Boost&Berries, l’amplificateur de talents

MUSIQUE – Anne-Laure, Mélanie et Violette vivent pour la musique et ses auteurs-compositeurs. Ensemble, elles ont pensé Boost&Berries qui promeut les artistes émergents. Basée entre La Rochelle et Paris, leur association chouchoute une petite dizaine de jeunes talents dont certains présents au FrancOff. Interview-trio.

Comment vous est venue l’idée de créer Boost&Berries, association d’aide à la promotion d’artistes émergents ?

Anne-Laure : A force de rencontrer des artistes – via le média musical pour lequel on écrit Violette et moi (Anne-Laure) – et de les entendre nous dire qu’ils ne savent pas se vendre, n’aiment pas ça, ne savent pas faire ou n’ont carrément pas le temps, on s’est dit qu’on pourrait le faire à leur place. C’est comme ça qu’est née Boost&Berries, notre agence de promotion d’artistes.

Violette : On a rencontré beaucoup d’artistes plein de talent sur les festivals ou lors d’interviews mais ils ne savaient pas “se vendre”, la musique, c’est aussi de la communication, des décisions à prendre, et les artistes n’ont pas le temps de tout faire, écrire, composer, trouver des dates, gérer leur stand de merch, faire la comm sur les réseaux sociaux, diffuser leurs nouveautés auprès de la presse, etc.

Mélanie : Suite à une grosse remise en question sur ma vie professionnelle, il était évident pour moi que je voulais travailler en Relations Presse et communication, retourner à mes origines. Si en plus on y allie ma passion pour la musique, c’est que du bonus ! Anne-Laure et Violette m’ont présenté leur projet, auquel j’ai de suite adhéré

Boost&Berries est une affaire de copines de longues dates, installées entre La Rochelle et Paris. Comment manage-t-on ses artistes, se répartit-on les tâches dans une telle configuration ?

Anne-Laure : En fonction des demandes de nos artistes, nous nous déplaçons bien sûr, mais nous travaillons principalement à distance. C’est assez facile maintenant avec le téléphone, Internet et les visios. Et comme l’on fait principalement de la rédaction de contenus ou du print, il nous suffit d’avoir un ordinateur. Sinon, Anne-Laure a vécu à Paris pendant 12 ans et Mélanie y vit toujours, nous avons donc un gros réseau là-bas. Et comme Violette et Anne-Laure sont basées à La Rochelle et originaires toutes les deux de Bourges, nous avons également étendu notre réseau dans ces deux autres villes, berceaux de tremplins musicaux (Le Chantier des Francos, et Les INOUïS du Printemps de Bourges). Cela aide pas mal pour les connexions entre les gens et surtout pour voir les artistes en live.

Violette : Anne-Laure et moi, on se connait depuis le lycée ! Il y a quelques années, Anne-Laure a rencontré Mélanie sur Paris et me l’a présentée. On travaille effectivement énormément à distance, nous (Anne-Laure et Violette) ensemble dans le même bureau et Mélanie sur Paris mais derrière sa caméra. On prend toutes les décisions à trois. On communique quasi quotidiennement à propos des tâches à effectuer pour tel ou tel artiste. Après, il ne faut pas cacher que l’artiste, à la base, est souvent choisi par une seule d’entre nous, qui le chouchoute donc davantage.

Mélanie : C’est une histoire de copines, mais plus sérieusement de collaboration. On a chacune nos goûts, nos compétences, nos domaines de prédilection, même si on gère chacune nos artistes (on définit plutôt un interlocuteur privilégié), on a sans cesse un regard commun et bienveillant sur le travail de chacune, on échange, on critique, réorganise, propose de nouvelles idées. On  avance à trois et on les fait grandir à trois. Ce qui permet aussi de pouvoir se relayer facilement et surtout aux artistes de bénéficier d’une expertise plus large.

Comment amplifie t-on le talent d’artistes émergents ?

Anne-Laure : Il s’agit principalement de les aider à constituer leur kit presse et le diffuser au plus grands nombres de médias pour se faire connaître ou annoncer une actu, un nouvel album, un EP, etc. On rédige leur biographie par exemple, on écrit des chroniques (d’EP, d’album ou de clip) et on constitue toute la revue de presse lors que des articles ont été publiés suite à la diffusion aux médias. On s’appuie également sur nos expériences personnelles et professionnels pour leur proposer des conseils en image, gestion des réseaux sociaux, etc.

Violette : Une chanson ne peut pas vivre si elle n’est pas écoutée. Il faut donc commencer par la base : donner “à manger” à son public : des nouvelles, des chansons, des chroniques… Les artistes négligent souvent l’importance des réseaux sociaux dans le développement de leur projet. C’est peut être triste à dire, mais plus ils ont de followers, plus ils paraissent crédibles aux yeux des pros. Notre diagnostic de départ s’appuie beaucoup là-dessus, sur l’image que le public peut avoir d’eux.

Mélanie : J’ai presque envie de dire idem. Si l’artiste ou le groupe nous a “ captées ”, c’est que d’autres peuvent l’être aussi. C’est donc à nous de les aider sur cette partie plus terre-à-terre. Notre objectif : qu’on en parle. On réseaute, on diffuse, on conseille sur la partie image, on observe les statistiques. Si ça ne marche pas le premier coup, on revoit la stratégie. Si on peut également leur transmettre ce savoir, c’est un plus pour nous. Petit artiste émergent deviendra grand et on l’espère avec des armes qui lui permettra de démarcher de plus gros labels, éditeurs, bookeurs, et surtout un énorme public. On a carrément hâte de les voir s’envoler.

Votre catalogue est composé de plusieurs talents aux univers différents. Sur quels critères entamez-vous une collaboration ?

Anne-Laure : C’est avant tout une aventure humaine et si on adhère au projet musical. Après cela dépend vraiment des besoins de l’artiste et de nos dispos.

Violette : On ne choisit des artistes que si on aime leur musique et qu’on croit en leur projet. On entame une discussion en leur proposant une aide, on donne notre carte, et hop ! s’ils sont intéressés, ils nous rappellent !

Mélanie : Comme on a chacune des goûts divers et variés, on fait aussi en sorte que le projet colle pour toutes les trois. J’en viens à cette comparaison de product marketing, c’est finalement la même chose. Dans mon lointain passé de commerciale, on voit rapidement la différence entre vendre un produit auquel on croit et en vendre un auquel on n’adhère pas, c’est flagrant en termes de résultats et d’impacts sur le public. Dans la musique, c’est pareil. Pour que cela fonctionne, il faut une cohésion, entre l’artiste, son projet et nous, sinon ça se ressentira. Le milieu artistique est tellement large et varié, ça ne parle pas forcément à tout, le monde ! Heureusement il y a tout autant d’agences de comm’, d’attachés de presse. Si on dit non à un, ce n’est pas que le projet est mauvais, c’est simplement qu’on ne sera peut être pas assez efficace pour le faire monter. C’est une collaboration de confiance avant tout, on s’embarque avec eux dans leurs projets, il faut que ça “ matche ” pour avancer vers le même objectif.

Les nombreux festivals de France sont-ils le seul vivier pour dénicher la perle rare ?

Anne-Laure : Ca en fait partie, c’est certain. C’est important de faire constamment des découvertes et de se tenir au courant régulièrement de la scène musicale émergente. On court donc les concerts et les tremplins. On traque les artistes qui montent ou qui se démarquent. Après le bouche-à-oreille fonctionne aussi.

Mélanie : Les radios indépendantes aussi, les nouveaux médias, blogs sont un bon moyen de faire de nouvelles découvertes. Après de mon côté, Paris est un vivier de la scène émergente. Il y a quelques adresses incontournables, de concerts, de soirées organisées où l’on sait que l’on va pousser la porte et tomber sur une perle !

Les artistes d’aujourd’hui sont-ils si peu au fait du monde de la communication, levier essentiel à leur promotion ?

Anne-Laure : Pour les plus jeunes, c’est assez facile, ils ont les codes d’Instagram et de Facebook. Ils arrivent donc à gérer cela et à tenir leur communauté informée. Mais il arrive surtout qu’ils n’aient plus du tout le temps de le faire par la suite. C’est aussi là qu’on intervient !

Mélanie : Les plus jeunes sont clairement à la page pour la partie social media, mais la diffusion, c’est un travail de longue haleine, il faut un bon carnet d’adresses, relancer, revenir vers les contacts, c’est beaucoup de boulot qu’ils n’ont pas le temps de fournir. On est là pour les aider sur cette partie. On vérifie également l’image qu’ils transmettent, on les conseille. On a vite fait de se laisser prendre au jeu des réseaux sociaux qui peuvent devenir pesants par moments. On peut être un point d’ancrage au moment où ils se sentent couler.

Parmi vos talents, un a particulièrement attiré mon attention : L’Affaire Capucine. Pouvez-vous me présenter cette artiste ?

Violette : L’Affaire Capucine est une affaire rondement menée par Aurélie Laurence, la chanteuse de cet extraordinaire projet. Et je ne dis pas “extraordinaire” parce que c’est un de nos projets, puisqu’il faut savoir que j’ai découvert ce groupe aux Bains-Douches de Lignières, haut lieu de la chanson française, bien avant de monter Boost and Berries. J’avais déjà été complètement séduite par cet univers totalement barré, par leurs textes cinématographiques à la Tim Burton, avec des personnages attachants, des histoires à dormir debout, et qui touchent de très près la sensibilité de tout un chacun, les petits comme les grands. Aurélie Laurence fait des chansons pleines de philtres de je-ne-sais-quoi, elle embarque tout le monde dans un monde parallèle, et ça fonctionne à chaque fois.

La  feel-good music de Solal Roubine pourrait être la pièce maîtresse de votre catalogue. Où avez-vous repéré ce jeune auteur-compositeur-interprète ?

Mélanie : Solal Roubine a été une belle découverte sur la scène du Café de la Danse. Il est arrivé finaliste des Ricard Live Music de cette année. Il a su faire danser la salle avec son indie pop un peu “ je m’en-foutiste ” et son sourire jusqu’aux oreilles. A côté de ça, c’est un vrai bosseur. Il a beau être jeune, il ne se ménage pas pour y arriver, se remet en question sans cesse et s’améliore de jour en jour. Il va continuer d’avancer, et on est assez fières de participer à son aventure, de voir son projet grandir un peu plus chaque jour. Et en plus, c’est un vrai plaisir de travailler avec lui, humainement parlant.

La Rochelle est une terre de musique avec notamment ses Francofolies et son Chantier des Francos, ses festivals de Jazz ou encore Cristal Prod. Vous êtes-vous rapprochées de ces structures pour promouvoir vos artistes, tisser un réseau ?

Anne-Laure et Violette : Bien sûr, nous avons déjà rencontré les acteurs de ces structures à plusieurs reprises, ici à La Rochelle, ou ailleurs, sur d’autres festivals. Ils ont tous été super accueillants avec notre “B&B” et on les en remercie. On espère tisser des liens plus forts encore cette année pour oeuvrer ensemble vers des synergies communes. Pour nous, l’artiste est au centre, et on doit tous s’unir pour l’emmener le plus loin possible. Il semble que les structures avec lesquelles on a pu échanger sont dans le même état d’esprit, et ça, c’est chouette !

Ziako et September Boy sont programmés au FrancOff. Pouvez-nous parler de ces deux jeunes artistes ?

Violette : Ziako n’est pas programmé aux FrancOff (c’est nous qui avons booké le Jolly Sailor pour lui mais pas dans le cadre des FrancOff) Ziako jouera pendant les Francos au Bistro du Gabut et au Jolly Sailor. C’est un artiste qui a pas mal baroudé, ça fait plus de dix ans qu’il distille sa chanson française festive et métissée. C’est un artiste qui fait du bien, toujours souriant, avec une philosophie de vie qu’on devrait tous suivre un peu plus. September Boy est un autre de nos “chouchous” comme on aime les appeler. Il jouera dans le cadre des FrancOff chez Hortense, mais aussi au Jolly Sailor avant Ziako, ainsi qu’à l’Avant-Scène de la Coursive. C’est un artiste pop-folk qui vit en région parisienne, dans la mouvance de Jack Johnson, influencé par Ed Sheeran, Imagine Dragons ou encore Angus et Julia Stone. Ces concerts-là sont totalement gratuits et accessibles à tous. Mais le mieux, c’est quand même de réserver une table pour être sûrs de pouvoir s’assoir.

Quelles sont vos actualités de rentrée ?

Anne-Laure : Nous venons de signer de nouveaux artistes (suivez l’actu de Boost and Berries !), il y aura donc encore pas mal de choses à faire à la rentrée : rédaction de biographies, chroniques d’album, diffusion presse, conseils. En fait, on n’arrête pas mais on adore ça ! On essaie cependant de s’organiser pour ne pas avoir trop d’artistes à la fois pour garder une disponibilité maximale pour eux. ASinon, nous allons continuer les festivals et rencontrer de nouvelles personnes du domaine. Nous serons au MaMA festival à Paris en octobre et aux Transmusicales de Rennes cette année. Et puis, comme d’habitude, nous passerons une semaine sur Le Printemps de Bourges, et les Francos .

Mélanie : Et puis, on continuera de parler des anciens, parce qu’au-delà de notre travail, on a un accord tacite avec nos artistes, même si on a fini une action de communication, on continue de veiller un peu sur eux, de regarder leurs actus et d’être fières d’eux ! Finalement, ils nous font aussi grandir et nous apportent beaucoup dans notre expérience.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

INFORMATIONS PRATIQUES: https://www.boostandberries.com/

Laisser un commentaire