« Blockbuster »: c’est quoi ce cinéma ?

THÉÂTRE – À La Coursive, en ouverture d’ « Avis de temps-fête » qui questionne les liens entre le cinéma et le théâtre, Blockbuster a ravi Sandra Mairesse. Son point de vue sur cette expérience scénique aux confins des 4ème et 7ème art.

Plutôt culotté que ce Blockbuster présenté ce samedi à La Coursive par le Collectif Mensuel composé  de 3 comédiens belges  (Sandrine Bergot, Baptiste Isaia et Renaud Riga). À savoir une pièce-film parodique réalisée à l’aide de 1400 plans-séquences extraits de quelques 160 films américains. Et quel enjeu de le réaliser en direct live toute la bande sonore !

Depuis sa création en 2007, le collectif belge a cette volonté de délivrer, via leurs créations, des messages sur l’engagement citoyen, les réalités sociales et politiques qui définissent notre monde actuel. En bref : faire de l’art un vecteur de dialogue et de prise de conscience de tous face à des problématiques de plus en plus présentes, relayées sans cesse dans les médias.

Aussi ce soir-là, dans le Grand théâtre bondé de La Coursive se dévoile un plateau auréolé de son grand écran et recouvert d’objets et instruments en tout genre que l’on prend, avant toute chose, un grand plaisir à détailler en attendant le début du voyage. Passé l’examen de ce fatras, l’impatience monte dans le public : un tel exercice artistique n’étant pas coutumier des lieux, tout passionné de cinéma est semble-t-il curieux d’y assister. Il est vrai que la feuille de salle nous promet, de façon ironique, un casting exceptionnel : Sean Penn, Brad Pitt, Julia Roberts et bien d’autres comme De Niro ou Al Pacino …

L’opus commence. On nous interpelle, nous impose le silence, nous explique que nous sommes enregistrés … « Le film va commencer » nous prévient-on, puis non. On nous sollicite à nouveau pour une ovation générale, et encore et encore. Puis noir dans la salle. Enfin le plaisir réuni du cinéma et du théâtre peut commencer. C’est parti pour 1h20 d’une histoire inspirée du roman Invisibles et remuants de Nicolas Ancion.

En résumé c’est l’histoire d’une journaliste qui décide de révéler à ses lecteurs que certaines grosses entreprises refusent d’être taxées par l’État. Ce scoop est un pavé dans la mare qu’elle aura bien du mal à lancer. S’ensuit une série de rencontres entre les personnages autour de ce scoop qui peine à être dévoilé.

Mixage de rencontres improbables, où par exemple Sylvester Stallone, homme de main, se retrouve à poursuivre Julia Roberts qui a décidé de lâcher sur les réseaux sociaux son article refusé par sa rédaction, Blockbuster c’est aussi de sourdes révoltes et de dantesques manifestations à travers le monde qui sonnent comme écho aux événements actuels français, exprimant un ras-le-bol général de cette toute puissance économique.

Le plus fascinant dans cet OVNI théâtral est d’assister à ce déballage d’actions des comédiens et musiciens présents sur le plateau pour animer le film. Le regard du spectateur a autant envie de capter tout ce qu’il se passe sur la scène que de connaître les tours de passe-passe des bruiteurs. Comment reproduisent-ils des sons aussi singuliers qu’un pas, le crépitement du feu, un dossier sur une table qu’une véritable explosion en direct live ? Sans parler de cette comédienne qui prend milles voix selon les protagonistes féminins …

L’auditoire est captif. Chacun se prête au jeu de retrouver et de reconnaitre les extraits de films choisis pour recréer cette utopie sur fond d’inégalités sociales. Blockbuster, pur moment de plaisir alliant performance théâtrale et responsabilité citoyenne qu’un texte déroulant façon « star Wars » se conclut magistralement, emballant le public.

Lors des applaudissements, certains spectateurs se lèvent dans un élan humaniste pour célébrer à la fois la prise de position politique et la prouesse réalisée devant des yeux encore tout ébahis. Quelle aventure artistique que ce Blockbuster vécue proposé par La Coursive : Avis de temps fête !

Sandra Mairesse.

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