musée du Nouveau Monde, offre un témoignage de ce qu’était la ville au siècle des Lumières, lorsqu’elle était l’un des premiers ports français vers les « Isles à sucres » (aujourd’hui les Antilles). Visite guidée d’un lieu majestueux.

À environ 7 kilomètres du sud-est de La Rochelle se niche à l’entrée de La Jarne, petite commune résidentielle, le château de Buzay. Construit entre 1771 et 1776 pour l’armateur rochelais Pierre-Etienne Harouard, Lieutenant-Général de l’Amirauté de La Rochelle, l’architecte en est Nicolas Ducret, proche de Ange-Jacques Gabriel, architecte du roi Louis XV.

Construite sur la seigneurie de La Jarne, cette « Maison des champs » est le parfait témoin de l’art de vivre que connut La Rochelle lorsque les liens privilégiés s’établirent entre son port et les colonies du Nouveau Monde. À l’époque, les fortunes des contrées étaient friandes de demeures de campagnes de prestige pour imposer leur fortune issue du tristement célèbre commerce triangulaire. Buzay, seul château d’Aunis sur la route des trésors de Saintonge, en un exemple parfait.

Une fois passées les grilles du château, surmontées du blason de la famille composé du pin de sinople pour Pierre Étienne Harouard et de la gerbe de blé pour Agathe Petit du Petitval, sa femme, et traversée la cour intérieure, le visiteur fait face à une bâtisse en parfait état de conservation et en pierre de Crazannes qui respecte les lignes néo-classiques de style Louis XVI. Avec sa délicatesse du détail, sa rigueur des symétries, Buzay est un des rares châteaux de cette époque à être surmonté d’un dôme à pans coupés avec des colonnes dans sa partie centrale.

Emmenée par la guide Elea, jeune étudiante en histoire, la visite se poursuit à l’intérieur du château. Et la majesté est encore au rendez-vous. Dans le vestibule d’entrée où trône un imposant escalier en fer forgé, s’affichent une tapisserie d’Aubusson du meilleur effet, mettant en scène Alexandre Le Grand à la conquête de l’Asie ainsi qu’un tableau d’un ancien Président du Parlement de Toulouse, ancêtre de l’actuelle famille propriétaire des lieux. Traversant les époques, Buzay est une demeure « vivante », dont la visite permet de pénétrer dans l’intimité d’une famille qui l’habite depuis sa construction. Tableaux anciens et photographies de notre époque se côtoient au fil des pièces, ce qui dé-muséifie indéniablement la demeure.

À la suite du vestibule, la visite se poursuit en direction de la Chambre du Roi. À cette époque, chaque château en possède une. Si aucun roi n’est venu à La Jarne, la pièce n’en demeure pas moins digne d’intérêt avec son lit à baldaquin, son semainier, son horloge Louis XVI ou encore sa crèche portugaise, héritage de la grand-mère brésilienne de l’actuel propriétaire. Un tableau de Louise de Coligny, fille du chef huguenot l’amiral de Coligny nous rappelle combien les terres rochelaises furent dévouées à la religion réformée.

Le mobilier, entièrement d’époque et en parfaite harmonie avec la décoration intérieure, a été conservé dans son état et sa disposition d’origine. Pour l’anecdote, le château fut occupé pendant la seconde guerre mondiale mais les Allemands ne profiteront jamais de ses meubles d’exception. En effet, la propriétaire d’alors a eu cette chance de se voir attribuer par l’armée du Reich quelques heures pour déménager 2-3 meubles de son choix. Aidée des habitants du village, elle en profitera pour mettre à l’abri l’intégralité du mobilier du château, répondant effrontément aux Allemands qu’elle n’a pas su choisir entre ses meubles préférés.

Les petit et grand salons regorgent eux aussi de meubles et objets rares : une boite à accessoires de perruque, un tableau de Nicolas de Largillierre, des fauteuils médaillons Louis XVI pour le petit salon mais ce qui éblouit le plus c’est les volumes du bâti. Avec ses 5m20 de hauteur, sa symétrie, ses lumières traversantes et son imposant lustre en cristal de Baccarat, le Grand Salon saisit par sa somptuosité digne des plus beaux hôtels particuliers parisiens. Mention spéciale à cet étonnant portrait d’un Louis XIV fatigué (Il se dit qu’il en vendait à la fin de sa vie pour renflouer les caisses du royaume).

Les deux dernières pièces visitées sont la salle à manger rustique où l’on trouve le plus vieux meuble du bâtiment : « Il date de 1580. Des silhouettes d’Indiens y sont sculptées sur la façade. Au départ, c’était un meuble de protestants. Mais après la révocation de l’édit de Nantes, on lui a rajouté cette frise avec le portrait d’une sainte vierge pour le rendre catholique. » précise Eléa, puis dernier vestibule où est exposée une intéressante collection de porcelaine chinoise du 18ème.

Arrière du Château avec vue sur jardins
Une (infime) partie des jardins …

Dehors, le parc du château constitue un véritable écrin, aménagé suivant les règles paysagères du XIXème. Un palmier, des hêtres pourpres, des séquoias ont su résister à la tempête de 1999 et ombragent aujourd’hui ce jardin qui recèle également une grotte ouverte gratuitement au public. À l’arrière du château, longue perspective, saut-de-loup, parterre de broderies, bois, vivier décoré de niches sculptées agrémentent la visite qui pourra se poursuivre au potager. À noter l’élégante chapelle récemment rénovée, toute proche des cuisines et dépendances du château.

Le Château de Buzay est un bâtiment classé monument historique depuis 1950 et depuis le 4 juin 2004, en totalité au titre des monuments historiques, chapelle et parc inclus. Chanceux, il a pu traverser les époques : son constructeur était apprécié dans le pays, ce qui lui valut la vie sauve pendant la Révolution. Le château fut sauvé une seconde fois en mai 1945, grâce à la reddition pacifique de la poche allemande de La Rochelle, alors que le château était situé en plein sur la ligne de démarcation, donc exposé en cas de combats.

Il offre aujourd’hui une visite des plus agréables et est ouvert au public de mai à septembre. En juillet-août, des visites sont proposées tous les jours de 14h30 à 17h30.

Cédric Chaory.

INFORMATIONS PRATIQUES: http://www.chateaudebuzay.fr/

Visuels : ©JJK

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